Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité de la semaine, en bref.

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Urgences : Buzyn redistribue la pénurie

Mieux vaut savoir décrypter les statistiques qu’une radio ou un bilan sanguin pour analyser la réponse du gouvernement à la crise des urgences. Le 9 septembre fut encore le théâtre d’une bataille de chiffres. « Avec 11,7 % du PIB consacré à la santé, la France dépense plus que les autres pays d’Europe, excepté la Suisse », a déclaré le chroniqueur de France Inter Dominique Seux, sur le mode « de quoi se plaint-on ? » cher à Agnès Buzyn. Sauf que seuls 3,6 % du PIB vont à l’hôpital public, pourtant central dans le système de soins. Les services d’urgence le savent : la grève démarrée mi-mars à Paris en rassemble près de 250 aujourd’hui. À l’hôpital de Mulhouse, par exemple, les médecins urgentistes, bientôt plus que 7 sur 26 quand ils devraient être 34, font face à une cascade de démissions et ne parviennent pas à recruter : conditions de travail trop difficiles, salaires peu attractifs. La ministre de la Santé avait annoncé un nouveau budget pour calmer la crise. Allait-elle se contenter de redistribuer la pénurie en ponctionnant d’autres services hospitaliers ? Finalement, son « pacte de refondation » prévoit de déployer 750 millions d’euros sur trois ans. Mais sans lits ni effectifs supplémentaires ni négociations salariales, comme le réclame le collectif interurgences. Son credo : « optimiser la gestion ». Agnès Buzyn mise sur le redéploiement sur la médecine de ville et un « service d’accès aux soins » avec un numéro d’appel unique « pour limiter le consumérisme médical ». Pas de quoi faire taire le mouvement.

Unanimité et tollé pour un néo-nazi

Arguant qu’il n’y avait « pas d’autres candidats » pour être maire, les élus chrétiens-démocrates, libéraux et sociaux-démocrates du conseil municipal de Waldsiedlung, petite commune à 30 km de Francfort, ont voté à l’unanimité pour le néonazi Stefan Jagsch, du Parti national-démocrate. Tollé national dans les directions des partis, qui ont invité les conseillers municipaux à « corriger leur mauvaise décision ».

La pub ciblée arrive à la télé

Avec la réforme de l’audiovisuel attendue pour cet automne, les annonceurs devraient être autorisés à garnir les pages de publicité télévisuelles de spots « ciblés ». Grâce aux télévisions connectées et à l’analyse des données personnelles, vendues par les opérateurs, ils sont en effet capables de personnaliser leur message. Pour l’heure, seul un ciblage géographique devrait être autorisé, sans profilage individuel, et les annonceurs ont promis d’être discrets et de recueillir le consentement des téléspectateurs. Mais les expérimentations en cours depuis plusieurs années tablent sur un ciblage bien plus précis, permettant de délivrer le bon message, au bon moment, aux bons téléspectateurs.

Racisme

La fachosphère et la Licra contre Thuram

Interrogé par un magazine de sport italien, Corriere dello Sport, le 4 septembre, à propos des cris de singe ayant retenti dans un stade à l’encontre de l’attaquant de l’Inter Milan, Romelu Lukaku, Lilian Thuram a fait l’objet en France d’une mauvaise polémique. Un classique : la fachosphère l’a accusé de « racisme anti-blanc », ce fantasme d’extrême-droite. Plus surprenant, celle-ci a été vite relayée, et sans honte, par la Licra, au long d’un communiqué condamnant les « dérives du combat antiraciste », alors qu’on attend toujours la prise de position de cette même association sur les textes et dessins antisémites de Yann Moix. Quant aux propos de Lilian Thuram, la lecture de l’article d’origine confirme qu’il vise les racistes blancs, et qu’il évoque l’ancrage du racisme dans l’histoire occidentale. Qui pourrait le contredire ?

