Les échos de la semaine

L'oeil de Politis sur l'actualité de la semaine en bref.

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Solidarité : Preuves d’humanité à l’honneur

À la frontière italienne, les preuves de solidarité envers les migrants répondent aux pratiques honteuses envers eux depuis des années. Souvent, c’est le non-accueil et la répression des solidaires qui gagne. Pas cette fois. Le Conseil d’État a confirmé que l’autorité administrative porte « une atteinte grave et manifestement illégale au droit d’asile, qui constitue une liberté fondamentale » lorsqu’elle refoule des personnes migrantes à la frontière. Ce fut le cas, en mai dernier, d’une femme et de son fils de 5 ans malade. Une victoire de fond pour les militants qui observent quotidiennement les agissements des autorités, dont Martine Landry (photo). Cette militante d’Amnesty International de 76 ans était poursuivie depuis deux ans pour délit de solidarité. Mais la veille de son audience en appel, le parquet d’Aix-en-provence s’est désisté, engendrant de fait la relaxe de cette militante, qui avait aidé deux mineurs à atteindre le poste de la police aux frontières à Menton.

Cédric Herrou a lui aussi été relaxé face à Éric Ciotti, qui poursuivait pour injure et diffamation. L’agriculteur solidaire avait réagi sur les réseaux sociaux aux propos du député LR qui appelait à renvoyer en Libye les bateaux de secours aux migrants en Méditerranée : « J’ai trouvé le plus gros porc français pour accueillir tout le misérabilisme du monde !! @ ECiotti champion du monde !!! » Trois signaux encourageants qui ne doivent pas laisser penser que tout est gagné. Les refoulements illégaux vers l’Italie risquent de perdurer, et les exilés arrivant à Vintimille sont livrés à eux-mêmes dans des conditions sanitaires indignes…

Ségur de la santé : L’hôpital crie au « hold-up »

Et le Ségur pour l’envolée lyrique la plus déconnectée est attribué à… Jean Castex pour « effort historique » et « pacte renouvelé entre la nation et ses soignants ». Magistral ! Dans la vraie vie, la signature des accords du Ségur de la santé a remis les hospitaliers dans la rue. Représentés par une quinzaine d’organisations, ils dénoncent un « hold-up ». Non seulement les 7,5 milliards pour la revalorisation des salaires comblent à peine le retard pris depuis des années en la matière, mais les créations d’emploi sont insuffisantes (15 000 au lieu des 100 000 réclamés), rien n’est proposé sur l’attractivité de l’hôpital, les gardes, la permanence de soins, la valorisation du temps additionnel. Pas de moratoire annoncé et des hôpitaux continuent d’être fermés. Et dire qu’Olivier Véran a frôlé le prix du meilleur premier rôle. La salle crie « remboursez ».

Écologie : Petite et grandes victoires

De la forêt de Chambaran (Isère) au bois Lejuc (Meuse), le même petit frisson de joie a parcouru les militants. D’abord ceux luttant depuis plus de dix ans contre la construction d’un Center Parcs au cœur du domaine forestier isérois. Après un revers juridique en 2019, le groupe Pierre & Vacances a annoncé le 8 juillet l’abandon de son projet. Les mille cottages, les commerces, les restaurants, l’espace aquatique, sous forme de bulle transparente à 29 °C, ne verront pas le jour grâce à la détermination des défenseurs de la nature qui ont multiplié les recours en justice, et occupé le site de Roybon depuis 2014. Cependant, un Center Parcs devrait ouvrir dès 2022 dans le Lot-et-Garonne, et trois autres font l’objet de luttes locales dans le Jura, l’Eure et en Saône-et-Loire.

En Lorraine, ce sont les opposants au projet Cigéo d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure qui respirent un peu. Une enquête de Reporterre et Mediapart montre comment le procureur de la République de Bar-le-Duc a outrepassé la loi pour mettre en place une surveillance massive basée sur des contrôles d’identité sans motif préalable. Mais un jugement de la cour d’appel de Nancy rendu le 11 juin a estimé que ces contrôles quasi permanents des habitants portent atteinte aux « libertés individuelles ».

