Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité de la semaine, en bref.

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Santé : Alerte à l’amiante dans les écoles

Sur les 60 000 établissements scolaires privés et publics en France, un tiers a répondu à un recensement effectué il y a plusieurs années sur la présence d’amiante dans leurs murs. Sur la carte de France qui s’étale en Une de Libération le 4 février, la nuée de points rouges fait frémir : la grande majorité des établissements construits avant 1997, date de l’interdiction de l’amiante en France, en contiennent, que ce soit dans les dalles, les tuyaux, les faux plafonds, la peinture… On sait aujourd’hui que la détérioration des bâtiments engendre des risques d’exposition à l’amiante dangereux pour la santé. Des maladies qui peuvent mettre plus de trente ans à se déclarer ! Le constat est affligeant, choquant, alarmant, mais le processus l’est encore plus. Les journalistes révèlent que ce fichier explosif attend paisiblement d’être utilisé depuis 2016 alors que c’était une commande du ministère de l’Éducation nationale auprès de l’Observatoire national de la sécurité et de l’accessibilité des établissements d’enseignement (ONS).

Dans l’enquête, son président, Jean-Marie Schléret, affirme que « le ministère n’a jamais voulu faire un recensement. Il souhaitait simplement avoir quelques données. Juste pour montrer que quelque chose a été fait. Pour se couvrir en cas de procès ». Sans langue de bois. Et pour cause ! L’ONS, organisme indépendant bien que financé par le ministère, est voué à disparaître prochainement au profit d’une cellule du bâti scolaire, placée sous la direction du ministère de l’Éducation nationale. L’urgence ne semble toujours pas être la santé des citoyens…

Hommage sanctionné

Directrice épuisée d’une école maternelle de Pantin, Christine Renon s’est suicidée peu après la rentrée, laissant une lettre décrivant les immenses difficultés de son métier. L’inspection a d’ailleurs reconnu la cause professionnelle de son geste. Mais l’administration du ministère Blanquer a sanctionné, en leur retenant une journée de salaire, ses collègues qui s’étaient rassemblé·es en nombre pour lui rendre hommage.

Les papillons monarques orphelins

Le corps de Homero Gómez González, disparu au Mexique le 14 janvier, a été retrouvé le 29 janvier au fond d’un puits. L’autopsie a révélé un traumatisme crânien avant la noyade. À 50 ans, cet agronome affable et passionné luttait depuis des années pour la préservation des papillons monarques dans l’État du Michoacán, s’attaquant à la déforestation et à l’usage intensif de pesticides, notamment dans les cultures d’avocats. Il avait mis en place des patrouilles forestières et convaincu des paysans locaux de replanter des arbres sur 150 hectares déboisés illégalement. L’ONG Global Witness a classé en 2018 le Mexique au 6e rang des pays les plus dangereux pour les militants écologistes, avec quatorze meurtres. Amnesty International dénombre douze assassinats de défenseurs de l’environnement au cours des neuf premiers mois de 2019.

Justice : Relaxe honteuse pour Barbarin

En mars 2019, le cardinal Philippe Barbarin avait été condamné à six mois de prison avec sursis pour « non dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs », en l’occurrence sur des abus commis entre 1971 et 1991, dans le diocèse de Lyon, par le père Bernard Preynat, sur de jeunes enfants (entre 8 et 11 ans) de la paroisse Saint-Joseph-Saint-Luc de Sainte-Foy-lès-Lyon (lire Politis n°1582, 19 décembre 2019). Le 30 janvier, Barbarin a été relaxé par la cour d’appel de Lyon. Laquelle reconnaît néanmoins que le prélat avait eu connaissance du dossier avant même de rencontrer le prêtre en mars 2010, contrairement à ce qu’il affirme, mais jugeant que les faits étaient prescrits à ce moment. L’enjeu judiciaire tient précisément sur les délais de prescription – bien pratiques en la matière. En clair, les victimes n’avaient qu’à se plaindre plus tôt, soit avant les traumatismes causés par ces viols ! L’un des avocats des victimes a déjà annoncé se pourvoir en cassation. En attendant, Barbarin, résolument en retrait, a placé sa charge « entre les mains du pape » sur son avenir. En 2016, au début de l’affaire, le pape François avait décidé de lui conserver le titre d’archevêque de Lyon.

Municipales : Circulaire Castaner : circulez !

La grossière manip de LREM est jetée à la poubelle. Pour masquer la déconfiture annoncée du parti macroniste aux municipales, Christophe Castaner avait imaginé changer les règles de comptage des voix, en n’attribuant aucune nuance politique aux listes dans toutes les communes de moins de 9 000 habitants, soit presque la moitié de la population française ! Il voulait aussi créer la nuance « divers centre », très pratique pour comptabiliser en LREM des listes de droite soutenues par les macronistes. Mais le juge des référés du Conseil d’État a suspendu la circulaire Castaner. Motif : « doute sérieux » sur sa légalité ! Christophe Castaner n’est pas le premier ministre de l’Intérieur de l’histoire pris la main dans le sac en train de tripatouiller les règles, mais c’est sans doute le moins habile.

