Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité hebdomadaire, en bref.

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Au Brésil, une juge s’oppose à Bolsonaro

Manifestation à Hong-Kong, le 31 mars, contre le projet du gouvernement d’autoriser les extraditions vers la Chine continentale. Les protestataires craignent des menaces pour les opposants politiques et les milieux d’affaires, qui pourraient alors être déférés devant des tribunaux chinois.

Européennes : les socialistes sont mal partis

Les militants du PS votaient mardi pour approuver une liste de 40 candidats aux européennes, dont cinq figureront dans les dix premières places derrière Raphaël Glucksmann. « Approuver » en effet, car sur le procès-verbal de récolement des votes dans les sections n’apparaissaient initialement que trois mentions : « pour », « abstentions » et « blancs et nuls ». Après protestations, une mention « contre » a été ajoutée. Et des contre, il y en a. Présentée en bureau national le 26 mars, cette liste n’a été validée que par 23 voix contre 11. Les proches de Stéphane Le Foll et Luc Carvounas s’y sont opposés ; ils ne comptent aucun représentant de leur courant en position éligible. Tout comme les aubryistes, qui font, eux, partie de la majorité d’Olivier Faure. À la suite de quoi, plusieurs candidats ont annoncé leur retrait.

Tempête boursière sur les pesticides

Bayer-Monsanto dégringole. Condamné le 27 mars en Californie à verser 80,3 millions de dollars de dommages et intérêts à un utilisateur du glyphosate atteint de cancer, le groupe a perdu 60 % de sa valeur en Bourse en une journée. C’est la seconde condamnation du géant des pesticides en moins d’un an, et 11 200 plaintes restent à instruire par la justice américaine.

Slovaquie : Non à la corruption

La Slovaquie partage quelques sinistres points communs avec certains de ses voisins d’Europe centrale : une droite nationaliste et même néonazie puissante (Hongrie), une rhétorique anti-migrants et anti-musulmans omniprésente (Pologne), un gouvernement soit-disant social-démocrate mais dans les faits réactionnaire et miné par la corruption (Roumanie). Pourtant, le 30 mars, les Slovaques ont élu présidente une avocate de 45 ans, Zuzana Caputova, qui a fait campagne sur un thème majeur : la lutte contre la corruption. Un an après la mort du journaliste Jan Kuciak, qui enquêtait sur les liens entre monde politique et mafia italienne, et dont l’assassinat, ainsi que celui de sa fiancée, a indigné le pays. Libérale dans tous les sens du terme, Caputova est Macron-compatible en économie, mais aussi une militante pour l’environnement, pour les droits des femmes (l’IVG est contesté) et des homosexuels (le gouvernement a constitutionnalisé l’interdiction du mariage). Bien que ses pouvoirs soient limités, elle dispose d’un droit de veto, et son élection avec 58 % des voix ébranle le paysage politique.

Au Guatemala, une juge future présidente ?

Elle est devenue la bête noire d’un régime cerné par les affaires. Thelma Aldana, ancienne juge anti-corruption, a déjà fait tomber le président Otto Pérez en 2015 avec l’aide de la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala (Cicig), elle pourrait se payer son successeur, Jimmy Morales, dans les urnes dans un premier temps, lors de la présidentielle du 16 juin. Est-ce une surprise ? Un mandat d’arrêt a été lancé contre la candidate pour une supposée affaire d’emplois fictifs. Réfugiée à El Salvador, Thelma Aldana, qui vit sous protection policière en raison de menaces de mort, ne compte pas renoncer pour autant.

L’Ukraine se donne à un comédien

Verdict des urnes sévère pour le président sortant Petro Porochenko : 16,7 % des voix seulement, et un deuxième tour quasi impossible le 21 avril. Au premier tour de la présidentielle du 31 mars, les Ukrainiens ont désigné comme favori Volodymyr Zelensky, un complet néophyte en politique, qui a raflé plus de 30 % des suffrages. Comédien de profession, le probable futur président est un ovni politique. Il doit sa notoriété à une série télé hyper populaire, où il incarne Vasyl Holoborodko, un modeste professeur d’histoire propulsé président du pays, et qui combat courageusement la classe politique corrompue…

Racisme : Roms, de la rumeur aux pogroms

Une trentaine d’agressions anti-Roms, allant de la menace au passage à tabac en règle, ont été recensées par le collectif Romeurope entre le 25 et le 28 mars, quand des bandes d’hommes armés ont envahi plusieurs bidonvilles d’Île-de-France, souvent simultanément. À l’origine de ces pogroms, une fake news accusant les Roms d’enlever des enfants pour vendre leurs organes, abondamment relayée sur les réseaux sociaux malgré les démentis de la police. « Tsiganes, voleurs d’enfants, voleurs de poules », la rumeur est récurrente, d’après Nathalie Godard, présidente de Romeurope, qui accuse les réseaux sociaux d’avoir servi de « caisse de résonance » : « Les menaces racistes, ça arrive ponctuellement, mais ce qui est nouveau, c’est que ça se traduise par une vraie violence de cette ampleur. Les réseaux sociaux doivent prendre leurs responsabilités ! » En attendant que justice se fasse, les familles roms vivent dans la peur et n’osent plus sortir des bidonvilles.