Violences policières : Adama Traoré : l’enquête s’étoffe

L’enquête sur la mort d’Adama Traoré accélère et prend désormais le chemin de la Belgique. Après l’audition de l’homme chez qui Adama Traoré était venu se réfugier – une première devant les juges d’instruction, après quatre ans d’enquête –, la justice fait appel à quatre spécialistes belges pour une énième expertise. En parallèle, la justice doit également « rechercher de nouveaux témoins », selon l’AFP, « après qu’une femme entendue par les juges, qui avait assisté à la première interpellation du jeune homme noir, a laissé penser qu’il existerait d’autres -personnes qui auraient pu assister à cette première arrestation ». Les mobilisations et les révélations se poursuivent. Alors qu’une marche de commémoration doit se tenir ce samedi 18 juillet à Beaumont-sur-Oise, L’Obs a publié le 13 juillet les échanges entre les unités de gendarmes et le centre des opérations le jour de l’interpellation tragique, qui révèlent qu’Adama Traoré aurait été trouvé en bonne santé par les gendarmes, avant de se plaindre de problèmes respiratoires lors de son arrestation. Et pointent un peu plus les zones d’ombre.

Mali : Le pouvoir contesté

Le pouvoir d’Ibrahim Boubacar Keïta vacille, et cette fois ce n’est pas la menace jihadiste qui le fragilise. Le Mouvement du 5-Juin, une coalition hétéroclite de leaders religieux et de personnalités du monde politique et de la société civile qui s’est agglomérée autour de l’imam Dicko, a fait descendre des milliers de personnes dans la rue à trois reprises depuis juin. Au moins 11 sont mortes lors d’affrontements avec la police. La contestation vise un pouvoir incapable de faire face à la dégradation de la sécurité, au marasme économique et à la corruption. « IBK » a fait des concessions, mais aussi arrêté des opposants, risquant de plonger le pays dans le chaos.

Palestine : Israël s’attaque aux cartes

Le géographe palestinien Khalil Tafakji a été interpellé le 8 juillet par les forces israéliennes et interrogé pendant plusieurs heures, avant d’être relâché. Nous avions rencontré cet homme charmant en janvier, lorsqu’il avait réussi à venir à Paris pour présenter son livre, 31° Nord, 35° Est. Chroniques géographiques de la colonisation israélienne (La Découverte. Lire Politis n° 1590 du 12 février 2020). Directeur de la Société d’études arabes à Jérusalem-Est, expert auprès de l’Autorité palestinienne lors des négociations avec Israël, il nous avait raconté avec passion son travail de cartographe, observant, depuis près de quarante ans, l’extension de l’occupation coloniale israélienne, mètre par mètre. Sa brève arrestation aura surtout permis aux Israéliens de confisquer ses ordinateurs et de saccager ses documents qui démontrent ce qu’il appelle « le fait accompli israélien ».

Coronavirus : Tous masqués

Après après avoir longtemps hésité, ce qui semble être devenu une habitude en matière sanitaire, Emmanuel Macron a finalement annoncé, le 14 juillet, vouloir rendre le masque obligatoire dans tous les lieux clos… à compter du 1er août. Ce n’est pas comme s’il y avait le feu au lac alors que des indicateurs font craindre une reprise épidémique et que des professionnels de santé et des victimes du coronavirus ont saisi en urgence le Conseil d’État le 13 juillet pour imposer cette mesure, considérée comme efficace contre le Covid.

Stop Amazon

Ce sont plusieurs centaines de personnes qui ont manifesté, samedi 11 juillet, devant les locaux de la communauté de communes du pays de Barr, dans le Bas-Rhin, pour s’élever contre le projet d’ouverture d’un entrepôt Amazon sur des terrains intercommunaux à Dambach-la-Ville. La manifestation entendait dénoncer la destruction d’emplois et de terres, et la perspective d’une augmentation du trafic.

L’État sous astreinte

Le Conseil d’État a tranché : le gouvernement a six mois pour réduire la pollution de l’air, sous peine d’une astreinte record de 10 millions d’euros par semestre de retard. Motivation de cette décision historique : « La gravité des conséquences en termes de santé publique » et « l’urgence qui en découle ». La juridiction avait déjà enjoint l’État à agir en 2017, mais constate que rien n’a été fait.


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