Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité hebdomadaire, en bref.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


À l’isolement, Cesare Battisti rompt avec la figure de « l’innocent »…

Certains intellectuels français, de Fred Vargas à Bernard-Henri Lévy, l’avaient soutenu, parfois aveuglément, et cru à « l’innocence » qu’il avait proclamée sans relâche durant près de trente ans. Une position qui le conduisit à rompre avec la petite communauté des réfugiés politiques italiens des « années de plomb » en France. Son cas constituait en effet le second « accroc » – après l’extradition de Paolo Persichetti en août 2002 – à la doctrine Mitterrand, qui protège les quelques centaines de réfugiés en France, aujourd’hui sexagénaires (lire notre dossier dans Politis n° 1545). Cesare Battisti, qui, après avoir été arrêté en Bolivie, purge depuis la mi-janvier une peine de prison à vie prononcée dans les années 1980 et 1990, a finalement reconnu sa responsabilité dans les quatre meurtres revendiqués à la fin des années 1970 par les Prolétaires armés pour le communisme (PAC). Dirigeant de ce groupe durant cette période de « guerre civile de basse intensité », il a admis, face au procureur de Milan qui l’interrogeait, que ce qui a été « établi dans les sentences [contre lui] est vrai ».

Il est difficile de juger des raisons personnelles de cet aveu d’un homme de 64 ans, aujourd’hui dans une prison de haute sécurité sarde ad vitam aeternam, mais on peut penser que la détention, le régime d’isolement, l’âge l’ont poussé à sortir de la figure de « l’innocent », alors que les autres réfugiés avait, en vivant en paix en France, renoncé à la violence politique, mais sans renier leur passé. Contrairement à ce que beaucoup demandent en Italie, ces réfugies bénéficient toujours de la parole de la France. Et comme l’a dit le président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme, Michel Tubiana, en s’adressant à Rome : « Il faut savoir terminer une guerre »… Olivier Doubre

Européennes : Macron s’offre un cache-sexe vert

Pascal Canfin avait refusé de rester au gouvernement, où il était chargé du Développement, quand Manuel Valls avait succédé à Jean-Marc Ayrault. Il avait par la suite refusé de remplacer Nicolas Hulot dans le gouvernement d’Édouard Philippe. « Je suis très bien à la tête du WWF France », déclarait-il alors. Lundi, Pascal Canfin a quitté son poste de directeur général de cette ONG pour être candidat sur la liste LREM aux européennes. Il avait refusé en décembre de la conduire, il en sera le numéro deux. Un ralliement « incompréhensible » pour Yannick Jadot, tête de liste EELV. Mais avant tout destiné à accréditer l’idée, rabâchée par la secrétaire d’État à la Transition écologique, Brune Poirson, que « l’environnement a toujours été au cœur du projet du président de la République ». Le temps d’un scrutin.

Climat : XR entre en rébellion

Le 24 mars, place de la Bourse à Paris, l’Orchestre debout introduisait la rébellion d’Extinction Rebellion (XR) France. Les musiciens ont levé leurs instruments sous les clameurs, puis le gong a sonné : dans un silence de mort sur une scène dressée entre la Bourse et l’Agence France presse, des jeunes de XR ont lu une déclaration de guerre contre l’inaction climatique et l’extinction des espèces. Avec gravité, solennité. « Nous sommes la dernière génération. » Des personnalités à la tribune ont poursuivi sur le même ton, ému, tremblant parfois. « Vous aimez les rats ? Parce que eux vont survivre ! », a lancé Susan George, d’Attac, en évoquant le sort des réfugiés et en lançant : « Si vous avez besoin d’une dame de 85 ans à vos côtés, je serai là ! » Prête, comme eux, à aller jusqu’en prison. « J’ai peur et n’ai jamais voulu faire peur, mais la peur appelle le courage », a déclaré Pablo Servigne, un des théoriciens de l’effondrement, avant d’ajouter : « Nous sommes le système immunitaire de Gaïa qui se réveille ! » Référence politique maîtresse : le mouvement des droits civiques aux États-Unis. « Désobéissance civile » et « non-violence active » : au même moment, d’autres membres du mouvement s’allongeaient pour un die in dans la grande galerie de l’évolution du MHN. C’était l’acte I.

