Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité de la semaine, en bref.

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Arabie saoudite : un choc pétrolier aux conséquences incertaines

Soubresaut, choc ou krach ? L’attaque à l’origine incertaine qui a détruit 60 % de la capacité de production pétrolière de l’Arabie saoudite, le 14 septembre, ravive de vieux cauchemars. Les dégâts, considérables, ont provoqué la plus importante baisse de production de l’histoire, au-dessus donc de celles qui avaient entraîné les précédents chocs pétroliers, à des époques où le marché du pétrole était néanmoins plus resserré qu’aujourd’hui, donc plus sensible aux variations.

La hausse immédiate des prix du pétrole (+ 15 % le 17 septembre) ne sera pas nécessairement durable, en fonction de la volonté des États d’utiliser leurs réserves, d’une part, et de la rapidité du retour à la normale en Arabie saoudite, d’autre part. Les aléas géopolitiques seront déterminants à plus long terme, comme une éventuelle riposte américaine contre l’Iran, soupçonné d’avoir armé les Houtis au Yémen qui revendiquent l’attaque, voire d’avoir fomenté directement ou indirectement un tir de missile depuis l’Irak.

Cette crise intervient surtout à un moment critique pour l’économie mondiale. Après une décennie sous perfusion, les signes de surchauffe s’accumulent et beaucoup d’observateurs guettent l’étincelle qui déclenchera « l’Armageddon économique [qui] est au coin de la rue », selon des analyses de la Société générale (Les Échos). Guerres commerciales, ralentissement chinois, politique monétaire devenue folle… Les motifs d’inquiétude ne manquent pas, et une envolée forte et durable des prix du pétrole pourrait être un déclencheur. Les institutions qui pilotent l’économie mondiale sont pour l’heure rassurantes, ce qui n’est pas, loin de là, le signe que la situation est sous contrôle. Car, à chaque tempête, les capitaines se montrent avant tout soucieux d’empêcher le vent de panique qui fait éclater les bulles financières et provoque les réactions en chaîne.

Santé : extension du préjudice d’anxiété

Décision notoire : le 11 septembre, la Cour de cassation a annulé les arrêts de la cour d’appel de Metz qui avait débouté en juillet 2017 plus de 700 mineurs des Charbonnages de France. Ils réclamaient des dommages et intérêts au titre du préjudice d’anxiété. Celui-ci permet l’indemnisation de personnes qui ne sont pas malades, mais craignent de le devenir du fait de leur exposition professionnelle à des toxiques. Selon ces mineurs, leur employeur avait manqué à son obligation de sécurité. La Cour de cassation a étendu les règles encadrant cette obligation à tout « salarié qui justifie d’une exposition à une substance nocive ou toxique générant un risque élevé de développer une pathologie grave et d’un préjudice d’anxiété personnellement subi résultant d’une telle exposition ». Tout salarié exposé à une substance nocive ou toxique pourra désormais demander réparation.

Maroc : quand l’IVG devient (basse) arme politique…

La monarchie marocaine n’a jamais rechigné à user de tous les (bas) prétextes pour se débarrasser de ses sujets « dérangeants ». Jeune journaliste de 28 ans qui a largement couvert le mouvement de contestation dans la région du Rif l’an dernier, mais aussi issue d’une famille de longue date critique envers le Palais, Hajar Raïssouni a été accusée – ce qu’elle nie – d’avoir avorté clandestinement, la législation marocaine prohibant l’IVG (sauf si la mère est en danger). Arrêtée et conduite de force pour un examen – humiliant – dans un hôpital public de Rabat, Hajar est aussi poursuivie pour « débauche » et « actes sexuels hors mariage ».

Ces accusations soulignent, s’il le fallait encore, l’hypocrisie d’une société marocaine en pleine évolution – alors qu’on estime à environ 600 les avortements clandestins pratiqués chaque jour. Si ce type de procédure incrimine en premier lieu les femmes, les associations de la société civile de défense des droits humains et de la liberté de la presse – comme la section marocaine de Reporters sans frontières – s’insurgent aujourd’hui de son utilisation à l’encontre des femmes journalistes et militantes…

Élections : dégagisme (de droite) en Tunisie

Les Tunisiens ont peu participé au scrutin présidentiel du 15 septembre (45 %). Les partis jusqu’ici au pouvoir sont balayés par les deux nouveaux venus de la vie politique tunisienne. L’ultraconservateur, spécialiste de droit constitutionnel, Kaïs Saïed, qui a capté une partie du vote Ennahda (islamo-centriste) avec un discours traditionnaliste, arrive en tête avec 19 % des voix.

