Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité de la semaine, en bref.

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Brésil : Lula, la tentation de l’espoir démesuré

Les images évoquent des scènes historiques « à la Mandela ». Vendredi 8 novembre, après 18 mois d’incarcération pour une affaire de corruption dont la réalité n’a pas été prouvée, Lula s’avance « libre comme l’oiseau » dans une liesse débridée, politisant dans l’instant cette « libération » prononcée par la Cour suprême, et touchant près de 5 000 détenus dans le pays : pas d’incarcération tant que tous les recours n’ont pas été épuisés. Ses avocats s’en occupent : l’ancien président (2003-2011), héros inoxydable d’un petit peuple qu’il a sorti de la faim, s’en prend avec virulence à ce « gang et cette bande mafieux » qui détruisent le pays.

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Verve intacte malgré ses traits amaigris, le vieux guerrier (74 ans) remet ça le lendemain dans la banlieue ouvrière de São Paulo, matrice de sa carrière politique. Il veut parcourir le pays : c’est un projet de reconquête du pouvoir, ni plus ni moins. « J’ai plus de courage pour lutter qu’avant. » Pour la gauche, cataleptique depuis l’élection de Bolsonaro, l’événement est un électrochoc. Mais il charrie autant d’interrogations et d’inquiétudes. S’en remettre à un seul homme, dont l’action politique a par ailleurs déçu les écologistes, les peuples indigènes, les paysans sans terre, la gauche radicale ? Quelles sont les intentions de Lula ? Et quid de sa sécurité ? Car une recrudescence de tension s’annonce dans un Brésil plus polarisé que jamais, où Bolsonaro appelle à ne pas « fournir de munitions à la crapule ». « Cette libération exige plus de stratégie que de fête », écrit un commentateur politique.

Immigration : Bref répit pour Samira Diko

Seules une mobilisation de taille et la médiatisation des affaires au cas par cas permettent de faire reculer le gouvernement en matière d’immigration. Alors qu’Édouard Philippe a détaillé la semaine dernière les contours d’une énième loi – toujours plus répressive – Samira Diko, 10 ans, ivoirienne, scolarisée en Seine-et-Marne et qui a fui son pays pour échapper à l’excision, était menacée d’expulsion vers l’Italie. Règlement Dublin III oblige, c’était dans le pays d’arrivée que la jeune fille et son père auraient été expulsés, avant d’être poussés au départ vers la Côte d’Ivoire. C’était sans compter sur l’eurodéputé socialiste Raphaël Glucksmann, qui a lancé, la semaine dernière, une pétition pour interpeller le président de la République. Elle compte pour l’heure près de 170 000 signataires, dont l’acteur Omar Sy, le DJ David Guetta ou le footballeur Marco Verratti. Acculé, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a indiqué, dans un tweet, que Samira resterait en France. Mais sous quel régime ? Faute de détails, les signataires ne désarmeront pas.

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Bolivie : Evo Morales en fuite

Le premier président indigène de Bolivie, Evo Morales, ancien producteur de coca, en fonction depuis 2006, a quitté la Bolivie dans un avion des Forces aériennes mexicaines. Après une escale à Asunción (Paraguay), il devait atterrir mardi 12 novembre à Mexico et bénéficier de l’asile politique. Une aide du président de gauche du Mexique. Le 20 octobre, Evo Morales a été donné vainqueur de justesse pour un quatrième mandat, avec de forts soupçons de fraude. Depuis, la contestation populaire a plongé le pays dans une grande confusion. Des partisans du président socialiste, démissionnaire le 10 novembre, sont descendus dans la rue, affrontent la police et attaquent les résidences de certains des leaders d’opposition. Après avoir été lâché par l’armée et la police, le camp du MAS (Mouvement pour le socialisme, parti présidentiel) s’est divisé et les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale ont démissionné. La deuxième vice-présidente du Sénat, de droite, Jeanine Añez, caricature de la bourgeoisie bolivienne, censée assurer l’intérim, a appelé à une nouvelle élection présidentielle en janvier. Mais le Parlement, où le MAS est majoritaire, devrait se réunir prochainement pour désigner un président par intérim. La gauche latino-américaine dénonce un « coup d’État », tandis que Trump se félicite. Morales, au bilan largement positif en matière de réduction de la pauvreté, a vu sa base électorale se diviser et s’est sans doute trop accroché au pouvoir. Avec le risque aujourd’hui d’un retour d’une droite néolibérale et pro-américaine, comme par le passé.