Mali : Massacre ethnique

Au moins 160 morts, hommes, femmes, enfants, vieillards, du bétail et des cases calcinées, c’est le terrible bilan de l’attaque menée contre Ogossagou, près de la frontière avec le Burkina Faso, le 23 mars. Ce village peul a été la cible d’hommes aux armes militaires, apparemment des Dogons, selon les témoins. Si les conflits fonciers sont fréquents entre des deux ethnies, la tension est récemment montée avec l’activité de prédicateurs jihadistes chez les Peuls. Est-ce une opération de la milice dogon Dan Nan Ambassagou ? Elle a en tout cas immédiatement été dissoute par le gouvernement, qui s’accommodait jusqu’alors de l’activisme de ce supplétif dans la lutte antiterroriste – qui tiendrait du prétexte dans le cas d’Ogossagou, où les victimes sont des civils. Et le haut état-major malien a été limogé dans la foulée, aveu spectaculaire d’un échec à maintenir l’ordre sur le territoire.

Philo « allégée »

Le travail et l’inconscient, éjectés des programmes de philo du bac ? C’est ce qu’a proposé le groupe d’experts chargé de les élaborer, dans le but d’« alléger » le nombre de notions enseignées. C’est le Conseil supérieur des programmes qui tranchera, mais l’idée a déjà suscité beaucoup d’objections et de protestations. Si la mesure ne supprimait pas des auteurs tels que Marx et Freud, dans le cadre de quelles notions seraient-ils étudiés demain ?

Tests osseux : Les « Sages » sont tombés sur la tête

Les tests osseux sont conformes à la Constitution, a décidé le Conseil constitutionnel le 22 mars. Vilipendés par le Conseil consultatif national d’éthique, le Haut Conseil de la santé publique, et de nombreux scientifiques qui s’échinent à expliquer qu’ils ne sont pas fiables pour déterminer l’âge d’une personne, ces tests sont également honnis des défenseurs des droits, puisqu’ils servent à exclure nombre de jeunes étrangers d’une prise en charge par l’Aide sociale à l’enfance.

Le Conseil constitutionnel avait été saisi d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC). Puisque le consentement de la personne est requis pour réaliser ces tests, il n’y a pas d’atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution, se justifient les Sages. Ils ajoutent qu’un refus ne peut suffire à conclure à la majorité.

Ils mettent en garde : les conclusions des tests doivent préciser leur « marge d’erreur » et ne peuvent permettre de « déterminer si l’intéressé est mineur. Le doute profite à l’intéressé ». Ils valident également le recours à un « examen du développement pubertaire ». Lequel était sorti des pratiques, parce qu’intrusif et attentatoire à la dignité. Reste à déterminer la valeur d’un consentement requis auprès de jeunes en détresse…

Européennes : Comme un lundi… en campagne

Réflexions, discussions, constitution des listes… Pour les élections européennes du 26 mai prochain, la gauche – exception faite de La France insoumise – a pris son temps. Alors que le mouvement de Jean-Luc Mélenchon a présenté ses candidats et sa tête de liste, Manon Aubry, le 8 décembre, les autres, du PS à Génération·s en passant par EELV – dont la tête de liste, Yannick Jadot, était connue de tous depuis longtemps – se sont fait attendre. C’est donc en même temps qu’ils ont lancé, cette semaine, leurs campagnes respectives. Lundi 25 mars, les écologistes ont présenté leur « plan d’action pour l’Europe » tandis que Raphaël Glucksmann, tête de la liste PS-Place publique-Nouvelle Donne, s’est plié au passage obligé pour les politiques de gauche : une visite à la maternité de Creil (Oise), menacée de fermeture, où il a donné une conférence aux côtés de Pierre Larrouturou (probable numéro 5 de la liste) et Olivier Faure. Une première pour l’essayiste – sans doute aussi sa première sortie au-delà du périphérique – qui se félicite, dans l’Obs : « Ça prend » (mais pas encore dans les sondages : entre 5 et 6,5 %). Charge aux vieux briscards des campagnes qui l’entourent de lui rappeler qu’une campagne est un marathon.

Photo de la semaine : En route vers la reconstruction

© Politis

Des personnes s’avancent, le 24 mars, sur la N6 à John Segredo au Mozambique, une route reconstruite en trois jour par une entreprise publique chinoise après qu’elle a été détruite par le cyclone Idai, le 14 mars. Le Mozambique a été frappé par des vents à près de 200 km/h jusque très loin dans les terres, provoquant la mort de 705 personnes et de graves innondations, faisant craindre des épidémies, jusqu’au Zimbabwe voisin.

Crédit : Yasuyoshi CHIBA/AFP


Haut de page

Voir aussi

Le bac des uns et le bac des autres

Culture
par ,

 lire   partager

Articles récents