Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité hebdomadaire, en bref.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Algérie : l’armée verrouille

Le général Ahmed Gaïd Salah (photo) fait le ménage. Le chef d’état-major de l’armée algérienne, homme fort du moment, a fait arrêter le 4 mai Saïd Bouteflika, le frère de l’ancien chef d’État Abdelaziz Bouteflika, qu’on soupçonne d’avoir été le véritable maître du pouvoir depuis l’AVC du Président, en 2013. Et aussi deux anciens patrons des services de renseignements, les généraux Mohamed Mediene, dit « Toufik », Athmane Tartag, dit « Bachir ». Ces arrestations expliquent après coup pourquoi Gaïd Salah, 79 ans, ancien thuriféraire de Boutef, a brusquement lâché son mentor pour le pousser à la démission, après avoir été un ardent militant d’un cinquième mandat pour le grabataire en chef : Saïd Bouteflika a tenté de s’appuyer sur ces anciennes stars du clan présidentiel pour déclencher l’état d’urgence et, accessoirement, démettre… Gaïd Salah.

Le premier galonné du pays a beau se revêtir en permanence « des revendications du peuple », et dénoncer les généraux arrêtés qui « conspirent », il n’est pas sûr que cela suffise à calmer les millions d’Algériens qui, le vendredi 3 mai encore, occupaient les rues du pays. Car la « solution idéale » qu’il préconise reste une élection présidentielle début juillet, quand la masse des manifestants réclament un nouveau gouvernement indépendant pour mener un processus aboutissant à une nouvelle constitution. D’ailleurs, la « solution idéale » pourrait rapidement s’effondrer. Une centaine de maires ont annoncé qu’ils refusaient d’organiser la présidentielle du 4 juillet.

Fonction publique : le sport de haut niveau relégué

Les conseillers techniques sportifs (CTS), fonctionnaires dédiés au sport de haut niveau qui ont fait les Kevin Mayer (recordman du monde du décathlon), Teddy Riner (surhomme du judo), Nikola Karabatic (champion de handball) et autre Renaud Lavillenie (recordman du monde de saut à la perche), sont rattrapés par la réforme de la fonction publique. Un amendement à la loi en cours d’examen prévoit le détachement automatique des fonctionnaires vers les futures agences imaginées pour « disrupter » l’État. Les CTS seront détachés vers les fédérations de leur sport, avec une subvention qu’ils craignent éphémère, et le concours de recrutement est tout simplement fermé. Charge aux fédérations de recruter en droit privé leurs futurs formateurs, à leurs frais. Une gageure pour les sports pauvres et la promesse d’un virage économique dopé au sponsoring pour les sports riches.

Brexit : bientôt la vraie sortie ?

L’impensable scénario du Brexit a jusqu’alors été guidé par un objectif supérieur : éviter le « pire » – un nouveau référendum. Et les urnes pourraient bien siffler la fin de l’imbroglio. Vendredi dernier, des élections locales partielles, qui renouvelaient 8 000 conseillers municipaux, ont asséné une déculottée mémorable aux conservateurs de Theresa May (1 332 sièges perdus). Et les opposants travaillistes de Jeremy Corbyn n’en tirent pas profit (81 sièges perdus), alors que se profile la date fatidique du 26 mai : si aucune majorité n’est trouvée au Parlement d’ici là pour voter le plan de sortie, les Britanniques devront élire… des eurodéputés. Une catastrophe politique. Alors (qui sait ?), le bras de fer entre May (incapable de rallier son camp) et Corbyn pourrait bientôt prendre fin. Conséquence de la déroute de vendredi, un accord majoritaire semble désormais accessible.

Gaza : ces vérités oubliées

Comme souvent, c’est Gideon Levy, journaliste de Haaretz, qui a trouvé la bonne formule : « Le soulèvement du ghetto de Gaza ». Car, à lire ce que l’on nous rapporte de ces journées de violence, qui depuis le 4 mai ont coûté la vie à 23 Palestiniens et à 4 Israéliens, ce sont les lanceurs de roquettes du Hamas ou du Jihad islamique qui ont mis le feu aux poudres, provoquant de légitimes « représailles » israéliennes, à coups de bombardements aériens. Éternel débat sur les causes et des conséquences. La réalité, c’est que le blocus, qui asphyxie les 2 millions de Gazaouis depuis douze ans, tue chaque jour, faute de soins, notamment par manque d’eau potable et privation d’électricité. La réalité, c’est aussi que, lorsque la révolte est pacifique, comme tous les vendredis depuis le 30 mars 2018 avec la « grande marche » en bordure de la frontière, l’armée israélienne tire sur les manifestants désarmés. Ce sont 251 Palestiniens qui ont ainsi été abattus froidement, et tant d’autres mutilés. Enfin, que dire de cet Eurovision qui vient faire sa fête dans un pays engagé dans une guerre coloniale qui ne dit pas son nom ?

