Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité de la semaine, en bref.

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Éducation nationale : « Christine Renon, directrice épuisée »

C’est un texte terrible d’une directrice d’école, adressé à l’inspecteur et aux directeurs de l’académie de Créteil. Signée « Christine Renon, directrice épuisée », trois semaines à peine après la rentrée scolaire, cette lettre de la responsable de l’école maternelle Mehul de Pantin (Seine-Saint-Denis) fait froid dans le dos. Elle pointe l’état d’épuisement des personnels l’Éducation nationale engagés à « toujours faire le mieux pour les élèves, les enseignants, les parents » et essayer de se « rendre disponible au maximum pour chacun ». Âgée de 58 ans, quelques années donc avant de pouvoir faire valoir ses droits à la retraite, Christine Renon s’est donné la mort, le lundi 23 septembre, après avoir envoyé de nombreuses lettres interpellant sa hiérarchie. Son corps a été retrouvé dans le hall de son école maternelle, qui s’élève au milieu d’un vaste parc verdoyant. Très rapidement, les parents des élèves ont exigé « un engagement fort en faveur des écoles de Pantin, des écoles de Seine-Saint-Denis, des écoles des zones sensibles ». Et d’ajouter : « Nous vivons l’événement qui secoue notre école aujourd’hui comme un tragique reflet de l’état des écoles de notre secteur et comme un dramatique cri d’alerte sur les conditions de travail des directeurs d’école »…

Le syndicat SNUipp a surtout dénoncé le fait qu’il ait fallu attendre quatre jours – et sa propre intervention – « pour que le ministre [Blanquer] se déplace et daigne envoyer un message sur les réseaux sociaux ». Surtout, ses militants se disent « heurtés par la disproportion entre la précipitation de l’envoi d’une circulaire concernant l’hommage à rendre à l’ancien président Jacques Chirac et l’absence de toute communication concernant notre collègue ». Les syndicats du département appellent à rendre hommage à Christine Renon en faisant grève ce jeudi 3 octobre.

Le 93 pour l’accueil des migrants

La Seine-Saint-Denis est le premier département à rejoindre l’Association nationale des villes et territoires accueillants, lancée il y a un an par l’ex-maire de Grande-Synthe, Damien Carême, désormais eurodéputé (EELV). L’association – cofondée par Grenoble, Ier arrondissement de Lyon, Ivry-sur-Seine, Montreuil, Briançon, Nantes, Strasbourg et Saint-Denis – prône « l’accueil inconditionnel » des migrants.

Israël : une folle situation

Étrange situation que celle d’un pays dont l’homme désigné pour former un nouveau gouvernement est dans l’attente d’une très probable et prochaine inculpation pour trois affaires de corruption. Quoique devancé dans les urnes, Netanyahou a en effet été chargé par le Président Rivlin de trouver une nouvelle coalition majoritaire. Il doit pour y parvenir convaincre son rival victorieux, Benny Gantz, d’accepter un gouvernement d’union nationale. Ce que Gantz refuse. Pour sortir de l’impasse, deux hypothèses. La plus favorable à Netanyahou, mais la plus improbable, malgré les rodomontades de ses avocats, serait l’abandon des poursuites ; la deuxième serait, après un échec de Netanyahou, une tentative de Gantz, mais à l’exclusion du sortant. Ce dernier serait alors soumis à une forte pression l’obligeant à se retirer. Ultime hypothèse, le retour aux urnes pour la troisième fois dans l’année, pour le même résultat…

Autriche : les Verts avancent, l’extrême droite recule

Les élections législatives en Autriche ont vu le parti d’extrême droite FPÖ, jusqu’ici au pouvoir en coalition avec les démocrates-chrétiens du chancelier Sebastian Kurz, perdre dix points (avec 16,1 % tout de même). C’est ce dernier qui devrait rester au pouvoir, engrangeant plus de 37 % des voix, au terme d’une campagne très à droite. Kurz a en effet surfé sur les thèmes de l’extrême droite, en premier lieu l’immigration, et a ainsi « siphonné » les voix du FPÖ, gravement déconsidéré après de nombreux scandales, entre dérapages racistes et affaires de détournement de fonds. Les Verts, eux, reviennent au Parlement, après en avoir été exclus il y a deux ans pour n’avoir pas dépassé le seuil de 4 %, en remportant près de 14 %. Parmi les jeunes, 25 % ont voté pour les Verts. Quant aux sociaux-démocrates, ils obtiennent à peine 22 % des suffrages.

