Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité hebdomadaire, en bref.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Justice à poil

En 2016, une enquête avait été ouverte après la diffusion par l’association L214 d’images d’un abattoir montrant les mauvais traitements sur les animaux. Le directeur avait été condamné à 3 contraventions de 400 euros pour « équipements non conformes ». L214 a donc décidé d’attaquer l’État pour dysfonctionnement des services de la justice : au moins 172 infractions n’auraient pas été poursuivies.

Amiante : le préjudice d’anxiété étendu

L’indemnisation des salariés exposés à l’amiante, rongés par l’inquiétude de tomber malade, s’élargit. C’est le résultat d’un arrêté rendu par la Cour de cassation le 5 avril, corrigeant la jurisprudence de 2010. Jusqu’alors, le préjudice d’anxiété était réservé aux salariés des sites ciblés par le ministère dans son programme d’accompagnement, c’est-à-dire, en pratique, uniquement les travailleurs de la transformation d’amiante et de la réparation navale. Désormais, tous les salariés ayant été en contact avec le matériau hautement cancérigène peuvent demander réparation. Ils devront néanmoins prouver que leur employeur n’a pas pris « toutes » les mesures de sécurité pour prévenir le risque, ce qui annonce des débats complexes devant les tribunaux.

Morano, Bardella, même combat

Opposée au rétablissement de l’ISF, Nadine Morano (LR) a assuré sur Europe 1 (8 avril) qu’on peut trouver dans « la politique migratoire » de quoi financer l’indexation des retraites sur l’inflation : « Rien que l’accueil de ce qu’on appelle les mineurs non accompagnés en politiquement correct [sic] nous coûte 2 milliards d’euros chaque année. » Une somme avancée la veille, sur la même antenne, par Jordan Bardella (RN).

Migrants : Castaner plébiscité par l’extrême droite

Dans une vie antérieure, il se disait socialiste. Aujourd’hui ministre de Macron, Christophe Castaner tient sur tous sujets un discours aux accents extrême-droitiers. Le 5 avril, lors de la conférence de presse finale des ministres de l’Intérieur du G7, il déclare tout de go que les ONG secourant les migrants en Méditerranée « ont pu se faire complices des passeurs ». Soit quasiment mot pour mot la rhétorique assénée depuis des mois par Matteo Salvini, son homologue italien d’extrême droite. La veille, celui-ci s’était d’ailleurs « félicité » de n’être « pas le seul à avoir des doutes sur les ONG en Méditerranée ». Bien que son parti, la Ligue, prétende axer sa campagne européenne contre la politique d’Emmanuel Macron, Salvini a pourtant félicité Castaner, à l’issue d’une rencontre bilatérale, pour sa gestion de l’ordre public face au mouvement des gilets jaunes, estimant qu’il avait « bien fait d’être dur ». Si les propos de Castaner ont suscité des réactions indignées de la part des ONG elles-mêmes comme de la gauche, Marine Le Pen a apprécié que le ministre lui « donne raison ». Tout comme Génération identitaire, qui lui a préparé une « carte d’adhérent d’honneur ».

Européennes : amnésie et réminiscence

Quand Raphaël Glucksmann, en meeting à Toulouse, se dit « fier de partir à la lutte avec le parti de Jaurès, de Blum, de Mendès [qui n’a jamais été socialiste, NDLR] et de Rocard », oubliant de citer Mitterrand, Benoît Hamon et ses amis en conservent, eux, la mémoire. Leur clip de campagne est inspiré d’un clip de sa seconde présidentielle. En 1988, l’agence Euro-RSCG faisait défiler en images l’histoire de France à un rythme effréné depuis la prise de la Bastille jusqu’à « la France unie » de Mitterrand. En 2019, les images retenues par Génération·s, parfois les mêmes, sont celles d’une histoire européenne destinée à vanter « l’Europe libre ».

