Les échos de la semaine

L'oeil de Politis sur l'actualité de la semaine en bref.

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Équateur : Les images d’une faillite d’État

Les images sordides ont fait le tour du monde : à Guayaquil, deuxième ville de l’Équateur, la plus peuplée et la plus touchée par le Covid-19, des dizaines de cadavres jonchant les rues, déposés par des habitants qui attendaient depuis des jours les services funéraires, submergés. Le pays est sous couvre-feu 15 heures par jour. Un confinement intenable. En début de semaine, le pays dénombrait officiellement 3 600 cas pour 190 décès. Ou 320 selon les sources… Toutes incertaines. L’Équateur serait le pays le plus touché du continent latino-américain.

Royaume-Uni : Le Labour se donne au centrisme

Virage au centre pour les travaillistes britanniques. Après la débâcle du 12 décembre, où Jeremy Corbyn a perdu son pari d’éjecter Boris Johnson, les militant·es du Labour ont préféré (et de loin : 56,2 % des voix) Keir Starmer à l’héritière de Corbyn, Rebecca Long-Bailey, pour diriger le parti. Europhile assumé, en charge du Brexit depuis 2016 dans le parti, il s’était opposé en interne à la ligne de Corbyn en réclamant – en vain – la demande d’un second référendum sur la sortie de l’Union européenne.

Ancien avocat spécialiste dans la défense des droits de l’homme, Starmer présente un profil bien plus consensuel que son prédécesseur, dont certaines positions étaient jugées trop radicales pour une partie de l’électorat travailliste. En pleine crise du coronavirus, Starmer a déclaré dès son discours d’investiture ne pas vouloir « être dans l’opposition juste pour être dans l’opposition ». Il y a vingt-six ans, le Labour s’était déjà choisi un leader charismatique mais très centriste, Tony Blair, qui a fini par soutenir la guerre de Bush en Irak, et trahir le cœur des combats travaillistes depuis un siècle…

Travail : FedEx à l’index

Mise en demeure le 3 avril par l’inspection du travail, la direction française de FedEx avait jusqu’au 6 avril pour fournir masques, gants et combinaisons jetables en nombre suffisant à ses employés. Lors d’une visite du site de Roissy, l’inspection du travail avait constaté des « manquements graves » dans les « dispositifs sanitaires », selon la CGT Intérim. Dès le 25 mars, le syndicat avait donné l’alerte après le décès d’un intérimaire de Manpower, et même qualifié le site de « cluster » : 19 salariés ont déjà été contaminés au Covid-19. Jugeant qu’il lui était impossible de fournir les protections dans le temps imparti, FedEx a déposé un recours. En conséquence, la mise en demeure n’a pas interrompu l’activité du site. Dans cette affaire, l’inspection du travail n’a pas été entravée par sa hiérarchie, contrairement à de nombreuses autres situations (lire notre article du 2 avril sur Politis.fr).

BCG contre Covid-19 : L’ignoble proposition d’un test en Afrique

Jean-Paul Mira, chef du service de réanimation à l’hôpital Cochin à Paris, avait cru bon d’annoncer le caractère « provocateur » de ses propos… Dans une séquence diffusée sur LCI le 1er avril, le médecin proposait à Camille Locht, directeur de recherche à l’Inserm, qui commentait les recherches sur les capacités protectrices du BCG contre le Covid-19, de « faire cette étude en Afrique, où il n’y a pas de masques, pas de traitement, pas de réanimation, un peu comme c’est fait d’ailleurs sur certaines études avec le sida, ou chez les prostituées ». Selon le médecin, les résultats de l’essai seraient plus probants parmi une population hautement exposée au virus, au contraire de l’Europe « ultra-protégée » ! Une proposition soutenue par le chercheur.

Relayé sur les réseaux sociaux, l’extrait a profondément choqué, et pour cause. « L’Afrique n’est pas un laboratoire », ont massivement twitté des internautes. SOS Racisme a dénoncé une « provocation toute coloniale » et un « mépris » pour les corps noirs. L’association a saisi le Conseil supérieur de l’audiovisuel. Le député ex-LREM des Français du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest M’jid El Guerrab a saisi la justice, considérant que les propos tenus sur LCI sont « à la fois injurieux et discriminatoires ». Même l’OMS, par la voix de Tedros Adhanom Ghebreyesus, a dénoncé des « propos racistes ».

