Les échos de la semaine

L'oeil de Politis sur l'actualité de la semaine en bref.

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Assemblée nationale : Timide scission chez les macronistes

Depuis 2017, les député·es incarnant l’aile gauche de la majorité n’ont pas manqué de gronder. Ils ont en revanche été rares à mordre. On recense bien quelques départs au compte-gouttes, mais, cette fois, la fuite est plus massive : une quinzaine d’entre eux, dont le rapporteur de la loi sur l’assurance chômage et ancien socialiste Aurélien Taché, l’ex-« whip » de la commission des Finances Émilie Cariou ou encore Paula Forteza, une « villaniste », ont annoncé faire sécession et ont fondé mardi un neuvième groupe à l’Assemblée nationale. Avec la création d’« Écologie démocratie solidarité » – le nom dudit groupe –, LREM perd sa majorité absolue, d’une voix. Enfin, c’est relatif… « Nous ne serons ni dans la majorité, ni dans l’opposition », insistent les partants. Une nouvelle déclinaison du célèbre « et en même temps » ?

Proche-Orient : Pétition signée Netanyahou

Le lobby pro-israélien ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît… La preuve, cette pétition récemment publiée par Le Point, chef-d’œuvre d’hypocrisie. « Pas de paix sans le développement d’une culture de paix », écrivent les pétitionnaires, avant d’accuser la campagne BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions) d’« impacter négativement la dynamique israélo-palestinienne ». Mais quelle « dynamique » cette campagne, soudain promue au rang de cause première du conflit, a-t-elle « impactée » ? Il y a belle lurette que la colonisation a tué toute « dynamique » de paix. Préparé avec la complicité d’un « Conseil arabe pour l’intégration régionale », qui témoigne surtout de la réorientation des monarchies du Golfe et de la dictature égyptienne en faveur d’Israël, le texte porte la signature de Meyer Habib, considéré comme le représentant de Benyamin Netanyahou. Sans surprise, on trouve là nos habituels néoconservateurs palestinophobes, Manuel Valls et Pascal Bruckner, le lobbyiste Sylvain Maillard, la présidente du groupe d’amitié France-Israël à l’Assemblée nationale, Aurore Bergé, et, hélas, Daniel Cohn-Bendit. Mais qui donc a suggéré à Anne Hidalgo de signer un texte qui ne dit pas un mot du fait qu’Israël s’apprête, sous le parrainage de Trump, à annexer la vallée du Jourdain et les colonies israéliennes ?

Nouvelle condamnation de policiers

Après trois CRS à Marseille (cf. Politis n° 1603), c’est, cette fois, pour une grave agression physique à l’encontre d’un jeune de 16 ans dans les quartiers nord de la cité phocéenne que deux policiers viennent d’écoper chacun de quatre ans de prison – dont deux ferme. La peur pourrait-elle, enfin, changer de côté ?

Mobilisations : Gilets jaunes, l’ébauche d’un retour

Rien ne semble pouvoir dissoudre la contestation des gilets jaunes, qui a repris place dans les rues après avoir entretenu la flamme sur les réseaux sociaux pendant les deux mois du confinement. S’ils n’étaient que quelques centaines samedi 16 mai, ils affichaient notamment la volonté de converger avec les « blouses blanches » en colère. Une stratégie qui pourrait inquiéter le gouvernement, en perte de confiance auprès du personnel hospitalier. La police était mobilisée en nombre à Paris, Lyon, Nantes, Bordeaux, Alès ou Montpellier, pour contrôler et verbaliser les rassemblements de plus de dix personnes. À Toulouse, où les autorités redoutaient le principal regroupement, les gilets jaunes ne sont cependant sortis qu’en petit nombre, affrontant parfois verbalement des commerçant·es qui redoutent de nouveaux blocages alors que leurs boutiques viennent de rouvrir. Une manifestation devant un hôpital a été annulée, les syndicats SUD Santé et CGT CHU de Toulouse ayant finalement décliné, estimant qu’elle desservirait les personnels hospitaliers.

Allemagne : Le pêle-mêle du mouvement anti-restrictions

C’est une onde contestataire inattendue qui monte ces dernières semaines en Allemagne : des milliers de personnes dénoncent les restrictions adoptées pour contrer la pandémie, pourtant bien plus souples qu’en France. « Nous sommes le peuple », affirme ce mouvement populiste qui se dit « anti-dictature », parfois « anticapitaliste » voire « corona-sceptique ». On y trouve des militants anarchistes, de l’extrême gauche, mais surtout de l’extrême droite, frange qui entend relancer la contestation du pouvoir fédéral, comme en 2014 avec l’émergence du mouvement Pegida, opposé à la politique migratoire d’Angela Merkel.

