Les échos de la semaine

L'oeil de Politis sur l'actualité de la semaine en bref

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Russie : La guerre des prix du pétrole est lancée

Le Covid-19 a eu raison du cartel très lucratif qu’avaient constitué en 2017 la Russie et -l’Arabie saoudite. Depuis trois ans, les deux larrons s’entendaient pour imposer des quotas aux principaux exportateurs (Opep+), afin de maintenir le meilleur prix du baril. Malgré des intérêts souvent divergents – la Russie soutient l’ennemi juré de Riyad, l’Iran –, les deuxième et troisième producteurs mondiaux ont maintenu le pacte, destiné notamment à tailler des croupières aux producteurs de pétrole de schiste des États-Unis (premier mondial). Mais, avec l’épidémie de coronavirus, la Chine tourne au ralenti et la demande baisse. Pour garantir les prix, les Saoudiens voulaient baisser la production de l’Opep+. Mais, le 7 mars, Moscou a complètement changé de braquet : c’est niet ! La Russie veut profiter du contexte chaotique créé par le virus pour faire baisser les prix et mettre à genoux les producteurs états-uniens. Du coup, les Saoudiens ont dû l’imiter, et proposer des réductions de prix énormes. Le marché est inondé et le cours du baril est en chute libre.

Ce n’est pas vraiment une bonne nouvelle, car toute l’économie mondiale menace d’être gravement secouée. À commencer par certains pays instables et très dépendants des exportations, tels l’Algérie, l’Irak ou le Nigeria, où le budget de l’État est calibré sur le cours du baril. Une nouvelle démonstration de la toxicité, tant pour la planète que pour la paix, de la dépendance aux hydrocarbures.

Médias : Des têtes et des voix toujours très masculines

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a rendu public son rapport annuel consacré à la représentation des femmes à la télévision et à la radio, réalisé de concert avec l’Institut national de l’audiovisuel (INA). Il tient compte des présentatrices, journalistes, expertes, représentantes politiques et autres invitées. Pour 2019, le taux de présence des femmes est évalué à 41 %, en progression de 2 points sur une année. Si la situation est stable sur le petit écran depuis trois ans, c’est la radio qui enregistre la plus nette amélioration, passant de 37 à 40 % de femmes. Bilan en trompe-l’œil si l’on regarde de près le rapport. En effet, selon le CSA, malgré ce taux de présence de 41 %, le temps de parole des femmes s’élève à seulement 36 % (avec un avantage de 3 points pour la télévision par rapport à la radio). Pire même : un quart des chaînes et radios auscultées offrent moins de 25 % de temps de parole. La palme revient à la chaîne L’Équipe, qui n’accorde que 10 % de temps de parole aux femmes.

Algérie : Le régime harcèle les voix du Hirak

Les manifestations hebdomadaires se poursuivent en Algérie, mais les arrestations aussi. L’objectif n’est pas tant de condamner, mais de décourager. Une trentaine de personnes ont été placées en garde à vue le 7 mars, pour « attroupement non armé », dont Samir Benlarbi, militant de la société civile, et le journaliste Khaled Drareni, correspondant de l’ONG Reporters sans frontières, qui couvrait la manifestation. Ce dernier avait déjà été arrêté début janvier chez lui, et interrogé pendant 7 heures par la sécurité militaire. Il avait raconté après : « On m’a précisé que c’était le “dernier avertissement” et on m’a demandé de ne plus faire de “tweets subversifs” et de ne plus “induire en erreur l’opinion publique”, sous peine de poursuites judiciaires. »

Marche nocturne féministe réprimée

À la veille de la journée internationale pour les droits des femmes, des marches nocturnes étaient organisées dans plusieurs villes de France. À Paris, le cortège « pour un féminisme populaire antiraciste », en « mixité choisie » – sans hommes cisgenres –, s’est élancé depuis la place des Fêtes à 19 heures, à l’appel de collectifs militants. Un peu avant 23 heures, à République, arrivée de cette manifestation autorisée en préfecture, des femmes venues dénoncer les violences sexuelles et les féminicides ont été nassées par les forces de l’ordre puis violemment chargées. La préfecture a prétendu que « les manifestantes sont arrivées très tard par rapport à l’heure prévue et ont refusé de se disperser ».
À moins qu’elles en aient été empêchées ? La honte !

Afghanistan : La CPI va pouvoir enquêter

Les crimes contre l’humanité commis par les talibans, mais aussi les crimes de guerre des forces du gouvernement afghan, et ceux perpétrés par les forces états-uniennes – tortures, traitements cruels, violences sexuelles, viols, prisons secrètes de la CIA : la Cour pénale internationale (CPI) a enfin pu ouvrir une vaste enquête, après deux ans et demi de pressions de Washington pour l’éviter. Même si les États-Unis ne reconnaissent pas la CPI, qui ne pourra inculper ses ressortissants, l’enquête en elle-même révélera des informations accablantes. La procureure Fatou Bensouda est tenace, et elle a également prévu d’enquêter sur la guerre de 2014 à Gaza et sur la colonisation des territoires palestiniens. Le secrétaire d’État Mike Pompeo a qualifié la CPI d’« institution politique irresponsable se faisant passer pour un organisme juridique ». Et il a révoqué le visa de Fatou Besouda.

Barbarin archi-pénard

Relaxé en appel le 30 janvier dans son procès pour non-dénonciation d’actes pédophiles, Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, avait présenté sa démission au pape voilà près d’un an. Qui vient enfin de l’accepter. « Une bonne nouvelle pour l’Église catholique », a commenté François Devaux, président de La Parole libérée, l’association de victimes qui a permis ce procès et qui s’est pourvue en cassation.

Syrie : Erdogan sous les fourches caudines de Poutine

L’autocrate d’Ankara n’incite guère à la compassion. Mais la plupart des médias ont résolu au cours des derniers jours de voir en Erdogan le seul responsable de la tragédie des migrants jetés contre la frontière grecque (lire page 18). C’est oublier la responsabilité première de l’Union européenne qui a cyniquement négocié avec lui l’accord de 2016, payant le dirigeant turc pour qu’il retienne les refugiés sur son sol. C’est oublier que la Turquie accueille près de quatre millions de réfugiés. C’est oublier enfin que la pire tragédie humanitaire se joue un peu plus au sud, sous les bombes russo-syriennes qui poussent les habitants de la région d’Idlib vers la frontière turque. Après une contre-offensive éclair contre l’armée de Bachar Al-Assad, Erdogan a certes obtenu de Poutine un fragile cessez-le-feu. Mais il l’a obtenu au prix fort. L’ouverture d’un corridor le long de l’autoroute qui relie Alep à Lattaquié n’est un succès qu’en apparence. Des patrouilles conjointes turco-russes devraient en effet le « sécuriser ». Or, cette autoroute traverse des zones tenues par les rebelles, qui vont donc devoir abandonner leurs positions. Par ailleurs, Erdogan a dû concéder la reconnaissance de « la souveraineté de la Syrie » sur la province d’Idlib.


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