Russie : le poil à gratter de Poutine

Jusqu’ici, on le connaissait sous son identifiant Twitter – @StalinGulag. Depuis 2013, il y va de ses commentaires acerbes sur le système politique russe, la vie quotidienne des gens, frappée par les iniquités et l’absurdité. Son compte Twitter affiche désormais plus de 1,1 million de followers… La semaine dernière, il a décidé de sortir de l’anonymat : il s’appelle Alexandre Gorbounov, il a 27 ans, il est avocat de formation, et il est lourdement handicapé (amyotrophie spinale). S’il l’a fait, c’est parce qu’il subit les pressions des autorités, qui ont perquisitionné chez ses parents âgés et intimidé plusieurs de ses proches. « Si les autorités ont peur de ce que j’écris, c’est vraiment qu’elles ne valent rien », a-t-il commenté.

L’Équipe découvre l’homophobie dans le sport

Preuve que l’homophobie reste tenace chez certains, un kiosquier parisien a refusé de vendre le numéro de L’Équipe Magazine affichant deux hommes qui s’embrassent… L’initiative du journal sportif de référence français de consacrer un dossier au rejet des gays et lesbiennes dans le sport a été saluée. Ce qui étonne surtout, c’est qu’elle vient bien tard. Alors que l’homosexualité reste taboue et dénigrée dans de nombreux sports, à commencer par le foot, le journal a attendu que sorte un film (d’où est tirée la photo de une) pour éclairer ses lecteurs…

Biodiversité : un rapport implacable

Disparition massive d’espèces, destruction d’écosystèmes, déforestation, pollutions… On savait déjà presque tout du premier rapport de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), rendu public lundi dernier. Pourtant, ce document fera date : comme pour les rapports du Giec sur le dérèglement climatique, son « résumé à l’attention des décideurs », adopté par 132 États, lui donne une portée politique de haut niveau… Plus de 450 experts de dizaines de pays y ont contribué, sur la base de quelque 15 000 références scientifiques. Une litanie de chiffres plus alarmants les uns que les autres. Environ 1 million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction dans les prochaines décennies, effondrement sans équivalent dans l’histoire des humains. Et la responsabilité leur incombe. L’agriculture et la consommation de produits animaux au premier rang, ont « sévèrement altéré » les milieux terrestres (à 75 %) et marins (66 %).

Un classique des rapports politiques : les auteurs signalent qu’« il n’est pas trop tard » pour « conserver, restaurer et exploiter de manière durable la nature ». À condition d’opérer « maintenant et à tous les niveaux, du local au mondial », un changement « transformateur ». C’est-à-dire, explique l’IPBES, une mutation fondamentale, « y compris en termes de paradigmes, objectifs et valeurs ». Rassurant ?

Enfants de jihadistes : le cas par cas criminel de la France

Un risque de mort. C’est ce que fait peser l’État français sur les enfants de jihadistes retenus dans les camps Al-Hol et Roj au Kurdistan syrien en gérant les rapatriements « au cas par cas ». Avocate de grands-parents de deux enfants de 3 et 4 ans prisonniers avec leur mère jihadiste, Marie Dosé a saisi la Cour européenne des droits de l’homme le 6 mai. Elle se fonde sur deux dispositions : l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui interdit à un État d’exposer ses ressortissants à des traitements inhumains et dégradants. Et le protocole numéro 4, selon lequel « nul ne peut être privé du droit d’entrée sur le territoire de l’État dont il est ressortissant ». Français de mère française, ces enfants sont titulaires de ce droit. Les procédures de rapatriement actuelles nient l’urgence sanitaire. D’après l’OMS, 123 enfants sont morts dans le camp d’Al-Hol. Et le Centre d’analyse du terrorisme a recensé 210 mineurs français (dont 75 % de moins de 5 ans) en Syrie.

Photo de la semaine : 100 jours en enfer

Des engins excavent des tonnes de terres polluées aux boues rouges à la recherche des corps des disparus, le 3 mai dans la vallée de Brumadinho, État de Minas Gerais, au Brésil. Exactement 100 jours après l’effondrement, le 25 janvier, du barrage de Corrego do Feijao, appartenant à la société minière Vale, qui a fait 235 morts, des dizaines d’habitants sont toujours portés disparus.

© Politis

Crédit : Douglas MAGNO/AFP


Haut de page

Voir aussi

Articles récents