Hongkong : Les lycéens en première ligne

Après la violente répression policière advenue durant le quatorzième week-end de manifestations contre le gouvernement pro-Pékin, les lycéens hongkongais se sont massivement mobilisés le 9 septembre. Boycottant leur rentrée scolaire qui avait lieu ce jour-là, ces jeunes de l’ancienne colonie britannique ont formé, en plein centre-ville, une longue chaîne humaine, tous en uniforme de leur établissement scolaire, tous équipés d’un masque pour se protéger de la pollution mais aussi des gaz lacrymogènes. Bien qu’elle ait enfin retiré son projet de loi permettant les extraditions vers la Chine, la cheffe de l’exécutif Carrie Lam reste toujours aussi contestée.

Fonction publique : la réforme passe en force

Examinée en urgence au printemps, votée le 23 juillet, promulguée le 6 août, la réforme de la fonction publique sera appliquée en quasi-totalité dès le 1er janvier 2020. Les services du ministère turbineront d’ici là à plein régime pour publier la cinquantaine de textes réglementaires nécessaires, s’est félicité début septembre Olivier Dussopt, secrétaire d’État à la fonction publique, tout en vantant les vertus de la « concertation ». Pour cette réforme cadre, qui revoit en profondeur l’organisation du travail dans la fonction publique (embauche de contractuels facilitée, CDD « de projet », accélération des mobilités, etc.), le ministre continue donc de passer outre l’opposition unanime des syndicats, qui s’estiment négligés. Seule la fusion des instances représentatives du personnel devra attendre 2022 et la fin des mandats en cours.

Éducation : sur quelle planète sont-ils ?

Dans « l’école de la transition » selon le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, les nouveaux programmes sont censés faire une place « significative aux enjeux climatiques et environnementaux ». Or, cette « place », « reste bien en deçà des défis et des crises », pestent les Enseignant.e.s pour la planète dans un communiqué du 9 septembre : « Quelques points en SVT et un thème d’histoire géographie en Seconde, les causes humaines du changement climatique dans l’enseignement scientifique ainsi que la défense de l’environnement pour l’enseignement moral et civique en Première », observe le collectif. En Terminale, il est prévu « un axe d’étude innovations scientifiques et responsabilités » en langues vivantes et un thème « environnement » en spécialité histoire-géo. Mais rien de central, et surtout, ni outils ni clés pour comprendre, réfléchir, et « reprendre le contrôle de sa production et de sa consommation ».

Russie : Poutine se prend une claque dans les urnes

Les élections locales en Russie font rarement l’actualité tant le pouvoir verrouille ses oppositions. Celles du 8 septembre feront exception : le coup de semonce est sévère pour Russie unie, le parti de Vladimir Poutine. À Moscou, alors que toutes les candidatures des partisans d’Alexeï Navalny avaient été invalidées sous divers prétextes fallacieux, occasionnant des manifestations inédites, les poutinistes ont perdu 19 des 45 circonscriptions. Changeant de stratégie, Navalny n’avait pas appelé au boycott, mais à voter pour les autres partis autorisés à se présenter (communistes et nationalistes). Dans les 6 000 autres élections locales, certaines sont des camouflets pour le Kremlin. Novossibirsk (1,5 million d’habitants) a réélu son maire communiste, mais le candidat soutenu par Navalny a recueilli 20 % des voix. À Khabarovsk (1,3 million d’habitants), Russie unie n’obtient que 2 sièges sur 36.

Poutine et ses alliés paient le prix du relèvement de l’âge de la retraite, et la chute du pouvoir d’achat dans une économie en berne. Malgré la répression des démocrates et les énormes moyens mis pour faire élire ses candidats, Poutine, dont le mandat court jusqu’en 2024, vacille sur son piédestal.

La photo de la semaine : Exode climatique

Des sinistrés attendent sur un navire cargo, le 7 septembre à Marsh Harbour, sur l’île de Great Abaco, aux Bahamas, leur évacuation vers l’île de Nassau, la capitale. Des habitants de l’archipel, et en particulier sur Great Abaco, ont tout perdu dans l’ouragan Dorian, qui a ravagé avec une intensité historique la région caraïbe, faisant au moins 43 morts et de nombreux blessés.

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Crédit photo : Brendan Smialowski/AFP


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