Agressions anti-Roms : « Les familles vivent dans la terreur que ça se reproduise »

Après les attaques racistes motivées par une rumeur sans fondement sur les réseaux sociaux, Nathalie Godard, du collectif Romeurope, appelle l’État à protéger cette communauté très précarisée et victime d’une xénophobie persistante.

Oriane Mollaret  • 30 mars 2019
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Agressions anti-Roms : « Les familles vivent dans la terreur que ça se reproduise »
© PHOTO : KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Plusieurs attaques visant des Roms ont eu lieu après la multiplication sur les réseaux sociaux de messages évoquant des tentatives d’enlèvements d’enfants ou adolescents par des personnes circulant en camionnette dans des communes d’Ile-de-France, notamment à Bobigny et Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et Colombes (Hauts-de-Seine). Une vingtaine d’agresseurs présumés ont été interpellés par la police. Nathalie Godard est présidente de Romeurope, collectif de 45 organisations françaises qui défendent, depuis 2000, les droits des personnes roms vivant dans la rue ou dans des bidonvilles (photo : le bidonville des Roms à Bobigny). Suite aux multiples agressions subies cette semaine en Île-de-France, elle est très inquiète.

Comment cette rumeur d’enlèvements d’enfants par des Roms a-t-elle pu prendre cette ampleur, selon vous ?

Pour les faits, il y a eu une vidéo sur Facebook montrant des personnes donnant l’impression d’enlever un enfant, et une camionnette blanche. Alors que ça a été démenti par la préfecture de police, une rumeur s’est ensuite propagée sur les réseaux sociaux : des Roms enlèveraient des enfants pour un trafic d’organes. C’est basé sur un fantasme très ancien de Roms et Tsiganes voleurs d’enfants, voleurs de poules… Les réseaux sociaux ont servi de caisse de résonance et de support pour appeler à la violence. Le fait que ça se soit traduit par une violence réelle est extrêmement inquiétant. Une telle violence, de cette ampleur, on n’avait pas vu ça depuis très longtemps. Il y a des menaces racistes plus ponctuellement, ce qui est nouveau c’est cette violence simultanée, sur plusieurs lieux en même temps. Si une rumeur a pu produire ces effets-là, c’est qu’il y a un terreau de propagation du racisme anti-Roms en France. Le rejet que subissent les Roms y est très fort, avec une banalisation du racisme anti-Roms.

Comment vont les personnes touchées ?

Il y a eu des descentes de bandes d’hommes dans plusieurs bidonvilles d’Île-de-France dans la nuit de lundi à mardi, avec des violences physiques et des menaces de mort. Le lendemain, nos acteurs de terrain sont allés voir les familles qui vivent dans ces bidonvilles : les enfants n’avaient pas dormi, les hommes avaient monté la garde toute la nuit. Les familles ne sont pas sorties du bidonville le mardi. Pas de travail, pas d’école, la vie était suspendue. Depuis, elles vivent dans la terreur que ça se reproduise.

Qu’attendez-vous des pouvoirs publics ?

Premièrement, il faut que la communauté rom soit protégée : les réseaux sociaux doivent stopper cette rumeur, et les forces de l’ordre doivent protéger les bidonvilles. On les a vues dans certains bidonvilles, mais pas systématiquement. Aujourd’hui, les victimes doivent aussi faire respecter leurs droits et pouvoir aller porter plainte. A plus long terme, il faut des actions de prévention pour lutter contre le racisme anti-Roms. On constate que les différentes campagnes contre le racisme sont insuffisantes, on attend d’autres mesures. Il faut aussi assurer une protection et une sécurité pérennes si ça devait se reproduire. Les politiques de lutte contre la précarité dans les bidonvilles que nous soutenons doivent être volontaristes et ambitieuses. Le racisme anti-Roms est alimenté par la précarité dans laquelle vit cette communauté. C’est en Île-de-France qu’il y a le plus de bidonvilles, avec des expulsions à répétition, sans relogement, donc les personnes qui y vivent sont dans une instabilité permanente. c’est un vrai frein pour le travail, l’école et la santé.

Société Économie
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