Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité de la semaine, en bref.

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Italie : Le néofasciste Salvini perd son pari

Matteo Salvini est renvoyé dans ses buts. Le leader de l’extrême droite italienne voulait faire des élections régionales du dimanche 26 janvier un enjeu politique national, espérant, en cas de victoire de la Ligue, provoquer une crise pour la fragile coalition gouvernementale, formée du Parti démocrate (PD) et du Mouvement 5 étoiles (M5S). Outre ceux de Calabre, étaient appelés aux urnes les électeurs de l’Émilie-Romagne, riche région septentrionale ancrée à gauche depuis la Libération et sa massive participation à la Résistance. Le néofasciste Salvini comptait sur la prise de cette région symbole pour influer sur la politique nationale.

Peine perdue ! Son parti n’obtient que 43,3 % des suffrages, et son ex-allié à Rome, le M5S, du fait de son opportunisme à très court terme, illisible, s’effondre avec à peine 3 % des voix. Avec près de 51,5 %, le PD engrange, lui, plus de deux points supplémentaires par rapport au précédent scrutin, en 2014, ayant sans aucun doute bénéficié de la mobilisation électorale emmenée par le récent mouvement populaire antifasciste des « Sardines » (cf. Politis n° 1580, du 5 déc. 2019).

En effet, alors que le pâle Parti démocrate subissait depuis plusieurs années une désaffection croissante de ses électeurs du fait de ses choix toujours plus enclins à accompagner des politiques néolibérales mettant à mal les conquêtes sociales (datant de l’après-guerre), il a cette fois regagné nombre de suffrages grâce à l’élan de ce mouvement des « Sardines », dans une sorte de réflexe « antifasciste ». Toutefois, au sud, la Calabre, pauvre et ravagée par l’emprise mafieuse, voit, elle, une nette victoire de la droite et de l’extrême droite, effaçant quasiment totalement l’implantation passée du M5S…

Les Pays-Bas reconnaissent leur rôle dans la Shoah

Aux Pays-Bas, un peu plus d’un quart seulement des juifs présents avant-guerre étaient en vie en 1945 (contre les deux tiers en France). À l’occasion du 75e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau, Mark Rutte, Premier ministre, a « présenté ses excuses pour l’action des autorités [de son pays] à l’époque ». Mieux vaut tard que jamais…

Coronavirus : Retard dans l’urgence

L’état d’urgence décrété dans toute la Chine, des contrôles de fièvre dans tous les transports collectifs, l’assignation à résidence de millions de personnes. Wuhan, foyer de l’épidémie, déserté par 5 de ses 14 millions d’habitant·es ; où l’on construit deux nouveaux hôpitaux en express… Lundi, les autorités recensaient près de 3 000 malades, 80 décès, et des cas à des milliers de kilomètres de l’épicentre. Mais les spécialistes estimaient déjà à plus de 40 000 les contaminations par 2019-nCoV. La bataille du confinement, cruciale, est donc clairement perdue face à ce coronavirus apparu à Wuhan en décembre dernier, la faute à une administration trop lente à réagir. L’épidémie, potentiellement mondiale, pourrait culminer en mai prochain, et le virus avoir largement muté et gagné en puissance létale, à ce jour modérée.

Syrie : « Embeded » avec Assad

Le journal du lundi 27 janvier, sur France Inter, s’est fait le relais d’une bien triste propagande. La reporter Valérie Crova n’a vu aucun problème à s’embarquer aux côtés des criminels de guerre des forces du régime Assad, qui avancent depuis plusieurs semaines dans la province d’Idlib, et étaient en passe de prendre Maarat Al-Numan, seconde ville de la région, réduite en cendres et vidée de ses habitants par des mois d’intenses bombardements du régime et de la Russie contre les quartiers résidentiels et les infrastructures sanitaires.

Résultat, les éléments de langage exclusifs du boucher de Damas : ce haut lieu de la révolution syrienne, dont les quelque 100 000 habitants ont su, avec courage et humour, tenir tête aux islamistes, devient à l’antenne un bastion « jihadiste ». L’actuelle offensive du régime aurait provoqué le déplacement de quelque 400 000 civils, sur les 3,5 millions qui peuplent encore ce mince territoire.