L’Algérie dans le gaz

À peine (très mal) élu début décembre, le nouveau président algérien, Abdelmadjid Tebboune, a eu une brillante idée pour relancer la contestation massive du peuple algérien : offrir à des multinationales pétrolières des autorisations de forage de gaz de schiste. Tout y est : l’opacité du projet, la soumission à des intérêts étrangers, l’addiction aux hydrocarbures (et son corollaire, la corruption), et le mépris de l’environnement et des populations… Autant de slogans pour le Hirak.

Droits : Quand l’école ne connaît plus ses leçons

Le recteur de l’académie de Rennes a l’art de dire tout et son contraire. Mi-janvier, il ordonne aux établissements de « vérifier que les élèves qui y sont affectés sont en situation régulière ». Deux jours plus tard, mea culpa, demande est faite de « surseoir aux mesures préconisées ». Origine de la bourde, le contrôle sur un chantier à Pontivy (Morbihan) d’un élève de CAP en stage. Ce mineur est arrivé en France avec un visa de tourisme, titre aujourd’hui expiré. Sa situation n’est en revanche pas illégale, l’entreprise n’ayant pas à « contrôler la régularité de [sa] situation », selon une circulaire de l’Éducation nationale du 20 mars 2002. Les élèves étrangers ont « les mêmes droits à être instruits que les élèves de nationalité française », selon le même document. Des règles qui auront donc servi de leçon au -rectorat.

Logement : La France est loin du « zéro SDF »

En juillet 2017, Emmanuel Macron affirmait sa volonté de ne plus « avoir de femmes et d’hommes dans les rues ». À la moitié de son mandat, on est très loin de l’objectif « zéro SDF ». Dans son 25e rapport sur le mal-logement, publié le 30 janvier, la Fondation Abbé-Pierre (FAP) dresse le constat d’une « dégradation de la situation ». D’après l’association, la France dénombre près de 143 000 sans-abri, dont 65 % vivent seul·es et sans enfants à charge. La Fondation attire l’attention sur ces personnes, dont le sort est « généralement oublié » par les politiques publiques sur le logement. La veille de la publication du rapport, près de 2 000 bénévoles ont recensé les SDF de Paris lors de la troisième Nuit de la solidarité. L’édition 2019 avait établi à 3 641 le nombre de personnes qui dorment à la rue. La FAP invite le gouvernement à être plus ambitieux et à accentuer ses efforts pour plus de « justice sociale » et de « solidarité ». Elle préconise, entre autres, de revenir sur les coupes dans les aides au logement (APL) et sur la réduction de loyer de solidarité (RLS) imposée aux organismes HLM, afin d’élargir l’attribution de logements sociaux et très sociaux. Enfin, elle espère que la question du logement sera au cœur des municipales après avoir été l’oubliée du grand débat national.

Violences sexuelles : Sarah Abitbol brise l’omerta

O comme « ordure ». Dans son livre Un long silence, paru le 29 janvier, Sarah Abitbol, ex-championne de patinage artistique, accuse son ancien entraîneur, « Monsieur O », de plusieurs viols perpétrés entre 1990 et 1992. Derrière Monsieur O se cache Gilles Beyer. Il a reconnu avoir eu des « relations intimes inappropriées » avec Sarah Abitbol, âgée de 15 ans à l’époque des faits. Dans L’Obs, elle balaie ses excuses, qui arrivent trente ans après les faits, et réaffirme qu’il s’agit de viols. Gilles Beyer a depuis été démis de ses fonctions par son club, les -Français volants. La patineuse aux sept médailles européennes a souffert d’une amnésie traumatique qui l’a murée dans le silence. Aujourd’hui, elle ne pardonne ni à son entraîneur ni à ceux qui savaient et se sont tus. Sarah Abitbol reproche au président de la Fédération française des sports de glace (FFSG), Didier Gailhaguet, d’avoir couvert les agissements de son entraîneur. Convoqué par la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, le 3 février, il est sommé de démissionner.

Dépakine : Sanofi en examen

La multinationale pharmaceutique Sanofi sera-t-elle jugée pour le scandale de la Dépakine, qui a provoqué depuis 1967 des malformations congénitales graves chez 2 150 à 4 100 enfants, selon une évaluation de l’Agence du médicament et de l’Assurance maladie ? En tout cas, elle est mise en examen depuis le 3 février pour « tromperie aggravée » et « blessures involontaires ». Antiépileptique prescrit notamment aux personnes bipolaires, le valproate de sodium (commercialisé comme Dépakine mais aussi en génériques) induit un risque élevé de malformations du fœtus s’il est pris par une femme enceinte. Depuis l’ouverture de l’enquête, en 2015, Sanofi se défausse en affirmant avoir prévenu des risques les autorités sanitaires.

Nouvelle voie pour les wagons anglais

La société privée Northern Rail va se voir retirer l’exploitation de plusieurs lignes dès le 1er mars. Le gouvernement britannique conservateur doit renationaliser une partie du rail dans le nord du pays. Il s’agit de la deuxième opération du genre en Angleterre. Vingt-cinq ans après une privatisation nationale, c’est une belle marche arrière pour nos voisins d’outre-Manche ! Retards et annulations en série sont à l’origine de cette annonce. Des soucis que la France tentera prochainement de résoudre par… la privatisation. Les premiers TER et Intercités privés arriveront dans les régions en 2022. Prémices de futurs déraillements ?


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