Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité hebdomadaire, en bref.

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Le socialiste Sanchez convainc les Espagnols

D’une certaine manière, l’Espagne est entrée, le 28 avril, dans la « norme » europénne, avec l’arrivée au Parlement, pour la première fois depuis la fin du franquisme, d’un parti d’extrême droite nationaliste, raciste, antiféministe, islamophobe, homophobe… Mais avec « seulement » 10 % des voix, Vox est en deça de ce que les sondages prédisaient. Et, surtout, ce résultat est couplé avec un effondrement de la droite du Parti populaire (PP), qui fond de moitié. L’autre nouvelle donc des législatives du 28 avril, c’est qu’un parti socialiste arrive en tête d’un scrutin national en Europe, avec presque 29 % des voix. Tombeur du corrompu PP Mariano Jajoy, le sortant PSOE Pedro Sanchez va donc continuer à gouverner le pays. Mais ses 29 % l’obligent à une coalition, et un choix difficile : soit un allié à droite, les libéraux macronophiles de Ciudadanos, mais qui seront très durs en affaires et sont surtout avides de croquer définitivement le PP, qu’ils ont presque égalé dans les urnes ; soit un allié à gauche, Podemos, qui est demandeur, mais dont les forces ne suffisent pas. Dans ce cas, la seule option restante pour Sanchez est de s’adjoindre des indépendantistes catalans pour constituer une majorité absolue. Pari risqué, tant la passion nationaliste crispe la politique espagnole, et même si la Catalogne a privilégié la Gauche républicaine (ERC) plutôt que les jusqu’au-boutistes d’Ensemble (JxC) de Carles Puigdemont. En dix mois de gouvernement, Sanchez n’a pu qu’esquisser une politique de gauche. Le défi politique est immense, et dépasse l’Espagne.

Bolkestein trébuche

La fronde des ONG a eu raison du projet de réforme de la directive services. Les instances européennes renoncent au droit de veto et à la procédure d’information préalable qu’elles voulaient imposer aux États et aux collectivités, avant toute réglementation touchant à un marché de services. Le projet, calibré par et pour le lobby patronal, était tancé par de nombreux élus et l’ONG bruxelloise Corporate Europe Observatory.

Embargo : Trump étrangle le Venezuela

Iran, Venezuela, même peine : depuis le 28 avril, Trump impose un embargo total sur le pétrole vénézuélien, qui représente 96 % des revenus du pays. Les clients américains ne sont pas seuls concernés puisque, comme pour l’Iran, l’interdit touche toutes les sociétés étrangères ayant des liens avec les États-Unis. Présentée comme levier implacable pour faire tomber le président chaviste Nicolás Maduro, la mesure va surtout appauvrir la population vénézuélienne, déjà frappée par une crise économique inouïe. Dans une étude publiée en avril, deux économistes américains, Mark Weisbrot et Jeffrey Sachs, expliquent que l’embargo américain, notamment sur les produits médicaux, est déjà responsable d’environ 40 000 morts en 2017 et 2018. Leur conclusion : « Les sanctions américaines sont délibérément conçues pour détruire l’économie du Venezuela. C’est une politique vaine, cruelle, illégale… »

Nantes : Stop la violence dans les quartiers

« Ne laissons pas la violence tuer l’espoir dans les quartiers ». Habitants de Bellevue, Malakoff, les Dervallières, le Breil, Nantes-Nord : ils étaient plus de 500 Nantais à défiler le 28 avril pour protester contre la « guerre des quartiers ». Quarante-cinq fusillades ont été recensées en 2018 à Nantes, d’après le procureur de la République de la ville, et cinq ces dernières semaines. La dernière, dans la nuit du 22 au 23 avril, a fait un mort et six blessés. Des hommes casqués auraient fait irruption dans un bar à chicha et tiré avec des armes automatiques sur plusieurs personnes, dont un employé de 24 ans, mort de ses blessures à l’hôpital. Une enquête lancée sur ces règlements de comptes sur fond de trafic de drogue mobilise une quarantaine de fonctionnaires nantais et dix de la police scientifique venus de Rennes. Selon le directeur départemental de la sécurité publique, l’usage des armes à feu existait à Nantes, mais n’avait pas encore fait de victimes.

