Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité hebdomadaire, en bref.

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Hongkong défie le géant chinois

Les manifestants s’attaquent désormais aux lampadaires. Car, à Hongkong, ces équipements ultramodernes, utilisés aussi pour gérer le trafic et mesurer la pollution de l’air, sont munis de caméras avec reconnaissance faciale, une technologie largement utilisée en Chine populaire pour le « contrôle social » de la population. Quand ils ont été installés, les autorités du territoire autonome s’étaient engagées à ne pas activer les caméras. Mais, alors que le gouffre se creuse depuis trois mois entre les manifestants – jusqu’à un quart de la population est descendue dans la rue le même jour – et l’exécutif, accusé d’être à la botte de Pékin, les lampadaires sont abattus et disséqués pour en extraire les composants.

Carrie Lam, cheffe du gouvernement, reste campée sur une position ultra-rigide, tandis que les heurts avec les forces de l’ordre sont de plus en plus violents et que des bruits de bottes proviennent de la frontière chinoise. Même le projet de loi qui aurait permis l’extradition de citoyens hongkongais vers la Chine, étincelle du mouvement, n’est toujours que suspendu, non annulé. Au terme de l’accord de rétrocession de 1997, Pékin s’est engagé à maintenir le système économique et législatif de Hongkong jusqu’en 2047. La mobilisation massive des citoyens du territoire démontre qu’ils n’entendent pas lâcher un millimètre de leurs libertés avant cette échéance angoissante. Et même s’il en a la tentation, le régime chinois réfléchit avant d’écraser sous les chars la volonté populaire hongkongaise. Il y a trente ans, le 4 juin 1989, les chenilles blindées balayaient le printemps démocratique chinois sur la place Tian’anmen.

Urgences : la grève s’étend

Les services d’urgences ont accompli des exploits tout l’été. Mais ils sont désormais 217 sur 650 engagés dans le mouvement de grève amorcé en mars à Paris par les infirmiers et aides-soignants pour surcharge, manque de personnel, insécurité… Près de 800 postes seraient à pourvoir, mais les urgences peinent à recruter malgré la prime de risque de 100 euros net par mois et le budget de 70 millions débloqué par Agnès Buzyn en juillet. Certains services accusent des démissions en cascade. L’hôpital ne fait plus envie : trop de gardes et d’heures supplémentaires, pas d’attractivité financière, trop peu d’évolution de carrière.

Le 26 août, sur France Inter, la ministre a annoncé travailler à un numéro de régulation pour l’accès aux urgences. Une assemblée générale des services en grève est prévue le 10 septembre à Paris.

Tunisie : féroce bataille présidentielle

La Tunisie parviendra-t-elle à ancrer la fragile démocratie installée à la suite du Printemps arabe de 2011 ? Huit ans après la chute du dictateur Ben Ali, le pays va se choisir un nouveau président (premier tour le 15 septembre), après la mort de Béji Caïd Essebsi le 25 juillet. Pas moins de 26 candidats sont en lice, dont le Premier ministre, Youssef Chahed, sérieusement concurrencé par des personnalités « antisystème ». Surtout par Nabil Karoui, qui appuie sa campagne sur sa chaîne de télé Nessma TV et l’association caritative Khalil Tounes. La compétition a pris un tour périlleux quand Karoui a été brusquement arrêté à un péage d’autoroute, le 23 août, dans une enquête pour « blanchiment d’argent » et « évasion fiscale ». Alors que le chef du gouvernement mène sa campagne sur le thème de la lutte contre la corruption, difficile de ne pas y voir un coup bas plutôt qu’une coïncidence. D’autant que Chahed avait précédemment tenté de court-circuiter son rival via une nouvelle loi électorale sur mesure. Pour autant, même sous les barreaux, le « Berlusconi tunisien » reste en lice, puisque sa candidature n’est pas invalidée.

Bolsonaro met le feu à la planète

Les incendies qui dévastent l’Amazonie ont dissipé les doutes qui auraient pu subsister sur le fait que le président brésilien est un fou furieux irresponsable. Et désormais pyromane assumé. Car plus personne n’est dupe : si le nombre de départs de feux – 75 336 en tout ! – a presque doublé par rapport à l’année dernière, c’est que les défricheurs sauvages, avides de nouvelles terres à livrer à l’agrobusiness, savent que Jair Bolsonaro les soutient et les encourage. N’hésitant devant aucune outrance, il a même accusé les ONG défendant la forêt. L’Amazonie étant déclarée « poumon de la planète », le scandale a vite débordé les frontières du géant sud-américain. Emmanuel Macron en a profité pour annoncer qu’il ne donnerait pas suite à l’accord de libre-échange UE-Mercosur si le Brésil ne respectait pas ses engagements écologiques. Les feux sont si intenses qu’ils dégagent d’énormes nuages de fumée qui se déportent vers les grandes villes du Sud-Est, notamment São Paulo et Rio. Où elles incommodent sans discrimination, même les électeurs de Bolsonaro. C’est peut-être ça, ajouté au coup de « pub » désastreux donné à l’image du Brésil dans le monde, qui a motivé le Folamour de Brasília à finalement débloquer des fonds d’urgence et à envoyer l’armée combattre les flammes.

Santé : bien manger, ce luxe

Cinq fruits et légumes par jour : la recommandation du Programme national nutrition santé est difficile à suivre pour les familles modestes, révèle une enquête publiée par La Croix (26 août). Selon le 13e Observatoire du prix des fruits et légumes de Familles rurales, une famille de quatre personnes doit consacrer entre 117 et 222 euros par mois pour atteindre l’objectif. Soit « entre 10 et 18 % du Smic », souligne Dominique Marmier, président de Familles rurales. Si le prix moyen des fruits a baissé de 4 % en conventionnel et de 8 % en bio par rapport à l’été 2018, celui des légumes a respectivement augmenté de 10 % et 2 % sur la même période. Les magasins à bas coût continuent de rafler la palme du moins cher, mais aussi celle du suremballage.

Bio : la grande distribution se goinfre

Une enquête de l’UFC-Que choisir publiée le 22 août a révélé que la grande distribution pratiquerait des marges brutes sur le bio plus élevées de 75 % en moyenne que sur les produits conventionnels, notamment sur les fruits et légumes. Benoît Soury, directeur des marchés bio de Carrefour, a rétorqué dans Libération que la marge sur les fruits et légumes, exprimée en valeur absolue dans l’enquête, ne serait que de 1,5 % de plus. Si la grande distribution appliquait au bio les mêmes marges brutes qu’aux produits conventionnels, les ménages économiseraient 18 % par an, soit 121 euros, sur leurs fruits et légumes bio, insiste l’UFC, qui recommande de faire jouer la concurrence avec les magasins spécialisés.

Photo de la semaine : Souvenir d’exode

Dans le camp de réfugiés de Kutupalong, à Ukhia, au Bangladesh, quelque 200 000 Rohingyas ont participé, le 25 août, à une cérémonie pour le second anniversaire de la féroce campagne de répression militaire de la junte birmane qui les a poussés massivement à l’exil à l’été 2017. Deux jours plus tôt, une seconde tentative de négociation en vue de leur rapatriement au Myanmar avait échoué.

© Politis

Crédit photo : Munir Uz Zaman/AFP


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