Il semble que Kurz va tenter de faire alliance avec le parti écologiste, même si l’entente sera difficile, sur le plan économique mais aussi sur la question migratoire ou des droits des minorités, notamment LGBT. Le FPÖ préfèrerait en effet une cure d’opposition pour tenter de regagner son électorat. Mais, en Autriche, la formation d’un gouvernement de coalition prend généralement des mois, et les semaines à venir peuvent réserver des surprises sur les combinaisons politiques possibles.

Qatar-strophe

Le Qatar a misé des milliards pour s’ériger en puissance du « soft power » sportif. Avant la « consécration » annoncée – la Coupe du monde de foot en 2022 –, les Mondiaux d’athlétisme, qui s’y tiennent jusqu’au 6 octobre, devaient en être un avant-goût. Or c’est un désastre : non seulement les gradins sont vides (10 % de remplissage), mais les conditions météo sont si atroces que les athlètes souffrent. 28 des 68 marathoniennes n’ont pas fini leur course, terrassées par les 32 °C et 72 % d’humidité. « Ici, c’est comme s’il n’y avait pas d’air à respirer », a commenté le Slovaque Matej Toth, champion olympique du 50 km. Pendant ce temps-là, des milliers d’ouvriers, tous immigrés, s’échinent à finir les stades du Mondial.

Bioéthique : la PMA pour toutes votée

Ils ont refait un tour de piste, les mêmes députés plus quelques nouveaux élus en 2017, pour crier à la « rupture de civilisation » et autres grossièretés réactionnaires, comme le débat sur le mariage pour tous en avait entendu des tonnes en 2013. Mais la loi sur la procréation médicalement assistée pour les couples de femmes et les femmes seules a été largement adoptée par l’Assemblée nationale le 27 septembre. Les députés ont en revanche rejeté l’amendement qui aurait ouvert ce droit aux transgenres. Alors que, depuis 2016, il est possible de modifier son état civil sans subir de chirurgie, le projet de loi conditionne la PMA à un état civil féminin, et non au fait d’être dotée d’un appareil reproducteur féminin. Le texte adopté, qui réalise une promesse faite par François Hollande en 2012, non tenue pendant son quinquennat, crée donc une nouvelle discrimination difficilement justifiable.

Gauchistes en vacances

Serait-ce au tour des touristes de subir la répression ? Vendredi dernier se tenait le procès en appel de trois jeunes Allemands incarcérés depuis la fin août. Tous trois ont été condamnés à de la prison ferme sur l’intuition qu’ils avaient envie d’en découdre avec la police lors du contre-­sommet du G7. Problème : les trois jeunes, aux sympathies de gauche, seraient des touristes. Ils avaient une réservation dans un camping espagnol assez éloigné de Biarritz. Les juges donneront leur réponse le 17 octobre.

La tentation factieuse d’Alliance

Un responsable politique peut-il encore critiquer l’action de la police ? La question se pose après la manifestation, un brin factieuse, organisée par le syndicat Alliance devant le siège de La France insoumise, le 26 septembre. Il s’agissait pour ce syndicat classé à droite de protester contre un propos de Jean-Luc Mélenchon, qui, en réponse à un manifestant choqué par les violences subies, avait qualifié les forces de l’ordre de « barbares ». Un qualificatif que des gilets jaunes sont venus défendre face aux quelques dizaines de policiers présents, dont certains arboraient leur brassard « police ».