Bayer touché à la racine

Werner Baumann a été humilié par ses 2 600 actionnaires, qui ont refusé de lui donner quitus le 26 avril. Certes, ils ne lui reprochent pas d’avoir investi dans le glyphosate, mais d’avoir mal anticipé les risques du rachat de Monsanto, plombé par les procès et déjà deux condamnations aux États-Unis, ce qui a déjà fait fondre la valeur de l’action de 38 %…

Julien Lauprêtre : Profession : solidaire

Né en 1926, Julien Lauprêtre avait d’abord été tailleur de glace et miroitier, militant communiste et résistant, avant d’entrer comme secrétaire administratif au Secours populaire français, en 1954. Il s’est éteint ce 26 avril à 93 ans, alors président de l’association depuis 1958. À son actif, l’organisation de campagnes de départs en vacances pour les enfants, la récupération des surplus alimentaires, plusieurs actions éducatives en France et à l’étranger. Lauprêtre avait fait de la solidarité un métier. « Je crois au combat politique sans intérêt personnel, à l’idéal de changement et pour une autre société, nous avait-il confié il y a trois ans. Malheureusement, la pauvreté continue de gagner du terrain. »

Le Maroc censure Aziza Brahim

L’Institut du monde arabe (IMA) « ne souhaite pas communiquer sur les raisons de cette annulation ». C’est la réponse, lapidaire, que la direction a faite au Monde. Le 10 mars, la chanteuse sahraouie Aziza Brahim aurait dû participer au premier festival de l’IMA, Arabofolies, sous-titré « Résistances ». Mais il semble que l’IMA ait cédé à d’insistantes pressions du Maroc, qui ne souhaitait pas qu’une voix sahraouie y soit entendue. L’artiste se produira toutefois le 5 mai à Lille et le 27 juillet à Vence.

Journalistes : Délit d’informer

Pour avoir révélé l’utilisation offensive d’armes françaises au Yémen, trois journalistes font l’objet d’une enquête pour « compromission du secret de la défense nationale », ils ont été conviés par le parquet de Paris à se rendre à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Cette procédure vise clairement à s’attaquer au secret des sources. Un nouveau coup de botte asséné à la liberté de la presse, après bien d’autres répertoriés semaine après semaine. Lors de l’acte 23 des gilets jaunes, Gaspard Glanz et Alexis Kraland, deux journalistes indépendants, avaient été déjà placés en garde à vue pendant 48 heures pour l’un, 8 heures pour l’autre. Ce même jour, neuf journalistes clairement identifiés comme tel ont été blessés par les forces de l’ordre. Selon un décompte de David Dufresne, 94 reporters ont été blessés par la police depuis le début du mouvement, certains par des lanceurs de balles de défense (LBD). Des armes de guerre également, mais pas de facture française, elles.

Réseaux sociaux : Groupe raciste à la fac de Metz

Après la « ligue du lol », la ligue raciste : trois étudiantes de L2 à la fac de Metz animaient un groupe privé sur Facebook tenant des propos racistes contre des étudiants et des enseignants noirs. C’est un nouvel « invité » qui a fait fuiter des messages comparant les personnes visées à des singes, évoquant leur puanteur, moquant leur accent… Ce groupe existait depuis plusieurs semaines, agresseurs et agressés font partie de la même promotion, et l’événement touche des étudiants en sociologie, se sont émues les victimes. Les 11 étudiants africains de cette licence d’une trentaine d’élèves étaient mal « intégrés », « séparés des autres », d’après l’une d’elles. Le 28 avril, l’université de Lorraine a annoncé une commission d’enquête interne. Le procureur de la République a été averti. Une marche contre le racisme a été organisée à Metz le 30 avril.

