Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité de la semaine, en bref.

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Haïti : scènes révolutionnaires

Des rafales à balles réelles, une pluie de grenades lacrymogènes : la répression du vaste mouvement de contestation s’est durcie le 11 octobre en Haïti. Né fin août au sein de la population jeune et issue des quartiers pauvres, le mouvement réclame la démission de Jovenel Moïse, président contesté depuis son élection en 2017 et épinglé pour des détournements de fonds dans les entreprises qu’il dirigeait avant son accès au pouvoir.

La colère a redoublé fin août après une pénurie de carburant généralisée dans le pays, mais la situation est explosive depuis des mois. La pauvreté s’est considérablement aggravée à cause de l’inflation et Haïti est devenue « une véritable poudrière », selon le directeur de l’ONG Concert’action. Deux Haïtiens sur quatre vivent avec moins de deux euros par jour, rappelle le Secours catholique. Une semaine de manifestations avait provoqué, en début d’année, la chute du gouvernement, qui devait donner lieu à des élections législatives en octobre, annulées faute de loi électorale. Selon l’église haïtienne, 122 personnes seraient mortes entre janvier et mars dans la répression des manifestations. En mai, la publication d’un rapport de la Cour supérieure des comptes haïtienne pointant l’implication du Président dans des affaires de détournement de fonds avait ravivé la tension et entraîné des manifestations lourdement réprimées en juin.

Les rues ne désemplissent pas depuis un mois et demi, avec l’appui des partis d’opposition, d’artistes reconnus, d’universitaires et d’organisations de la société civile.

Les cheminots démissionnent en masse

Le nombre de départs volontaires de la SNCF a crû de 34 % en 2018 par rapport à l’année 2017, selon les éléments du bilan social qui ont fuité dans la presse. Ce sont 1 025 cheminots qui jettent ainsi l’éponge face à un virage managérial particulièrement brutal en prévision de l’ouverture à la concurrence. Les ruptures conventionnelles ont elles aussi augmenté, de 86 %, pour atteindre 283.

Médias : un plantage instructif

L’information était erronée. Donné vendredi soir pour « arrêté » par un grand nombre de médias, qui reprenaient en chœur une information du Parisien, qui la tenait de sources policières, Xavier Dupont de Ligonnès ne l’était plus samedi matin. Le paisible retraité de Limay (Yvelines) arrêté à Glasgow (Écosse) présentant peu de traits communs avec l’homme soupçonné d’avoir tué sa femme et ses quatre enfants à Nantes en avril 2011. Du coup, Le Parisien et de nombreux médias, dont l’AFP, ont dû présenter leurs excuses à la famille des victimes et à leurs lecteurs, non sans s’épancher longuement sur les raisons de cette bévue. « Une information suivie d’un démenti, cela fait deux informations », philosophait Pierre Lazareff, le mythique directeur de France-Soir. Le constat vaut toujours mais ne sert pas la crédibilité de la presse.

La scandaleuse judiciarisation d’un conflit politique

Jugés par la Cour suprême d’Espagne, neuf indépendantistes catalans, anciens ministres du gouvernement de Catalogne, ex-présidente du parlement régional ou dirigeants d’associations séparatistes, ont été condamnés à des peines de 9 à 13 ans de prison pour « sédition ». Trois autres ministres, les seuls à être en liberté conditionnelle, écopent d’amendes pour « désobéissance ». Dirigeant du parti de la Gauche républicaine de Catalogne, l’ancien vice-président du gouvernement, Oriol Junqueras, écope de la peine la plus lourde. La justice espagnole enferme ainsi neuf prisonniers politiques, ce qui, quoi que l’on pense de l’aspiration indépendantiste, n’est jamais une bonne manière de résoudre un conflit politique.

Social : la CFDT découvre la loi travail 2

La CFDT tire le signal d’alarme sur les conséquences de l’entrée en application du volet « dialogue social » des ordonnances Macron de septembre 2017. La fusion des instances représentatives du personnel est, dans la plupart des cas, déployée sans accord avec les salariés dans une version restrictive qui amenuise leurs droits. Exemple chez Marionnaud : la réforme fait chuter le nombre de représentants du personnel de 142 à 25. Résultat : des élus surmenés, de plus en plus coupés du terrain et incapables de faire face aux demandes de leurs 3 000 collègues. Idem chez LCL, où la perte de droits syndicaux est estimée à 50 %, au-dessus donc de l’estimation du gouvernement, qui tablait sur une diminution de 33 % du nombre d’élus.