Répresssion : la police « emmerde la LDH »

Il n’est pas de bon ton de critiquer la police ces temps-ci. Les observateurs missionnés par la Ligue des droits de l’homme (LDH) pour surveiller le maintien de l’ordre subissent la répression policière et judiciaire depuis plusieurs mois. Mardi 1er octobre, une de ses membres a comparu devant le tribunal correctionnel de Montpellier pour « entrave à la circulation ». Le ministère public nie sa qualité d’observatrice lors d’une action de blocage de l’autoroute A709 en avril, pour lui préférer la qualité de participante.

Même son de cloche à Toulouse, où le weekend du 28-29 septembre, des membres de l’Observatoire des pratiques policières (OPP) ont été gênés dans leur mission par une charge policière. Les membres du collectif filment, photographient et analysent le maintien de l’ordre dans la ville rose depuis deux ans. Victimes collatérales ? Plutôt des cibles. Ces femmes et ces hommes signalent leur présence en préfecture avant manifestation et se rendent visibles. Tous portent un casque floqué « OPP » et des chasubles jaune et bleu, avec la liste des organisations membres : LDH, SAF (Syndicat des avocats de France) et Fondation Copernic.

Une vidéo de Russia Today tend à confirmer l’hypothèse d’une rancœur policière – déjà constatée à plusieurs reprises sur le terrain par les membres de l’OPP. « Je vous emmerde la LDH, vous nous pétez les couilles », lance un policier aux observateurs après la charge. Déjà, au contre-sommet du G7 fin août, trois observatrices de la LDH avaient été placées en garde à vue pour « participation à un groupement en vue de participer à des violences ou des dégradations ». À quand le délit d’observation ?

Justice : acharnement contre les Traoré

Assa Traoré, figure de la lutte pour la justice dans l’affaire Adama et sœur de la victime, a été convoquée en audition libre ce mardi 1er octobre pour diffamation publique. Les enquêteurs reprochent à la responsable de la page « La Vérité pour Adama » d’avoir accusé trois gendarmes du meurtre de son petit frère, dans deux publications Facebook. Chaque mois depuis le 19 juillet 2016 – jour de la mort du jeune homme de 24 ans après son interpellation à Beaumont-sur-Oise –, un message commémoratif apparaît. À la fin du texte, toujours la même exigence de vérité, suivie des trois identités des gendarmes interpellateurs. Les soutiens de la famille dénoncent une nouvelle attaque, alors que cinq des frères d’Adama ont été arrêtés, dont quatre ont été incarcérés et deux sont toujours en prison. À ce jour, les gendarmes n’ont jamais été inquiétés.

La trahison d’un clerc

Invité à se produire à la « convention de la droite » organisée par des proches de Marion Maréchal, le philosophe d’Europe 1 Raphaël Enthoven pensait y porter la contradiction. Son intervention a au contraire légitimé la substitution au clivage droite-gauche de l’antagonisme « mondialistes contre patriotes », cher à Marine Le Pen. Pire, en tweetant ensuite que « l’extrême droite n’est pas le diable, car le Diable n’a que faire des arguments », il accrédite l’idée que la logorrhée xénophobe et islamophobe d’Éric Zemmour, qu’il n’a jamais condamnée directement, relève du débat d’idées.

La photo de la semaine : Après la mer, le feu

© Politis

À Lesbos, en Grèce, le camp de réfugiés de Moria a été le théâtre, dans la nuit du 30 septembre, d’un terrible incendie qui a ravagé plusieurs lieux et tué une femme et son enfant de nationalité afghane. Au lendemain du drame, des affrontements ont éclaté entre la police et les réfugiés du camp, qui protestent contre leurs conditions de vie déplorables, alors que 13 000 personnes s’entassent dans une structure prévue pour en accueillir 3 000.

Crédit photo : Byron Smith/GETTY IMAGES/AFP


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