« Nous avons eu l’impression d’être des pestiférés »

Nouvelle série #lesdéconfinés sur Politis.fr. Le monde est en pause, mais eux continuent de s’activer. En ces temps d’épidémie, découvrez ceux qui ne sont pas confinés. Aujourd’hui, Julien, chauffeur routier, surnommé Pépito.

Vanina Delmas  • 24 mars 2020
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« Nous avons eu l’impression d’être des pestiférés »
© Photo d'illustration : DENIS CHARLET / AFP

Dès que le président a fait son allocution le samedi soir, je me suis dit : comment je vais faire lundi ? Comment vont faire les copains pour manger, se laver ? Je travaille dans une petite entreprise et nous avons la chance d’avoir un patron qui prend soin de ses chauffeurs. Tous les camions sont équipés de frigo, ce qui nous permet de stocker de la nourriture pour la semaine. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Et il reste toujours le problème de l’hygiène. On nous répète tous les jours qu’il faut se laver régulièrement et correctement les mains pour vaincre ce virus, mais comment faire sans accès aux sanitaires ?

Nous avons eu l’impression d’être des pestiférés toute la semaine. Dans certaines usines, par exemple chez PSA, ils ont mis une affichette signalant que la machine à café était interdite aux chauffeurs ! Cette photo a fait le tour de France. On m’a aussi rapporté le cas d’une aire d’autoroute où une affiche signalait que le ballon d’eau chaude était hors-service pour les douches, alors qu’il y avait de l’eau chaude aux lavabos.

#LesDéconfinés, une série de témoignages sur le travail et les nouvelles solidarités pendant le confinement. Nous cherchons des témoignages de personnes qui ne vivent pas leur confinement comme tout le monde. Si vous êtes obligés de sortir pour travailler ou si vous devez sortir pour créer de nouvelles solidarités (association, voisinage), racontez-nous votre expérience et envoyez-nous un mail
Je suis chauffeur routier depuis 21 ans, et à cette époque, il y avait une grande solidarité sur la route. Quand un gars avait un pneu crevé sur le bord de la route, quatre camions s’arrêtaient pour l’aider. Aujourd’hui, malheureusement, c’est fini. Mais avec les difficultés liées au coronavirus, on s’est aperçu que cette entraide persiste malgré tout dans les moments difficiles. Et le groupe Facebook que j’ai lancé Restos Routiers pendant le covid 19 et la carte participative en sont la preuve : au bout de cinq jours il y avait plus de 20 000 membres à se partager des bons plans : les restaurants qui font des plateaux-repas, ou les transporteurs (groupe Astre, Flo, Cordier…) qui nous ouvrent désormais leurs salles et leurs cuisines… Et ça, c’est assez inhabituel car le monde du transport est un peu fermé, on est tous concurrent. Des gros groupes qui comptent plusieurs transporteurs s’aident entre eux, mais que des concurrents ouvrent leur portail à d’autres, c’est très rare !

Nous avons appelé certains médias comme RTL, RMC ou France inter pour qu’ils nous aident à relayer notre message. Puis, des groupes comme Michelin avec leur site truckfly by Michelin qui nous donnent de temps en temps des adresses. Cette initiative a rapidement pris de l’ampleur et été relayée, et surtout elle sert à de nombreux chauffeurs.

D’après les ministres, les stations service devraient rouvrir les accès petit à petit. J’espère que ce ne sont pas juste des promesses, j’attends de voir. Je trouve tout de même aberrant qu’il ait fallu qu’on soit si nombreux à interpeller les médias pour que l’Etat prenne conscience de l’importance des routiers dans ce contexte. Le gouvernement appelle les Français à continuer de travailler, comment vont-ils faire sans les routiers ?

Santé Société
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