Il affrontera le magnat de la presse Nabil Karaoui (15 %), dirigeant de la chaîne commerciale Nessma TV (fondée sous Ben Ali), en dépit de son incarcération pour « évasion fiscale », adepte d’un discours libéral et populiste.

Ce dégagisme risque de se prolonger aux législatives, qui doivent précéder le second tour. Mais pas dans le sens du progrès social.

Au Danemark, 2,4 millions d’euros pour le climat

Une première. La chaîne de télévision publique danoise TV2 a consacré son prime time, samedi 14 septembre, à un « téléthon » en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. Les téléspectateurs ont massivement répondu présent, avec plus de 2,4 millions d’euros récoltés. Les dons permettront de planter, d’ici un mois, plus de 914 000 arbres au Danemark, au prix de 20 couronnes danoises (2,70 euros) pièce. Cette initiative, bienvenue, confirme la conscience aiguë des Danois face au réchauffement climatique puisque, selon une enquête récente des institutions européennes, 83 % de la population de ce pays scandinave considère celui-ci comme « un problème très sérieux ».

Presse : Le Monde et l’indépendance

Les journalistes du Monde sont inquiets. Ils l’ont fait savoir par une tribune publiée le 10 septembre dans le quotidien appelant à la préservation de leur indépendance éditoriale, signée par plus de 460 membres de la rédaction. Après avoir vendu en octobre dernier 49 % de ses parts du Monde au milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, Matthieu Pigasse reste flou sur ses intentions. D’un côté, il déclare n’avoir « ni l’intention ni l’objectif de céder le contrôle » de sa société Le Nouveau Monde, qui est actionnaire du quotidien (et de Télérama et de Courrier international) ; de l’autre, il refuse de signer le « droit d’agrément » proposé par la société qui représente les journalistes au capital. Accepté par l’autre cogérant et copropriétaire du Monde, Xavier Niel, ce droit d’agrément permettrait à la rédaction d’accepter ou de rejeter, par un vote, l’entrée d’un nouvel actionnaire de référence. Pour se justifier, Pigasse avance des arguments juridiques qui ne dissipent pas cette interrogation : pourquoi ce refus puisqu’il jure ne pas être décidé à abandonner le contrôle du Monde ?

Hôpital : grêve toujours

255 services d’urgences en grève au 16 septembre. Malgré les annonces faites par la ministre de la Santé le 9 septembre, le mouvement démarré au printemps ne faiblit pas. Invitée d’Europe 1 le 17 septembre, Agnès Buzyn s’est dite « ouverte au dialogue ». Elle a défendu que les 750 millions d’euros mis sur la table étaient faits à 80 % pour créer des postes. Mais son « pacte de refondation » de l’hôpital est jugé « plus hasardeux qu’ambitieux » pour le collectif InterUrgences, qui estime que le gouvernement se contente de « réorganiser la pénurie ». « Outre le fait de dénoncer la fuite des professionnels et la mise en danger des patients, notre combat parle aussi de justice sociale ». Ils demandent une triple revalorisation sur les lits, les salaires de tous les hospitaliers et les effectifs à hauteur des besoins par service. Et ils appellent tous les hospitaliers à les rejoindre.

Hongkong : désormais tout le monde déteste la police

Longtemps, la police hongkongaise a joui d’une bonne réputation, notamment durant les années 1990, quand l’un des derniers gouverneurs britanniques était parvenu à mettre fin à sa corruption généralisée et de notoriété publique. Mais depuis plus d’une centaine de jours, alors que la région chinoise « à statut spécial » connaît un fort mouvement de contestation de l’autorité de Pékin et en faveur d’un régime démocratique, les violences des forces de police, parfois secondées par des voyous liés aux triades mafieuses, ont radicalement fait basculer l’opinion à leur encontre. Ce dimanche 15 septembre, des dizaines de milliers de personnes ont de nouveau bravé l’interdiction de manifester et des groupes radicaux ont attaqué les policiers antiémeutes malgré une pluie de grenades lacrymogènes et l’intervention de canons à eau…

La photo de la semaine : Tchernobyl sur mer ?

© Politis

La toute première centrale nucléaire flottante, Akademik Lomonossov, développée par l’agence nucléaire russe Rosatom, partie de Mourmansk, où elle avait reçu son combustible nucléaire, dans l’océan arctique, est arrivée le 14 septembre à son port d’attache définitif, à Pevek, en Sibérie orientale, après un périple de 5 000 km. L’édifice mesure 144 mètres de long et embarque deux réacteurs nucléaires de 35 MW chacun.

Crédit photo : Handout/ROSATOM/AFP


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