Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité hebdomadaire, en bref.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Grèves du bac… et du brevet

Dernière étape du bras de fer autour de la loi « école de la confiance » : 12 syndicats de l’enseignement et 2 mouvements (Stylos rouges, Chaîne des bahuts) appellent à la grève les premiers jours du bac (17 juin) et du brevet (27 juin). Ça n’était pas arrivé depuis 2003. Selon le baromètre Unsa, seuls 6 % des enseignants et 6 % des directeurs d’école approuveraient la politique du ministre de l’Éducation.

Écologie : Total s’offre un greenwashing

En mai 2016, Total publiait son premier rapport climat sobrement intitulé : Intégrer le climat à notre stratégie. Un zèle opportuniste après la COP21 pour le pétrolier classé dans les vingt entreprises contribuant le plus au changement climatique dans le monde, selon les rapports Carbon majors. Trois ans après, ils récidivent. Mais trois ONG – Les Amis de la Terre, 350.org, Notre Affaire à tous – ont décrypté ce nouveau rapport et montrent que « la multinationale pétrolière s’appuie en réalité sur un scénario prévoyant entre 2,7 °C et 3,3 °C de réchauffement ». Très loin des recommandations scientifiques du Giec ! Si l’écologie n’est pas son fort, Total maîtrise parfaitement la communication et le lobbying pour vanter les mérites du gaz, des agrocarburants, du stockage de CO2. Des technologies qualifiés de « fausses solutions » par les associations écologistes.

Service public : saignée budgétaire à Radio France

La Maison ronde avait pas moins de 22 millions d’euros d’économies à faire d’ici à 2022, imposées par son ministère de tutelle. Si le groupe public prévoit un budget à l’équilibre pour la deuxième année consécutive et demeure depuis quelques semaines en tête des audiences, le plan envisagé aujourd’hui serait de 60 millions d’économies (sur un budget de 650 millions). Soit trois fois plus que prévu. Ces restrictions sont censées compenser l’investissement dans le numérique, l’augmentation des charges et la baisse des dotations de l’État. Est déjà évoquée la suppression de plusieurs programmes : « Comme un bruit qui court », sur France Inter, et une véritable saignée sur France Musique, avec cinq émissions évacuées (« Tapage nocturne », « Ocora couleurs du monde », « Le Portrait contemporain », « À l’improviste » et « Le Cri du patchwork »). Le député PCF Sébastien Jumel a dénoncé « une véritable trahison du service public radiophonique ». La direction doit maintenant négocier « un nouveau pacte social » avec ses salariés. Au programme, revoir les congés, plus de polyvalence, moins de contrats courts et « un volet d’accompagnement aux départs volontaires », sans préciser le nombre de postes visés. En 2015, sous l’ère Mathieu Gallet, une grève motivée par les restrictions budgétaires avait paralysé les antennes pendant 28 jours. Sibyle Veil prend le risque d’une rebelote.

Transports : un pont d’or fait aux Gafa ?

Le projet de loi sur les mobilités prévoit l’obligation, pour les groupes de transport public, d’ouvrir à tout intermédiaire la vente de leurs tickets. Les géants du numérique pourront donc propulser des applications « multimodales » offrant des services multiples (vélos en libre-service, VTC, tickets de métro ou de bus, etc.) sur une plateforme unique.

RATP, SNCF et autocaristes s’inquiètent de perdre le contrôle sur leur tiroir-caisse et craignent l’usage qui pourra être fait, par les géants du numérique, des précieuses données personnelles de leurs usagers. Ils s’inquiètent surtout qu’Uber, Google ou Apple, par exemple, s’imposent comme des nouveaux intermédiaires omnipotents en matière de transport.

En guise de garde-fous, la loi débattue depuis le 3 juin à l’Assemblée prévoit d’obliger ces plateformes à proposer l’intégralité des offres de transport, à fournir les données aux compagnies et à respecter les tarifs qu’elles leur indiqueront. Le débat s’annonce houleux.

Alerte à la malbouffe

Plats cuisinés, sodas, pizzas et autres plats surgelés, soupes en poudre, confiseries, crèmes glacées… Ce sont autant de produits ultratransformés, contenant des additifs et particulièrement dangereux pour la santé. Selon les conclusions de deux études, française et espagnole, menées sur plus de 120 000 participants, ces produits, riches en sel, en sucre et en graisses saturées, pauvres en vitamines et en fibres, provoquent un risque accru de maladies cardiovasculaires, a fortiori si leur consommation est régulière. Or ces produits constituent plus de la moitié des aliments consommés dans nombre de pays occidentaux.

Syrie : Damas cible les civils

Le régime syrien et son allié russe iront jusqu’au bout de l’horreur. Les bombardements se succèdent depuis plus d’un mois sur la région d’Idlib, qui n’est pas, contrairement à ce que propagent Damas et Moscou – et repris un peu vite par des médias occidentaux – un « bastion jihadiste ». Même si le groupe islamiste Hayat Tahrir Al-Cham y est très présent, et souvent rejeté par la population, ce sont bien les civils qui sont frappés. Vingt-trois hôpitaux ou centres de santé ont été en totalité ou partiellement détruits, ainsi que des écoles. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, 250 civils dont une cinquantaine d’enfants ont déjà péri. Selon l’ONU, 270 000 personnes ont fui la zone. Enfin, selon plusieurs sources françaises et américaines, le régime aurait eu recours, le 19 mai, à une nouvelle attaque chimique.

Agriculture : le bio avance mais pas assez

Cinq mille exploitations agricoles sont passées au bio en 2018, du jamais vu en un an. Selon l’Agence bio, elles représentent désormais 9,5 % du total et 7,5 % de la surface agricole utile. Si le rythme s’accélère, il est cependant encore insuffisant, puisque la France s’est fixé d’atteindre 15 % de superficie libérée de la chimie d’ici à 2022. Il ne reste donc que trois ans pour la doubler. Or l’État est défaillant : si une aide financière est bien prévue pour les cinq ans de transition d’une exploitation – il faut plusieurs années pour basculer et obtenir le label AB –, celle-ci est très souvent versée avec des mois, voire des années de retard, ce qui met en péril nombre d’exploitants, et n’incite pas les autres à se lancer. Le secteur bio est pourtant une source de créations d’emplois, puisqu’il représente maintenant 14 % des travailleurs agricoles, soit plus de 100 000 personnes.

L'image de la semaine : Les loups sont entrés dans Khartoum

Les forces de sécurité tancent les manifestants, le 3 juin, peu après l’assaut violent du sit-in pacifique qui occupait les abords du quartier général de l’armée dans la capitale soudanaise. Après six semaines d’une mobilisation massive et exemplaire, la démission du tyran Omar El-Béchir et l’ouverture de négociations en vue d’un retour du pouvoir aux civils, l’armée a finalement eu recours à l’extrême violence, transformant l’ébauche de transition en saut dans l’inconnu et suscitant l’indignation.

© Politis

Crédit photo : Ashraf Shazly/AFP


Haut de page

Voir aussi

Articles récents