Police : Un dangereux récidiviste à la préfecture

Jusqu’à quand le gouvernement couvrira-t-il les saillies méprisantes et insanes de son préfet de police de Paris ? Vendredi 3 avril, Didier Lallement, en uniforme, assurait un point de presse sur un contrôle routier pour dissuader les départs en vacances, et a cru bon de lancer, face caméra : « Ceux qui sont aujourd’hui hospitalisés, ceux qu’on trouve dans les réanimations, ce sont ceux qui, au début du confinement, ne l’ont pas respecté, c’est très simple, il y a une corrélation très simple. » Il aura échappé à cet esprit simple que des caissières, des pensionnaires d’Ehpad, des soignants et des policiers (pourtant sous ses ordres) figurent parmi les hospitalisés. Mais pour l’autoritaire fonctionnaire qui conçoit sa mission au service d’un « camp » et non de l’intérêt général, ceux qui sont malades ou, pire, morts, l’ont forcément bien cherché. Une erreur, plaide-t-il. S’il n’était récidiviste, on pourrait l’entendre.

La Corse, zone expérimentale ?

Le président de la collectivité de Corse, Gilles Simeoni (autonomiste), a demandé que l’île, qui fait face au Covid-19 dans une situation difficile vu la relative faiblesse de ses structures sanitaires, devienne une zone d’expérimentation pour la chloroquine. C’est aussi une manière intelligente, en pleine crise, d’inscrire la collectivité décentralisée sur des compétences en matière de santé publique qui, à l’heure actuelle, sont exclusivement celles de l’État. Comme une demande d’autonomie sanitaire…

Les pays émergents menacés

Vent de panique sur la finance mondiale. Les pays émergents ont enregistré une fuite des capitaux jamais égalée, qui a déjà contraint 85 pays à solliciter l’aide d’urgence du FMI, soit deux fois plus qu’en 2008. L’inquiétude est particulièrement forte pour les pays pétroliers, qui voient leurs recettes fondre en raison de la chute du cours du pétrole, accélérée par des tensions diplomatiques entre la Russie et l’Arabie saoudite. Les pays exportateurs (Opep) discuteront le 9 avril d’une baisse de production pour faire remonter les prix.

L’Europe se défile

C’est un échec qui laissera des traces. L’UE ne parvient pas à s’entendre pour une réponse coordonnée, permettant à ses membres les plus fragiles, notamment l’Italie, de bénéficier d’un emprunt commun sous forme d’« eurobonds » pour financer les mesures d’urgence. L’Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande et l’Autriche refusent ce geste de solidarité. Le 7 avril, aucun consensus n’émergeait au sein de l’Eurogroupe, hormis l’activation du mécanisme européen de stabilité et l’intervention de la Banque européenne d’investissement, ce que Rome juge insuffisant.

Pell acquitté, pape enjoué

Pendant ce temps-là, le cardinal George Pell, condamné en mars 2019 à six ans de prison pour des violences sexuelles sur deux ados dans la cathédrale de Melbourne, a été libéré, après avoir été acquitté en appel. Et le Vatican s’en est bruyamment félicité, en « saluant » ce verdict. Sans citer le nom de son ancien proche collaborateur, le pape a immédiatement appelé à prier pour ceux « qui souffrent pour un jugement injuste à cause de l’acharnement ».

Trump fait le coup de la drogue

Très critiqué pour sa gestion de la crise du coronavirus, Trump lance vers l’Amérique latine une opération de diversion antidrogue. Il offre 15 millions de dollars pour l’arrestation pour « narcoterrorisme » du président vénézuélien Maduro. À qui il demande ensuite, comme à Guaido, président autodéclaré, de renoncer au pouvoir afin de préparer une transition démocratique, solution mort-née venant de lui. Et Trump déploie désormais son aéronavale aux portes du Venezuela, « contre les corrompus » qui tentent d’exploiter la catastrophe sanitaire états-unienne pour augmenter le trafic de drogue.


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