Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité hebdomadaire, en bref.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Soudan : la méfiance du peuple

Les Soudanais ne lâchent rien. Ils étaient encore des milliers, lundi à Khartoum, à manifester devant le QG de l’armée. Car c’est bien là le lieu du pouvoir. Et c’est tout le problème. Après la destitution du dictateur Omar El-Béchir, le 11 février, et son remplacement par le général Ibn Auf, qui n’a résisté que 24 heures à la pression populaire, c’est un Conseil militaire de transition mené par un autre général, Abdel Fattah Al-Burhane, qui s’est installé au sommet de l’État. Dimanche, des membres du conseil ont rencontré une délégation de représentants de cette insurrection pacifique mobilisée depuis la mi-décembre. À l’issue de cette rencontre, un autre général, Yasser Al-Ata, a déclaré vouloir « mettre en place un État civil basé sur la liberté, la justice et la démocratie ». Auparavant, Burhane avait affirmé vouloir « éliminer les racines » du régime d’Omar El-Béchir. Il s’était également engagé à libérer les manifestants arrêtés ces dernières semaines et à traduire en justice les militaires impliqués dans la mort de protestataires.

Malgré ces déclarations qui semblent aller dans le sens de la transition, la méfiance est de mise. Les militaires se sont en effet compromis avec le régime d’El-Béchir. Profitant de la rente pétrolière, ils auraient beaucoup à perdre face à un pouvoir démocratique. Et le précédent égyptien d’une armée qui fait le dos rond avant une très violente reprise en main est évidemment dans toutes les mémoires.

Le courage du Vietnam

Le Vietnam a annoncé le 10 avril l’interdiction des produits contenant du glyphosate. Une décision qui a fait sortir de ses gonds le ministre américain de l’Agriculture, connu pour sa proximité avec Monsanto, prophétisant dans un communiqué « des effets dévastateurs sur la production agricole mondiale ». En France, la promesse d’interdire le glyphosate en 2020 a été repoussée à 2022.

Libre-échange : l’Europe cède au chantage

Les gouvernements de l’UE ont approuvé, le 15 avril, l’ouverture de négociations commerciales avec les États-Unis, sur fond de chantage tous azimuts de Donald Trump. La France a voté contre, s’en tenant en façade à la promesse d’Emmanuel Macron de ne pas accroître le libre-échange avec les États-Unis, qui boudent l’accord de Paris sur le climat. Mais ce « non », mou et tardif, n’est pas bloquant. Et le futur accord s’appliquera à la France. Selon Mediapart, Paris aurait accepté de mettre ses réserves en sourdine en échange de largesses de l’Allemagne sur les ventes d’armes vers l’Arabie saoudite. Berlin devrait donc assouplir le moratoire décidé en octobre, qui impacte les équipements franco-allemands. En échange, la reprise des négociations écarte, au moins un temps, la menace de taxes américaines sur les berlines allemandes.

Justice : quand le parquet fait obstacle à la vérité

La « bonne administration de la justice » est mise en doute dans deux affaires parmi les plus emblématiques de la répression qui frappe les gilets jaunes. À Marseille, la famille de Zineb Redouane, cette octogénaire décédée le 1er décembre après avoir reçu une grenade en plein visage, alors qu’elle tentait de fermer ses volets, au quatrième étage d’un immeuble du centre-ville, porte plainte pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Son avocat, Me Yassine Bouzrou, demande en outre le dépaysement de l’enquête, une demande justifiée par les « éléments faux » communiqués à la presse par le parquet. Alors que l’autopsie, dont la famille a eu connaissance, atteste, selon lui, que le décès résulte bien de la grenade reçue au visage, le procureur de la République de Marseille, Xavier Tarabeux, avait déclaré que Zineb Redouane avait été « victime d’un arrêt cardiaque sur la table d’opération », autorisant ainsi Christophe Castaner et Emmanuel Macron à prétendre, pour s’en féliciter, que l’action des forces de l’ordre contre les gilets jaunes n’avait fait aucun mort.

À Nice, le parti pris du procureur, Jean-Michel Prêtre, motive également la demande de dépaysement de l’information judiciaire ouverte pour « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique » introduite par Me Arié Alimi, l’avocat de Geneviève Legay. Après avoir nié dans un premier temps tout contact entre la manifestante et un policier, le procureur a confié l’enquête à la sûreté départementale, dont la cheffe est la compagne du commissaire chargé du commandement le jour de la manifestation. Les procureurs seraient-ils désormais en charge de protéger les vérités officielles du pouvoir plutôt que de défendre les victimes et, à travers elles, la société ?

