Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité hebdomadaire, en bref.

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La France insoumise : on ne prend pas les mêmes, mais on recommence

C’est dire si sa parole était attendue. Depuis la déculottée des européennes (6,3 %), le chef de file de LFI, Jean-Luc Mélenchon, ne s’était pas adressé aux militants. Le 23 juin, à la clôture de l’assemblée représentative du mouvement, il a livré un discours d’une heure environ qui a douché les espoirs des militants, qui attendaient que soient définis de nouveaux statuts pour le mouvement, que de nouvelles lignes soient dressées. Ceux qui veulent « les délices des batailles pour les virgules, des couteaux tirés dans les couloirs, se sont trompés d’adresse », a attaqué celui qui se définit comme leur « tribun ». Le message est clair : le mouvement restera « gazeux ». Une litote aux yeux de ceux qui utiliseraient plus volontiers le terme « antidémocratique »… Quelques éléments ont bien été ajoutés ça et là – Adrien Quatennens, député du Nord et fidèle d’entre les fidèles, remplace Manuel Bompard au poste de coordinateur du mouvement, Mathilde Panot est promue vice-présidente du groupe à l’Assemblée nationale –, mais le compte n’y est pas. Ces nominations, dont l’arbitraire fait débat, ne satisfont pas et n’endiguent pas l’hémorragie de cadres que connaît le mouvement. Au lendemain du discours, c’est Manon Le Bretton, ancienne candidate pour les élections européennes et responsable de l’école de formation de LFI, qui a claqué la porte. « Après ses attaques ouvertes sur les réseaux sociaux, la virulence avec laquelle celles et ceux qui ont formulé des critiques ont été taxés dans ce discours de nombrilisme […] en a glacé plus d’un », a-t-elle cinglé dans un post Facebook.

Le Ceta, au creux de l’été

Le gouvernement a inscrit la ratification de l’accord de libre-échange entre l’Europe et le Canada, controversé jusque dans les rangs de la droite, au programme de la session parlementaire extraordinaire, en juillet. Une manière d’accélérer un débat accidenté pour la Macronie. Une large coalition d’ONG mobilise depuis des années contre cet accord commercial d’essence libérale, jugé climaticide.

Violences policières : où est passé Steve, disparu à Nantes ?

Fête de la musique à Nantes, après la fermeture des bars, les jeunes rejoignent le quai Wilson sur l’île de Nantes, où un sound system diffuse de la musique techno. La préfecture a fixé à 4 heures la fin des festivités, mais la fête déborde un peu. À 4 h 20, les CRS investissent les lieux et, prenant prétexte de jets de cannettes, tirent moult grenades et matraquent. Dans la panique, une quinzaine de jeunes tombent dans la Loire ; quatorze sont repêchés par les pompiers. Mais Steve, 24 ans, qui ne sait pas nager, manque à l’appel. Aucune nouvelle de lui depuis. Une fois n’est pas coutume, Castaner a saisi l’IGPN. Le préfet de Nantes, lui, assume : « Les forces de l’ordre interviennent toujours de manière proportionnée, mais face à des individus avinés, qui ont probablement pris de la drogue, il est difficile d’intervenir de façon rationnelle… » Ne sont-elles pas payées pour cela ?

Proche-Orient : un plan de corruption

Toute la « morale » de Trump est dans le plan de paix au Proche-Orient présenté mardi à la conférence de Manama (­Bahreïn). Pour le président américain, tout peut s’acheter, même les principes les plus chers au cœur des Palestiniens et le droit international. Le plan annoncé depuis des mois pour solder le conflit israélo-palestinien tient en effet en un chiffre : 50 milliards de dollars. C’est la somme que les États-Unis « espèrent lever » pour créer « un million d’emplois » en dix ans dans les territoires palestiniens et créer ou moderniser les infrastructures d’une zone régulièrement saccagée par la colonisation et l’occupation israéliennes. Ce projet, mis au point par le gendre de Trump, l’ultra-sioniste Jared Kushner, met dans l’embarras même les alliés les plus dociles des États-Unis, notamment l’Arabie saoudite et la Jordanie. L’annonce américaine survient comme pour parachever une politique qui s’est déjà concrétisée par le transfert de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, la reconnaissance de l’annexion du Golan syrien par Israël et la suppression de l’aide américaine à l’UNRWA, l’office de secours des Nations unies pour les réfugiés palestiniens. Un volet politique viendra compléter ce qui s’apparente à une vaine tentative de corruption massive de la société palestinienne. Mais que peut-il bien contenir dans ces conditions ?