Fongicides : Toxiques mais autorisés

« Les fongicides SDHI sont toxiques pour les cellules humaines. » Une formulation on ne peut plus explicite pour résumer les conclusions de l’étude menée conjointement par le CNRS, l’Inserm, l’Inra, l’Université de Paris, l’université Toulouse-III-Paul Sabatier et l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris. Ces pesticides ont la particularité de bloquer la respiration des champignons afin de détruire les moisissures se développant sur les céréales et les fruits. Ils sont donc pulvérisés en prévention sur les champs, mais aussi les terrains de sport. Les scientifiques, qui alertent depuis deux ans sur leur dangerosité, ont cette fois-ci démontré qu’ils agissent également sur le ver de terre, l’abeille et les cellules humaines. Or leur mise sur le marché n’a jamais été suspendue, ce qui bafoue une fois de plus le principe de précaution. Cette étude changera-t-elle la donne ?

Anti-Pub : Uriner en paix

C’est ce que réclament dans une proposition de loi antipub, dont François Ruffin est le premier signataire, huit députés LFI, mais aussi Philippe Gosselin (LR) et Sébastien Nadot (ex-LREM). Elle souhaiterait interdire « les dispositifs publicitaires numériques dans les sanitaires des établissements recevant du public ». Car, lit-on dans l’exposé des motifs, même dans ces lieux, « les publicitaires envahissent notre temps de cerveau disponible ! Comme Poutine ! Ils viennent nous traquer jusque dans les chiottes ! ». Ce document rappelle aussi que, « depuis 2015, 2 500 écrans ont colonisé 1 200 urinoirs dans 25 villes » dans un but publicitaire que vante ainsi leur inventeur : « Les toilettes sont un des derniers lieux où l’attention du public est encore captive, avec un ciblage optimal (sexe, horaires, typologie de lieu...) et un taux de mémorisation de 85 %... » Avec humour, les députés reconnaissent attaquer le très sérieux problème de l’invasion publicitaire « par le petit bout de la lorgnette ».

Irak : Le pourquoi d’une sanglante répression

Depuis le 1er octobre, 319 Irakiens sont tombés sous les balles des forces dites « de sécurité ». Le mouvement de protestation, qui met dans la rue des milliers de manifestants en quête de démocratie et de justice sociale, ressemble en tout point à ce qui se passe à Beyrouth. C’est une révolution arabe qui transcende les appartenances confessionnelles. Mais, à la différence du Liban, le pouvoir chiite, installé à la suite de l’intervention américaine de 2003, fait tirer sur la foule. C’est que l’enjeu n’est pas seulement irakien. L’Iran est engagé dans cette guerre civile comme cela a été le cas en Syrie, et comme ce n’est, pour l’heure, pas le cas au Liban, où le Hezbollah, pourtant mis en cause par les manifestants, n’a pas encore fait le choix de la répression. Et Téhéran n’a pas l’intention de renoncer à ses intérêts économiques et stratégiques en Irak.

Prisons : L’OIP entravée

En cinq ans, l’Observatoire international des prisons (OIP) a perdu 66 % de ses subventions, soit 282 000 euros de moins, en 2019. Une chute due au retrait des collectivités territoriales et de divers organismes publics. Récemment, c’est le ministère des Outre-mer, qui finançait des actions auprès des détenus ultramarins, qui a stoppé son soutien, ou encore le Commissariat général à l’égalité des territoires, rattaché au gouvernement, qui a annoncé le non-renouvellement.

Créée en 1996, tournée vers l’aide aux détenus pour faire valoir leurs droits et améliorer leurs conditions d’incarcération (plus de 4 000 détenus ont fait appel à elle), la section française de l’association joue sa survie. Cette situation intervient alors que le nombre de détenus continue d’augmenter, jusqu’à dépasser les 72 000 (contre 67 000 il y a cinq ans). Une situation révélatrice du désengagement des pouvoirs publics sur la question des prisons.

Rappelons qu’en 2018 la Direction de l’administration pénitentiaire (DAP) avait déjà supprimé ses subventions au Genepi, association étudiante intervenant en prison. À l’évidence, la libre expression et le regard critique sur l’institution carcérale dérangent. Outre un appel à un sursaut des pouvoirs publics, l’OIP a lancé un appel aux dons de particuliers et d’organismes privés sur son site, www.oip.org

Les pesticides chassés de deux villes

Contrairement à ce qui s’est passé à Langouët, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a validé les arrêtés anti- pesticides des maires de Gennevilliers et de Sceaux (Hauts-de-Seine). La justice a estimé que « les produits phytopharmaceutiques constituent un danger grave pour les populations exposées et [que] l’autorité administrative n’a pas pris de mesures suffisantes en vue de la protection de la santé publique ».

Le coming out d’un présentateur télé

Le journaliste Pascal Humeau, qui a officié comme présentateur sur LCI, I-Télé et BFM TV, va conseiller Jordan Bardella, le vice-président du Rassemblement national, pour sa communication. Ce « transfert », véritable coming out frontiste, n’améliorera pas l’image des chaînes d’info. Il confirme la banalisation de l’extrême droite sur ces antennes en pleine droitisation éditoriale.


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