Brunei : la charia, nouvel hochet du sultan

Homme parmi les plus riches du monde (plus de 40 milliards de dollars), vivant dans un palais de 200 000 m2, collectionneur de voitures de luxe (il en possède 5 000, dont 130 Rolls), le sultan de Brunei, 72 ans, trois femmes et douze enfants, s’ennuyait sans doute de cette vie terne et monotone. Il a donc décidé d’imposer la charia dans son petit État pétrolier de 430 000 habitants (dont seulement deux tiers sont musulmans), coincé au nord de Bornéo. Lapidation pour adultère ou homosexualité, amputation d’une main pour les voleurs… Décision condamnée par, entre autres, Michelle Bachelet, haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, mais aussi par George Clooney et Elton John, qui ont appelé à boycotter les 9 palaces possédés par Hassanal Bolkiah, parmi lesquels le Meurice et le Plaza Athénée à Paris.

Éducation : la fronde gronde contre Blanquer

Des lycéens en garde à vue pour avoir manifesté contre « la loi sur l’école de la confiance » au lycée Michelet, à Vanves, le 22 mars ; des parents d’élèves appelant au retrait de la loi Blanquer dans les rues de Paris le 30 mars ; des enseignants de nouveau en grève ce 4 avril : les alertes se succèdent contre la réforme. Jean-Michel Blanquer a beau défendre que la création d’établissements publics des savoirs fondamentaux se fera sur « volontariat », une partie de la communauté éducative a compris que cette mesure entérinait la suppression de postes de directeurs d’école. S’ajoutent : la réforme des programmes, l’an 2 de Parcoursup, le transfert des missions de maternelle à des jardins d’enfants privés, l’apparition de spécialités non pourvues d’enseignants, la mutualisation des auxiliaires de vie scolaire, la reprise en main des instances indépendantes par le ministère… Ça fait beaucoup.

LPO : Oiseaux en danger

Il y a quarante ans, la directive européenne sur la protection des oiseaux sauvages était adoptée. Pour fêter cet anniversaire, la Ligue de protection des oiseaux a décidé de voler dans les plumes de l’État français en portant plainte contre lui auprès de la Commission européenne. L’association pointe des infractions récurrentes liées à la chasse, comme la dérogation pour la chasse à la glu dans le sud de la France ou la prolongation de la période de chasse pour les oies grises, par exemple.

Marseille : les femmes ont une idée pour financer la solidarité

« Même après des fusillades, épuisées, sans moyens et isolées », elles revendiquent leur « capacité à s’auto-organiser » pour « inventer des solutions collectives ». Dans une tribune publiée le 2 avril dans Libération, une trentaine de femmes des quartiers nord de Marseille réclament que soit affectée à des projets d’économie solidaire « une partie des biens et fonds saisis » dans l’économie mafieuse et la corruption qui minent leurs quartiers. Elles mettent en avant l’exemple italien du « collectif citoyen Libera, qui s’est battu pour qu’une loi confisque les biens et les avoirs de la mafia afin qu’ils soient réinvestis dans des projets socio-économiques collectifs ».

Turquie : claque électorale pour Erdogan

Deux meetings par jour pendant les deux derniers mois, des médias aux ordres qui ont ignoré les candidats d’opposition, et au final perdre les principales villes du pays aux élections municipales du 31 mars : la claque est sévère pour Recep Tayyip Erdogan et son parti islamo-conservateur, l’AKP, au pouvoir depuis 2002. Perdue, la capitale Ankara, où le despote s’est fait construire un gigantesque palais présidentiel ; perdue, Istanbul, où Erdogan a débuté sa carrière en 1994 ; perdues, les grandes villes kurdes (Diyarbakir, Van, Mardin…), où Erdogan avait destitué les maires du parti HDP, remplacés par des administrateurs judiciaires. C’est aussi parce que le même HDP n’a pas présenté de candidats dans les villes de l’ouest que l’opposition l’a emporté : perdues, Adana, Mersin, Antalya…

Erdogan paie le prix de la grave crise économique qui affecte la Turquie, et qu’il ne parvient pas à enrayer. Malgré ce revers, il peut compter sur le fait qu’aucune élection n’est prévue avant 2023, et continuer donc à museler toute dissidence. Des universitaires se mobilisent actuellement pour Füsun Üstel, professeure retraitée de science politique à l’université francophone de Galatasaray, condamnée à 15 mois de prison ferme pour avoir signé en 2016 une pétition pour la paix et le respect des droits humains. Son appel a été rejeté le 1er mars. Neuf de ses collègues signataires attendent également leur jugement en appel, et elle risque de n’être que la première universitaire derrière les barreaux pour avoir signer cette pétition.

Photo de la semaine : Les Hongkongais redescendent dans la rue

© Politis

Manifestation à Hong-Kong, le 31 mars, contre le projet du gouvernement d’autoriser les extraditions vers la Chine continentale. Les protestataires craignent des menaces pour les opposants politiques et les milieux d’affaires, qui pourraient alors être déférés devant des tribunaux chinois.

Ce mouvement rappelle la révolte des parapluies, contestation qui avait paralysé des quartiers entiers de la ville à l’automne 2014.

Crédit photo : Dale DE LA REY/AFP


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