Lina Ben Mhenni, pour l’histoire de la Tunisie

Après l’immolation par le feu du jeune Mohamed Bouazizi, le 17 décembre 2010, la blogueuse Lina Ben Mhenni avait été la première à se rendre à Sidi Bouzid. Via ses vidéos postées sur les réseaux sociaux, elle avait révélé les premières manifs qui allaient conduire à la chute du régime Ben Ali. Âgée de 36 ans, elle a succombé le 27 janvier à une longue maladie. La veille, elle postait encore un texte sur la situation politique.

Hubert Mingarelli s’en est allé

La Beauté des loutres, La Dernière Neige, Quatre soldats… Ce sont quelques titres parmi une vingtaine de romans qu’Hubert Mingarelli avait publiés, d’abord en jeunesse, avant de gagner d’autres rayons. Des romans puissants, au style épuré, au phrasé ciselé. L’écrivain est mort ce week-end, à l’âge de 64 ans, laissant derrière lui des histoires âpres, douloureuses, humaines. Ouvrier, marin, grand voyageur, c’était aussi un homme discret. À l’écart des modes et tapages.

Radio France : Sibyle Veil lâche… un peu

La grève à Radio France contre le plan de suppression de 299 postes a dépassé les 50 jours. C’est déjà presque le double de la grève qui avait dégradé l’antenne en 2015. Sibyle Veil, présidente du groupe, suspend aujourd’hui son plan de départs volontaires, lequel ciblait principalement les chœurs de Radio France, les techniciens et les rédactions de FIP. Elle propose en échange une rupture conventionnelle collective (RCC).

« Cette solution, dit-elle, nous permet non seulement de favoriser les départs en retraite dans le total des départs volontaires à faire, mais aussi de continuer à recruter. » Pour la CGT, syndicat majoritaire à la -Maison ronde, qui a maintenu son appel à la grève, « c’est un leurre », puisque dans le meilleur des cas on arriverait tout de même à 261 suppressions de postes.

Dans le cadre d’une RCC, « pourrait partir qui veut », observe le syndicat SUD (ce ne seraient plus des postes ciblés). Lequel ajoute que, outre des conditions de travail plus difficiles à venir, ça n’en reste pas moins « une vision comptable et technocratique » de la part de la direction. De fait, l’objectif est toujours d’imposer 60 millions d’euros d’économie. Avec l’aval de son ministère de tutelle. Les négociations se poursuivront jusqu’au 20 mars.

Maintien de l’ordre : Adieu grenades GLI-F4, bonjour les GM2L

Il aura donc fallu 33 blessés graves l’an passé, dont cinq mains arrachées, pour que Christophe Castaner accepte de renoncer à l’usage des puissantes grenades lacrymogènes GLI-F4 contre les manifestants exerçant leur droit constitutionnel. Leur production avait pourtant cessé depuis 2014 mais, comme on dit en Macronie, « il n’y a pas de petites économies » : le ministère de l’Intérieur avait donc décidé de les utiliser jusqu’à épuisement des stocks (prévu fin 2021). Le (plutôt modéré) récent haussement de ton de Macron pour davantage de « déontologie » de la police a peut-être eu cet effet. Mais que les laudateurs du maintien de l’ordre « à la française » se rassurent : ces grenades sont – déjà – remplacées par le modèle GM2L, qui, sans TNT, contient du RDX, qui serait… 1,6 fois plus puissant que le TNT. On peut aller manifester en toute sérénité…

Climato-sceptique à l’antenne

Philosophe et historienne, Mona Ozouf était invitée, dimanche 26 janvier, pour son ouvrage Pour rendre la vie plus légère, dans la matinale de France Inter du week-end, animée par Éric Delvaux. Lequel, après une interview autour de la littérature et du féminisme, a posé cette question : « Est-ce que l’écologie, qui est un acte volontaire, pourrait être vecteur de totalitarisme, pour qu’elle soit imposée ? » Question classique de climatosceptiques qui s’expriment encore à l’antenne. Ce à quoi Mona Ozouf a répondu, rectifiant intelligemment, que l’écologie « est un vecteur de contraintes ».


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