Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité hebdomadaire, en bref.

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À Bourg-en-Bresse, sanctionné pour avoir nommé… trop de femmes !

La préfecture de l’Ain ne badine pas avec le respect de la parité. Elle vient de mettre à l’amende la communauté d’agglomération du bassin de Bourg-en-Bresse. Elle réclame pas moins de 90 000 euros à cette nouvelle collectivité de 74 communes pour avoir osé nommer quatre femmes et un seul homme à ses postes de direction. C’est trop ! Depuis 2013, la loi dite Sauvadet impose une montée en puissance de la parité dans les nominations de l’encadrement de la fonction publique. Et depuis 2017, il faut respecter la proportion de 60/40 d’hommes-femmes. Une proportion qui est valable également dans l’autre sens.

« Je trouve cocasse d’être sanctionné pour ce motif. Et non seulement j’assume mais je revendique d’avoir autant de femmes à des équipes de direction », se défend le président de la collectivité et maire de Bourg-en-Bresse, le socialiste Jean-François Debat. L’élu entend donc faire « un recours hiérarchique » auprès du gouvernement pour l’interpeller sur cette sanction rarissime. Seule Lille aurait été mise à l’amende pour le même motif en 2017 quand seize collectivités l’ont été pour avoir embauché trop d’hommes, selon le dernier bilan de ce « dispositif des nominations équilibrées ». Jean-François Debat estime qu’il aurait mérité « un coup de chapeau » et non « un coup de semonce ». Car au niveau national, dans les équipes dirigeantes de la fonction publique territoriale, on ne compte que 30 % de femmes en 2017 et 34 % de primo-nommées, à 6 points du seuil de 40 %. Et le gouvernement lui-même est loin d’être exemplaire. « Les femmes représentent 52 % de la population française et seulement 33 % des nominations en conseil des ministres », avait pointé Marlène Schiappa, il y a quelques mois, dans un courrier à ses collègues.

À Hongkong, les pro-démocratie ne lâchent rien

Des agents des forces antiémeutes qui pourchassent des manifestants dans le métro. Ces images ont fait le tour des réseaux sociaux. Preuve que la situation est toujours très tendue. Même si elle est moins massive que début août, la mobilisation s’étend à de nouveaux secteurs, comme les lycées et les hôpitaux, lundi 2 septembre.

Allemagne : l’Est vote extrême droite

L’extrême droite s’est taillé un franc succès lors des élections régionales dans deux Länder de l’Est, le 1er septembre. Si Alternative für Deutschland (AfD) ne finit pas en tête, elle progresse toutefois massivement : avec 27,5 % des suffrages, l’AfD a presque triplé son score de 2014 en Saxe et, dans le Brandebourg, elle l’a plus que doublé (23,5 %).

En face, seuls les Verts progressent aussi, alors que la gauche de gauche Die Linke s’effondre (à 11 % et 10,5 %). Les partis au pouvoir dans ces Länder depuis la réunification (droite CDU en Saxe, sociaux-démocrates SPD au Brandebourg) devraient – de justesse – sauver leur direction, en coalition. Mais le plus inquiétant concerne certains nouveaux élus de l’AfD : l’un fréquentait jadis des groupuscules néo-nazis, l’autre a œuvré au rapprochement de son parti avec le mouvement anti-musulman Pegida…

Assemblée nationale : la macronie bâillonne l’opposition

L’Assemblée nationale, qui reprend ses travaux le 10 septembre en session extraordinaire, est désormais régie par un nouveau règlement. Voulu par le président de l’Assemblée, Richard Ferrand, pour « fluidifier les débats » et « accélérer le processus d’adoption de loi », celui-ci a été adopté le 4 juin contre l’avis de tous les groupes d’opposition. Ceux-ci se verront réserver les deux tiers des 26 questions au gouvernement prévues chaque semaine lors d’une unique séance de deux heures minimum le mardi (au lieu de deux séances d’une heure les mardi et mercredi), et disposeront éventuellement d’un « droit de réplique ».

Une autre modification intéressante introduit un droit de pétition afin de renforcer la « participation citoyenne » : une pétition en ligne qui recueillera 100 000 signatures pourra être examinée par les députés de l’une des huit commissions de l’Assemblée, et mise en ligne sur le site de l’institution. Elle sera débattue dans l’hémicycle, en séance publique, si le seuil de 500 000 signatures est atteint dans au moins 30 départements.