Santé au travail : La mémoire sélective des députés LREM

Les députés marcheurs n’ont pas peur du ridicule. Trois ans après avoir voté la suppression des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail dans les entreprises, 158 d’entre eux signaient le 17 mai une tribune pétrie d’intentions salutaires pour une réforme de la santé au travail. Amnésie collective, changement spectaculaire de priorités ? En réalité, à lire leur texte entre les lignes, l’initiative remet sur la table un projet qui se préparait déjà avant la crise du coronavirus, notamment parce que la réforme des retraites va redéployer les missions de prévention. Voilà comment recycler sous le sceau du « monde d’après » l’agenda de la majorité. Concernant la prise en compte de la pénibilité, l’idée est par exemple d’aider les salariés à changer de métier, plutôt que d’indemniser ceux qui exercent des métiers pénibles.

Rwanda : L’argentier du génocide arrêté

Après vingt-six années de traque, le financier présumé du génocide rwandais a été arrêté, samedi 16 mai à l’aube, dans son appartement en région parisienne. Félicien Kabuga, âgé de 84 ans, était l’un des hommes les plus recherchés de la planète pour sa participation présumée au génocide qui a coûté la vie à 800 000 Tutsis au printemps 1994. Le richissime homme d’affaires est accusé d’avoir mis sa fortune au service de la tuerie, notamment en commandant des tonnes de machettes et en prenant la tête de la mortifère Radio des Mille Collines, qui, par les ondes, encourageait le massacre des Tutsis. Si les associations de victimes se félicitent de cette arrestation, certaines soupçonnent l’existence de protections en France – l’un des derniers pays alliés du régime hutu en 1994.

Drones : le préfet de Paris recadré

Le Conseil d’État a sommé le gouvernement d’encadrer l’utilisation des drones de surveillance dans la capitale. Depuis le 18 mars, le préfet de Paris avait en effet permis à ces engins volants munis de caméras de survoler les rues, pour alerter la police de la présence de contrevenants aux mesures sanitaires. C’est désormais illicite sans un texte réglementaire pris après avis de la Cnil, même s’il n’est pas contraignant.

Fariba Adelkhah condamnée

Arrêtée il y a un an, l’anthropologue franco-iranienne Fariba Adelkhah a été condamnée à cinq ans de prison en Iran pour « collusion en vue d’attenter à la sûreté nationale ». Sa grève de la faim, du 24 décembre 2019 à février dernier, les protestations des autorités françaises, les mobilisations du milieu universitaire : rien ne semble bousculer les plans du pouvoir iranien contre celles et ceux considéré·es comme des opposant·es.

L’Italie régularise

Ils pourraient être plus de 300 000. Le gouvernement italien a annoncé l’ouverture d’une procédure de régularisation « temporaire » (pour six mois) pour les travailleurs (saisonniers) dans l’agriculture, la pêche, l’aide à la personne ou le travail domestique, afin de « garantir la protection sanitaire individuelle et collective », mais aussi de « faire émerger les rapports de travail irréguliers ». Au bout des six mois, l’étranger avec un contrat de travail pourra obtenir un permis…

Cédric Herrou, relaxe méritée

« La solidarité n’est pas un délit et ne le sera jamais ! » s’est exclamé Cédric Herrou sur les réseaux sociaux, le 13 mai. Après de nombreux épisodes judiciaires, la cour d’appel de Lyon a fait preuve de bon sens en le relaxant enfin de « toutes les poursuites » à son encontre. L’agriculteur militant de la vallée de la Roya était notamment poursuivi pour avoir favorisé l’« entrée illégale » de migrants à la frontière franco-italienne.

Bolsonaro, tête encore plus baissée

Peu importe au président brésilien d’extrême droite la démission de son ministre de la Santé, après moins d’un mois d’exercice, pour « incompatibilité ». « Tout le monde doit être en phase avec moi », affirme celui qui hèle ses fans au mépris des normes sanitaires, critique le confinement adopté par les États et prône le traitement à la chloroquine. Avec 241 000 cas recensés et 16 100 décès (le 18 mai), le pays est encore loin du pic.


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