Pôle emploi : double peine pour les précaires

Non seulement le gouvernement prévoit des économies qui doivent faire baisser les indemnités de près de 700 000 des 830 000 salariés qui jonglent entre petits boulots et allocation chômage, selon l’estimation de la rue de Grenelle, mais il veut également, selon Le JDD, confier leur dossier à des officines privées. Les prestataires extérieurs, déjà recrutés par Pôle emploi pour les licenciés économiques, ont la fâcheuse manie de coûter cher et d’accompagner mal. Un credo qui s’est révélé tout sauf économe pour les finances publiques et affiche des résultats en dessous de ceux des conseillers Pôle emploi, selon un rapport de la Cour des comptes de 2014. La logique assumée de ce plan à deux lames, jugé « plus dur que les ordonnances » sur le code du travail par un membre du gouvernement, est d’inciter les précaires à accepter les offres toujours plus précaires.

Geneviève Legay : gendarmes contre commissaire

« Ordres reçus disproportionnés face à la menace (foule calme). » C’est par ces mots que les gendarmes ont justifié après coup leur refus de charger les manifestants, lors d’un rassemblement le 23 mars à Nice, au cours duquel la militante pacifiste Geneviève Legay avait été gravement blessée. Ce jour-là donc, le capitaine de gendarmerie a désobéi aux ordres du commissaire Rabah Souchi, qui lui enjoignait d’engager les 70 hommes de son escadron, comme l’a révélé Mediapart le 24 juin. Un « devoir de désobéir » expressément prévu par le code de déontologie « dans le cas où l’ordre donné est manifestement illégal ». À l’expression « violences policières », Castaner préfère « violence utilisée de manière illégitime ou disproportionnée ». En voilà un beau cas, parole de gendarme.

Erdogan, sultan déchu d’Istanbul

Le trône d’Erdogan est sérieusement secoué : même dans ses bastions historiques d’Istanbul – Beyoglu et Üsküdar –, c’est le candidat de l’opposition qui est arrivé en tête. Humilié d’avoir perdu « sa » ville pour 13 000 voix lors des municipales du 31 mars, le président turc avait fait annuler le scrutin. Mais le match rejoué le 23 juin est sans appel : Ekrem Imamoglu, candidat du CHP (gauche kémaliste) (photo), écrase son adversaire islamo-conservateur avec 800 000 voix d’avance (54 %). La métropole turque, base du pouvoir d’Erdogan, pourrait bien être désormais celle d’Imamoglu, 49 ans, pour la présidentielle prévue en 2023.

EPR : le coup de grâce des soudures ?

C’est le chantier sans fin à Flamanville : EDF devra refaire huit soudures stratégiques non conformes sur son réacteur EPR en construction depuis 2007. Et avant démarrage, exige l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), quand EDF prétendait s’en occuper après. La mise en route, initialement prévue en 2012, serait reportée à 2022. Et EDF ne s’est pas prononcée sur le surcoût d’une facture déjà passée de 3,3 milliards à 11 milliards d’euros de 2007 à 2018. L’opération est très complexe : il faudra casser une partie des enceintes de confinement. Trop c’est trop ? L’hypothèse d’un abandon pointe. Et, en dépit des déboires de l’EPR, la centrale de Fessenheim devrait bien fermer en 2020. Il faudra donc prolonger les dernières centrales à charbon jusqu’en 2022 au moins pour couvrir les besoins nationaux. Fâcheux pour un gouvernement qui vante les faibles émissions de CO2 du nucléaire…

Photo de la semaine : Coup de chaud

Les températures ont frôlé les 40° C par endroit dans l’ouest européen cette semaine. Selon les météorologues, cette vague de chaleur est inhabituelle en début d’été, alors qu’un vent chaud remonte du Sahara. Les autorités de plusieurs pays ont alerté contre le risque de déshydratation et conseillé de rechercher des sources de fraîcheur, comme ces chiens dans une fontaine de Rome, en Italie, le 24 juin.

© Politis

Crédit photo : Tiziana FABI/AFP


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