Mais plusieurs mesures du texte, qui visent à limiter le temps de parole des groupes d’opposition, ont suscité l’ire de ces derniers et des « réserves » du Conseil constitutionnel. Ainsi en est-il de l’attribution à chaque groupe en conférence des présidents d’un temps de parole de cinq ou dix minutes à un ou deux orateurs lors de la discussion générale sur un texte.

D’autres mesures limitent à deux minutes et un orateur par groupe les interventions sur les articles en discussion, et à un orateur par groupe la présentation d’amendements identiques. Enfin, le droit d’amendement des députés sur un texte pourra s’exercer uniquement en commission, et plus en séance publique. Dans la start-up nation, tout est bon pour réduire les débats au strict minimum.

Football : le « folklore homophobe » ne passe plus

Nancy-Le Mans, Brest-Reims ou encore Metz-PSG. Les interruptions de match pour des propos jugés homophobes s’accumulent en Ligue de football professionnel (LFP) depuis trois semaines. « L’arbitre, l’arbitre, on t’enc_*_ » ne passe plus désormais. Les supporters, eux, dénoncent l’opportunisme de la LFP et du gouvernement. « Schiappa, tu parleras d’homophobie au Qatar-2022 ? » déployaient des ultras lors de la rencontre Lyon-Bordeaux, en référence au pays organisateur du prochain Mondial, où la loi criminalise l’homosexualité. Aussi une banderole de supporters lorientais affichait-elle fièrement : « Courage aux LGBT+ et nique la LFP ! » Le 5 septembre, la présidente de la Ligue, Nathalie Boy de la Tour, organise une rencontre entre associations de supporters et de lutte contre l’homophobie. Gageons que les premiers pourront conserver du folklore, mais dépouillé de propos stigmatisants pour les seconds.

Mort d’un pionnier de l’altermondialisme

On avait parfois croisé Immanuel Wallerstein lors des forums sociaux mondiaux, où l’exposé (en français !) de sa pensée globale anti-capitaliste et de ses analyses sur la gauche mondiale remplissait les salles. Le très respecté sociologue états-unien, décédé le 31 août à 88 ans, trouvait dans le mouvement altermondialiste une résonance militante à ses travaux pionniers sur le « système-monde » moderne et la globalisation marchande, ainsi qu’une forme de convergence des luttes qui pouvait rejoindre son autre grand chantier professionnel : la réunification des sciences sociales.

Justice : la fachosphère fait corps

La condamnation de trois militants de Génération identitaire à six mois de prison ferme pour leur action anti-migrants à la frontière italienne au printemps 2018 (lire Politis n° 1566) a fâché tout rouge la fachosphère. Passons sur les tweets qui réclament une « épuration » des milieux judiciaires… Venant de militants gravitant dans l’orbite de ce mouvement, ils sont nettement moins surprenants que ceux des dirigeants du Rassemblement national qui, à l’instar de Nicolas Bay, Gilbert Collard, Jordan Bardella ou Julien Sanchez (pour ne citer qu’eux), ont affiché sans réserve leur « soutien » aux condamnés. Ou la « honte » exprimée par Nicolas Dupont-Aignan. Notons que le magazine Valeurs actuelles s’est empressé de relayer la défense de ce groupuscule, présentant l’un des condamnés comme un… « lanceur d’alerte ».

Inde : deux millions d’apatrides

Sous la supervision de la Cour suprême, les autorités de l’État d’Assam, au nord-est du pays, dirigé par les nationalistes hindous du BJP, ont mené un recensement de la population (33 millions d’habitants) avec l’objectif déclaré d’exclure les « immigrés » arrivés depuis 1971 et l’indépendance du Bangladesh voisin (auparavant Pakistan oriental), à 90 % musulmans. Ils espéraient radier au moins cinq millions de personnes du Registre national des citoyens, les rendant ainsi apatrides, privés d’accès à l’éducation, à la santé, au droit de vote. N’ayant pu en exclure « que » deux millions qui n’ont pu prouver leur présence en Assam avant 1971, le BJP s’est même dit « mécontent » de ce chiffre et a appelé à mieux protéger les « citoyens indiens authentiques » (sic). Comme une envie d’apartheid…

La photo de la semaine : Stop this madness !

Les opposants au Brexit ont massivement défilé, le 28 août, devant les portes du Parlement britannique et le 10 Downing Street, pour protester contre la suspension du Parlement décidée par Boris Johnson. Le nouveau Premier ministre est partisan d’un « no deal », une sortie de l’UE sans accord, qui risque d’être bloquée par les députés. Une pétition en ligne a également recueilli plus d’un million de signatures contre cette suspension.

Crédit photo : Daniel Sorabji/AFP


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