Brésil : Bolsonaro ou la censure débridée

La bêtise fasciste se répète souvent à l’envi. Si elle fut sans doute attribuée à tort à Goering, on connaît la phrase : « Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver ! » Il semble que Jaïr Bolsonaro s’inscrive dans cette lignée puisque le président brésilien a affirmé, le 26 avril, sa volonté de réduire les fonds publics aux filières universitaires de philosophie et de sociologie, sans « débouchés » à ses yeux. Il préfère celles « qui génèrent un retour immédiat au contribuable, comme médecine, vétérinaire ou ingénierie » ! Par ailleurs, il a fait censurer un spot publicitaire de la Banco do Brasil visant à attirer une clientèle jeune, coupable à ses yeux de mettre en scène « trop » de Noirs et une personne transsexuelle. Le directeur marketing de la banque a été limogé. Ambiance.

Licenciement par algorithme

Amazon innove en matière de ressources humaines ! Dans ses entrepôts, une armada de robots scrute la productivité des salariés, les classe et licencie automatiquement les 10 % les moins efficaces. En un an, sur les 2 500 salariés de l’entrepôt de Baltimore, aux États-Unis, 300 salariés ont ainsi perdu leur job, selon des révélations du site The Verge. Cette pratique dite du « ranking forcé », bien qu’illégale en France, s’y banalise aussi.

Notre-Dame : Les experts cinglent Macron

1 170 conservateurs, architectes, professeurs du monde entier s’inquiètent de la « précipitation » du gouvernement à vouloir restaurer Notre-Dame de Paris, dans une tribune argumentée (Le Figaro, 29 avril). Alors qu’Emmanuel Macron a promis de « reconstruire » la cathédrale « plus belle encore » d’ici cinq ans, ils lui demandent de ne pas effacer « la complexité de la pensée qui doit entourer ce chantier derrière un affichage d’efficacité ».

Les signataires, parmi lesquels le conservateur des monuments nationaux, Laurent Alberti, critiquent le choix de passer pour ce chantier par un projet de loi autorisant des dérogations aux normes de protection patrimoniale et aux obligations en matière de marchés publics. « Monsieur le Président, ne dessaisissez pas les experts du patrimoine ! » réclament-ils en titre de cette tribune qui rappelle que « la France s’est dotée très tôt […] d’une législation visant à la protection des monuments historiques ».

Les « choix » pour la restauration de ce joyau de l’art gothique, qui est « l’un des monuments autour desquels […] se sont constituées la protection et la déontologie françaises et mondiales des monuments historiques », doivent se faire « en ayant une approche scrupuleuse, réfléchie de la déontologie », plaident-ils. Selon eux, il faut prendre « le temps de trouver un bon chemin » avant de fixer « un délai ambitieux pour une restauration exemplaire ». La réaliser pour les JO de 2024, comme Macron et Hidalgo le veulent, est un non-sens.

Le Soudan s’ouvre, l’Algérie se crispe

« Les sit-ins et les marches continueront tant que les objectifs de la révolution n’ont pas été atteints » : l’opposition ne lâche pas prise au Soudan (photo), et l’armée a accepté de partager le pouvoir avec les civils au sein d’un « conseil conjoint » pour la transition démocratique. La situation contraste avec celle de l’Algérie : bien que débarrassés de Bouteflika, les manifestants, toujours aussi nombreux, réclament le départ des dignitaires intérimaires, tous héritiers du président déchu. « Comment des mafieux et des fraudeurs peuvent organiser des élections honnêtes ? On marchera jusqu’à ce qu’ils comprennent ! », s’exclamait un Algérien qui manifestait le 26 avril pour le 10e vendredi consécutif.

Photo de la semaine : En lutte pour leurs terres

© Politis

Des hommes occupent la fontaine du ministère brésilien de la Justice, le 26 avril à Brasilia. Environ 4 000 indigènes de différentes tribus se sont rassemblés dans la capitale fédérale du Brésil à l’occasion de la semaine de Mobilisation nationale indigène. Ils réclament l’ouverture de négociations sur leurs droits territoriaux, alors que le nouveau président d’extrême droite, Bolsonaro, menace de livrer leurs terres à la spéculation.

Crédit : Carl de Souza/AFP


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