La carte des médias libres

Journaux et médias libres, indépendants, alternatifs… Le mensuel L’Âge de faire a réalisé une carte de la « presse pas pareille », lancée par le journal Le Ravi, installé à Marseille. Des titres produisant essentiellement du contenu écrit, sur papier ou en ligne, qui n’appartiennent à aucun groupe industriel ou financier, ni à aucun mouvement politique, syndical ou religieux, et dans lesquels la publicité n’occupe pas plus de 10 % des pages. On y retrouve Politis, aux côtés de Fakir, Mediapart, CQFD, La Feuille, Le Sans-Culotte 85, Marsactu, ou encore Arrêt sur images, La Gueule ouverte, Basta !, Reporterre, Regards et Zélium.

Aude Lancelin démissionne du Média

Nouveau rififi au Média, après les départs successifs de plusieurs têtes d’affiche dès ses débuts. Aude Lancelin avait pris les rênes de la webtélé proche de La France insoumise voilà presque neuf mois. Elle annonce démissionner à la suite de l’élection d’un nouveau bureau, « au résultat connu d’avance, imposé par une écrasante majorité de personnages n’appartenant pas à notre équipe et dont, à une exception près, aucun n’est journaliste ». L’ex-patronne pointe, sans nommer, une coalition de militants politiques, d’anciens collaborateurs et associés de Sophia Chikirou (ancienne directrice du Média). Soit « un putsch », né de différends sur le traitements des gilets jaunes. « Il n’est évidemment pas possible pour moi, a-t-elle déclaré, de travailler sous la tutelle d’une coalition illégitime à tout point de vue. »

Algérie : Boutef parti, les Algériens « vendredisent » toujours

Malgré la démission de Bouteflika, les Algériens n’ont pas renoncé à « vendredir », selon le verbe qu’ils ont inventé pour désigner les manifestations massives et pacifiques, chaque vendredi depuis le 22 février. Le 5 avril, leur colère s’est focalisée sur les « 3B », initiales des trois hommes clés chargés théoriquement de la transition, mais tous trois des caciques du système honni. Les slogans ont aussi visé « GS », initiales du chef de l’armée qui a poussé le fauteuil roulant vers la sortie, mais est soupçonné de vouloir confisquer le processus démocratique. Gaïd Salah a beau avoir proclamé « être aux côtés du peuple », ce dernier se souvient qu’hier encore ce vieillard galonné militait ardemment pour un cinquième mandat du président-momie. Même s’il a déclaré la guerre aux bouteflikistes, dont les oligarques enrichis par la corruption, le général ne permettra pas que l’élan démocratique lève le voile sur les exactions de l’armée pendant la décennie noire. Jusqu’où est-il prêt à aller? Il faudra sans doute que les Algériens vendredisent encore.

Dons : charité bien ordonnée…

Les associations ont enregistré en 2018 une baisse des dons de 4,2 % en moyenne. Pour la seule association des Apprentis d’Auteuil, tournée notamment vers l’éducation des jeunes en échec scolaire (27 000 mineurs) et l’accompagnement parental, c’est 19 %. Soit une perte de 6 millions d’euros. Pour les associations, cette baisse est liée aux réformes fiscales comme la hausse de la CSG sur les retraites, l’impôt à la source et plus encore la ­suppression de l’ISF. De fait, les contribuables soumis à l’ISF avaient la possibilité de déduire de leur impôt 75 % du montant de leurs dons dans une limite de 50 000 euros. « Nous pensions que les motivations des donateurs assujettis à l’ISF n’étaient pas que fiscales et que la majorité continuerait à verser leur contribution, observe Samantha Stuckle, responsable de la générosité grand public au Secours catholique. Malheureusement, ça n’a pas été le cas ! »

Photo de la semaine : Khartoum debout

© Politis

Au quatrième jour de mobilisation continue, les manifestants occupaient toujours, le 9 avril, l’entrée du siège des services de sécurité de Khartoum, au Soudan, demandant le soutien de l’armée et le départ du dictateur Omar El-Béchir. Selon des témoins, des forces de sécurité auraient attaqué, dans la nuit du 8 au 9 avril, les manifestants au gaz lacrymogène et à balles réelles. Elles auraient été contrées par des éléments de l’armée.

Crédit : AFP


Haut de page

Voir aussi

Articles récents