Racisme : des ordres discriminatoires donnés aux flics parisiens

« Procéder à des contrôles d’identité de “bandes de Noirs et de Nord-Africains” et à des évictions systématiques de “SDF et de Roms” dans un secteur défini. » Ce sont les ordres qui furent donnés aux fonctionnaires de la Brigade de police secours et de protection (BPSP), de façon répétée entre 2012 et 2018. Rien n’indique d’ailleurs que ce type de « consignes discriminatoires » et « ordres manifestement illégaux », selon les termes mêmes du Défenseur des droits, Jacques Toubon, qui a dénoncé les faits dans un avis rendu public le 14 avril et demandé une « inspection » des commissariats parisiens, ne soient pas aujourd’hui encore en vigueur. Même si ce n’est pas indiqué avec précision, il semble que ces mesures racistes concernent des arrondissements du centre de la capitale, particulièrement les zones supposées touristiques. Notons que ces ordres auraient débuté en 2012, quand François Hollande à peine élu nommait place Beauvau un certain Manuel Valls. Qui avait déclaré, un matin de septembre 2013 sur France Inter, que les Roms avaient « vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie ».

Yémen : les mensonges de la France

Ainsi donc, le gouvernement a menti : il savait que les armes françaises vendues à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis sont utilisées dans la guerre que la coalition mène au Yémen ! C’est ce qu’indique à demi-mots une note « confidentiel-défense » révélée par le média Disclose, confirmant les alertes lancées depuis un an par des associations et des élus (lire Politis du 31 mai 2018). C’est une violation du traité sur le commerce des armes des Nations unies, d’autant plus scandaleuse que le gouvernement bloque depuis un an les demandes d’enquête de députés sur le sujet.

Roms : le Cirque Romanès non grata

Pas de tournée pour le cirque de Délia et Alexandre Romanès. Si la troupe, installée square Parodi à Paris, a l’habitude de présenter son spectacle en région, avec la nouvelle réglementation des appels d’offres pour les cirques, plusieurs villes n’ont pas répondu aux demandes d’autorisation nécessaires. Lille, Bordeaux, Rennes, Nancy, là où les Romanès se produisent régulièrement. Mutisme total (et hypocrite puisqu’il ne s’agit pas d’interdiction). À Strasbourg, on prétend que le cirque est trop grand, alors qu’on reçoit le barnum Pinder. « On est dans l’impossibilité de partager notre culture », déplore Alexandre. Un mépris et un climat hostile aux Roms ces dernières semaines, affectant également financièrement le cirque, lequel continue de jouer les samedis et dimanches, et s’apprête à fêter la Pâque tsigane ce 21 avril.

Hôpitaux : grèves à Paris

Le directeur de l’AP-HP a débloqué 45 postes. Mais c’est ce qu’il faudrait pour le seul hôpital Saint-Antoine à Paris, expliquent les grévistes mobilisés depuis le 14 avril dans cinq hôpitaux parisiens : Saint-Louis, Tenon, la Pitié-Salpêtrière et Lariboisière, à l’appel des syndicats CGT, SUD Santé et FO, rejoints par les principaux syndicats du secteur. Les personnels dénoncent leurs conditions de travail et des agressions répétées depuis le début de l’année. À Saint-Antoine, ils sont en grève partielle depuis trois semaines. Les urgentistes redoutent en premier lieu des problèmes de sécurité qu’ils imputent à une surcharge de travail alors que l’an passé 405 emplois équivalents temps plein ont été supprimés et qu’une nouvelle vague de 779 suppressions se profile. Ils redoutent par exemple de se retrouver à devoir choisir entre deux urgences vitales.

La photo de la semaine : fumée noire sur Notre-Dame

© Politis

Des Parisiens incrédules observent impuissants l’incendie qui a ravagé, dans la soirée du 15 avril, le joyaux médiéval de la capitale. Une émotion et une communion puissantes qui ont étreint tous les Français, familiers ou pas du monument, et jusqu’au-delà des frontières, où l’événement a fait la une de très nombreux journaux, des télévisions allant jusqu’à interrompre leurs programmes à l’autre bout du monde.

Crédit : ERIC FEFERBERG/AFP


Haut de page

Voir aussi

Un message positif

Éditorial accès libre
par ,

 lire   partager

Articles récents