La CFDT rejoint ainsi les inquiétudes exprimées par les autres centrales syndicales au moment de l’adoption d’une réforme qu’elle avait critiquée mais pas combattue frontalement. Toutes les entreprises de plus de dix salariés devront avoir installé leur conseil social et économique (en lieu et place du comité d’entreprise, des délégués du personnel et du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) avant le 31 décembre 2019. Et la loi du 6 août 2019 étend cette mesure à la fonction publique.

Tunisie : un conservateur intègre au pouvoir

Huit ans après le départ de Ben Ali, Kaïs Saïed prend la route de Carthage sur fond de dégagisme. Novice en politique, l’austère professeur de droit a été élu président avec près de trois quarts des suffrages exprimés, selon les premières estimations, face au businessman accusé de corruption Nabil Karoui. Le nouveau raïs revendique la poursuite du mouvement révolutionnaire de 2011, d’où émane son principal projet : la refonte du système représentatif tunisien, en décentralisant et en donnant une place plus importante aux élus locaux ainsi qu’en permettant la révocation d’un élu.

Côté société, Kaïs Saïed s’illustre par son conservatisme en défendant notamment peine de mort et répression de l’homosexualité. Un conservatisme qui lui a valu le soutien des islamistes d’Ennahda, lesquels ont immédiatement fait savoir qu’ils étaient prêts à coopérer avec lui. Un soutien encombrant, mais dont il aura besoin alors qu’il ne dispose d’aucune force propre au sein du Parlement.

Équateur : les Indiens sabordent le plan du FMI

Après douze jours d’un violent conflit paralysant le pays, le gouvernement équatorien a cédé à la principale revendication du mouvement indigène, qui demandait le rétablissement des subventions aux carburants. Sur injonction du Fonds monétaire international (FMI), qui aligne un prêt de 4,2 milliards de dollars, le président fraîchement élu, Lenin Moreno, avait présenté début octobre un train de mesures d’austérité, dont la suppression d’une aide à la pompe qui aurait provoqué une hausse de 123 % des prix du carburant, d’où la colère de la population indigène, tributaire de l’agriculture et donc de l’industrie du transport.

Des effusions de joie ont accueilli dimanche soir à Quito l’annonce de cet accord. C’est la fin d’une crise particulièrement dure qui avait donné lieu à une répression brutale : 7 morts, 1 340 blessés et 1 152 arrestations, selon le bureau du Défenseur du peuple, organisme public de défense des droits. Le Président avait décrété un couvre-feu général dès 15 heures et déplacé le siège du gouvernement à Guayaquil (Sud).

Pour autant, la crise n’est pas terminée. Les deux parties se sont mises d’accord sur la préparation d’« un nouveau décret qui annule le décret 883 » sur l’essence. L’austérité reste donc de mise, même si le gouvernement accepte de revoir le plan réclamé par le FMI. Il prévoyait notamment la suppression de la moitié des vacances des fonctionnaires (de 30 à 15 jours), la réduction de leur salaire d’un jour par mois, la baisse de 20 % du salaire des contractuels de la fonction publique et une flexibilisation importante du code du travail.

Municipales : simplification version LREM

Le ministère de l’Intérieur envisage de ne plus attribuer de couleur politique aux candidats des petites communes lors de prochaines municipales. Le « nuançage » politique relève de l’administration préfectorale « depuis la IIIe République », mais il y avait des « erreurs », s’est justifié Christophe Castaner devant le Sénat le 9 octobre. Plusieurs partis dénoncent une atteinte à la démocratie. Le PS note qu’en 2014, dans 95 % des 8 770 communes qui comptent entre 1 000 et 9 000 habitants, les candidats avaient déclaré une étiquette politique. Il estime que « le pouvoir espère faire un coup double » : masquer son « incapacité à se faire représenter » dans nombre de communes et, là où il aura des candidats, dissimuler « la sanction que les électrices et les électeurs s’apprêtent à lui infliger ».

La photo de la semaine : Terrorisme d'extrême droite

© Politis

Un couple s’étreint, le 10 octobre, devant la synagogue de Halle, dans l’est de l’Allemagne, où un terroriste néo-nazi, antisémite et négationniste, a ouvert le feu la veille, jour de Yom Kippour, avant de s’attaquer à un restaurant turc, non loin de là, tuant deux personnes et en blessant grièvement deux autres. Un attentat qui s’inscrit dans un regain de la violence politique d’extrême droite.

Crédit photo : Axel Schimdt/AFP


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