Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité de la semaine, en bref.

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Mélenchon condamné, mais revigoré

« La République, c’est moi. » On se souvient des images de la perquisition des locaux de La France insoumise, le 16 octobre 2018, comme on se souvient du procès, les 19 et 20 septembre, au tribunal de Bobigny. La décision du juge, ce lundi 9 décembre, vient mettre un point final à une « affaire » qui n’a que trop duré. Jean-Luc -Mélenchon a en effet déclaré qu’il ne fera pas appel. Mais que la sanction est sévère ! Chose rare, le tribunal a suivi presque à la lettre les réquisitions du procureur.

Jean-Luc Mélenchon écope de trois mois de -prison avec sursis et de 8 000 euros d’amende pour « actes d’intimidation envers un magistrat et un dépositaire de l’autorité publique, rébellion et provocation » ; Bastien Lachaud, Manuel Bompard, Bernard Pignerol et l’attachée de presse du mouvement ont été condamnés à des amendes allant de 2 000 à 7 000 euros. Alexis Corbière a, lui, bénéficié d’une relaxe.

Des condamnations lourdes, certes, mais pas suffisantes pour bâillonner le chef de file des Insoumis. Quelques heures plus tard, lors d’une conférence de presse donnée au siège du mouvement, Jean-Luc Mélenchon a estimé que, si ce procès avait eu vocation à le faire taire, « c’[était] raté ».

« Je ne vous dis pas qu’ils n’auraient pas pu y arriver », a-t-il expliqué, revenant sur cet été passé entre le Mexique et le Brésil : « Il a fallu quand même que je fasse une grosse pause pour m’avaler le choc. » Quatre mois plus tard, il est désormais regonflé à bloc. « Me voilà rebelle officiel ! », a-t-il estimé, listant : « Contre le système des retraites, contre l’injustice de la vie… »

En plein mouvement social, il a salué les syndicats, dont l’initiative a permis « une mobilisation tout à fait hors du commun ». « Nous sommes à la veille d’un grand mouvement de l’histoire sociale du pays. » Un mouvement auquel l’Insoumis ne manquera pas de prendre part.

L’Algérie vote pour rien

Le 6 décembre était le 41e vendredi de manifestations en Algérie depuis février. Exigeant toujours la fin du « système » et rejetant la présidentielle organisée ce jeudi 12 décembre. Les cinq candidats étant tous plus ou moins issus du règne Bouteflika, ce scrutin, qui sera sans doute boudé, risque d’accoucher d’un nouveau président tout aussi intérimaire que le sortant. Et risque même de relancer le Hirak.

Prison : La France condamnée

Plus de douze ans après les faits, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la France pour traitements inhumains et dégradants, également pour « défaut d’enquête effective ». En 2007, Jamel M., détenu au centre pénitentiaire de Salon-de-Provence, fragile psychologiquement et réclamant en vain son hospitalisation, avait été victime de violences en série de la part de surveillants lors de son transfert pour la prison de Varennes-le-Grand. Un certificat médical fait état de contusions, de multiples hématomes et d’une marque de strangulation de 18 centimètres. Jamel M. avait porté plainte le jour même, et une nouvelle fois en 2009, avec constitution de partie civile. La première plainte avait été classée sans suite par le parquet, la seconde s’était soldée par une ordonnance de non-lieu. L’Observatoire international des prisons de souligner : « Combien [d’autres détenus] ont abandonné face à des procédures trop longues et difficiles ? »

Violences policières : Mères colère

Le slogan de la banderole était clair : « Mamans déters contre -Castaner ! Plus jamais à genoux ! » Le 8 décembre, le Collectif de défense des jeunes du Mantois, qui regroupe une trentaine de mères, a manifesté à Paris, de Barbès à République. Il y a un an, à Mantes-la-Jolie, 151 jeunes de 12 à 21 ans avaient été forcés de s’agenouiller, les mains sur la tête, puis filmés par les forces de l’ordre qui intervenaient aux alentours de lycées bloqués dans le cadre des manifestations contre Parcoursup. L’un des policiers avait déclaré : « Voilà une classe qui se tient sage. » Depuis, une douzaine d’entre eux ont porté plainte pour « atteinte à la liberté -individuelle », « actes de torture » et « diffusion illégale de l’image d’une personne identifiée ou identifiable ». En juillet, le parquet de Nanterre a classé sans suite l’enquête préliminaire. Et seulement trois élèves ont été entendus par l’IGPN.

Cette marche « pour la justice et la dignité » a réuni de nombreux soutiens, dont le rappeur Kery James, la militante féministe décoloniale Françoise Vergès, l’historienne Ludivine Bantigny ou encore Danielle Simonnet et Vikash Dhorasoo, candidats à la mairie de Paris de La France insoumise. Arrivées place de la République, les mères se sont mises à genoux, mains sur la tête…

Droits : Pour les sans-papiers de Chronopost

Ils sont sans papiers, et « esclaves modernes » employés par des sociétés sous-traitantes de Chronopost, filiale de La Poste. Depuis juin, ils campent dans des tentes à Alfortville (Val-de-Marne), et exigent d’être régularisés et d’avoir des conditions de travail décentes. La semaine dernière, selon Le Parisien, la préfecture a accepté cinq premières régularisations avec autorisation de travail. Ils étaient vingt au départ, désormais rejoints par d’autres exploités du secteur. Tous poursuivent leur lutte pour la dignité, même si leur campement est maintenant livré au froid de l’hiver. Soutien et respect.

Censure à France Télé

Ça rappellerait presque le temps du ministère de l’Information. La direction de l’info à France Télévisions a donné aux chefs de service ses consignes et ses éléments de langage. Pas question, dans les journaux télévisés, d’utiliser les termes « prise d’otages », « colère », « grève historique » ou encore « grève générale ». Comme le souligne la CGT dans un tweet ironique, on aura rarement vu une « direction aussi clairement inféodée au pouvoir politique ».

Justice : Soutien à Assa Traoré

Le 3 décembre s’est tenue à Paris la soirée de lancement de la campagne internationale en soutien à Assa Traoré et sa famille. De nombreux intervenants se sont exprimés à la tribune – où était exposée la une du numéro de Politis dont Assa Traoré était la rédactrice en chef invitée (18 janvier 2018). Ils ont dénoncé les plaintes pour diffamation déposées par des gendarmes contre la sœur aînée d’Adama Traoré, c’est-à-dire par ceux-là mêmes qui sont impliqués dans la mort du jeune homme sans pour autant être inquiétés. Outre-Atlantique, Angela Davis, Mumia Abu-Jamal ou encore Alice Walker se sont déjà déclarés solidaires.

© Politis

© Diby Magassa


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