Les échos de la semaine

L'oeil de Politis sur l'actualité de la semaine en bref.

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Les Autochtones du Brésil dénoncent leur abandon par le gouvernement

Des membres du groupe autochtone Kayapo bloquent une autoroute dans la banlieue de Novo Progresso dans l’État de Para, au Brésil, le 20 août. Ils maintiennent cet axe routier fermé depuis le 17 août pour exiger davantage d’aide des autorités brésiliennes contre le coronavirus. Ils protestent également contre les activités minières illégales dans leurs communautés et la déforestation de la forêt amazonienne.

Mali : IBK renversé par la rue et l’armée

Un coup d’État militaire est rarement une bonne nouvelle, et pourtant le putsch qui a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta le 18 août semble avoir soulagé l’immense majorité des Maliens. Personne ne s’est opposé aux militaires, tant le chef de l’État, élu depuis 2013, était contesté depuis les législatives de mars-avril. L’armée est intervenue alors que le Mouvement du 5 juin Rassemblement des forces patriotiques, large arc fédérant les oppositions, a montré depuis des mois sa maturité et sa résolution à mettre fin au règne d’IBK. Dont le bilan est catastrophique : malgré l’aide française et onusienne, son armée n’est jamais venue à bout des jihadistes qui s’imposent au nord du pays et gagnent du terrain dans tout le Sahel ; l’économie est toujours dominée par l’immense pauvreté de la population, tandis que la corruption gangrène tous les rouages de la société. Les militaires, qui ont aussi agi pour leurs propres intérêts, ont promis de rendre le pouvoir aux civils au terme d’une période de transition dont la durée est toujours en négociation. Les pays voisins notamment, après avoir commencé par réclamer le rétablissement d’IBK et imposé des sanctions au Mali, font pression pour qu’elle soit la plus courte possible. Les chefs d’État craignent que la révolte des peuples et des armées ne fassent des émules dans leur propre pays. L’annonce par l’Ivoirien Alassane Ouattara (78 ans) qu’il briguerait finalement un troisième mandat en octobre a provoqué des manifestations parfois très violentes un peu partout dans le pays, causant 6 morts et 173 blessés.

La relance attendra

Le 22 août, à trois jours de la date prévue, le gouvernement a décidé de reporter d’une semaine l’annonce de son plan de relance de l’économie. Pourtant, selon son porte-parole, ce plan de 100 milliards d’euros « est prêt ». Pourquoi donc attendre ? Pour mieux concentrer la communication de l’exécutif sur la situation sanitaire et l’organisation de la rentrée scolaire. La crise économique est priée de patienter.

Insecticides : Le retour des néonicotinoïdes

En plein cœur de l’été, le ministre de l’Agriculture a ravivé la colère des antipesticides et des écologistes. Sous couvert de plan de soutien à la filière de la betterave sucrière, touchée par le virus de la jaunisse, Julien Denormandie a annoncé l’octroi de dérogations pour utiliser des néonicotinoïdes en 2021. Ces insecticides détruisant le système nerveux central des insectes, comme les abeilles, ont été interdits dans le cadre de la loi sur la biodiversité en 2016… portée notamment par Barbara Pompili, actuelle ministre de l’Écologie ! 18 ONG demandent explicitement au gouvernement de revenir sur cette décision et une pétition a déjà récolté 120 000 signatures citoyennes. Pour la Confédération paysanne, les alternatives existent mais « nécessitent de repenser les modes de production en plaçant les cultures dans un écosystème comportant des ravageurs mais aussi des alliés. La santé des plantes ne peut être pensée de façon isolée ».

Liban : L’explosion de Beyrouth aggrave la crise

La terrible explosion qui a ravagé le port de Beyrouth et une partie de la ville, le 4 août, n’a pas seulement aggravé la crise économique et sociale dans un pays qui compte 55 % de pauvres, elle a aussi accentué la crise politique. L’explosion, qui a fait 181 morts, 6 500 blessés et 300 000 sans-abri, a mis en évidence l’incompétence et la corruption de responsables politiques qui étaient déjà la cible de vastes manifestations depuis le mois d’octobre dernier. Ils sont accusés par la population d’avoir, par négligence, laissé sans protection 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium, une substance connue pour être hautement explosive. Des stocks déchargés en 2014 par un mystérieux cargo russe battant pavillon moldave.

Plusieurs responsables des douanes et une ingénieure chargée de l’entretien du hangar 12, où a eu lieu l’explosion, ont été mis en cause par la justice, mais le président libanais, Michel Aoun, s’oppose à toute enquête internationale, protégeant ainsi les plus hauts responsables. La caractéristique de l’actuelle mobilisation est de transcender sur des bases sociales les clivages communautaires dans un pays organisé en système multiconfessionnel depuis 1926. Même le Hezbollah, à la fois parti politique et milice puissamment armée par l’Iran, est la cible des critiques jusque dans la communauté chiite. Le Hezbollah, dont l’influence est considérable dans le pays, s’est sinistrement illustré ces dernières années par son soutien au régime syrien de Bachar al-Assad. Et, depuis des années, les aides internationales sont partagées par les responsables communautaires dans un vaste système de corruption.

Médias : Virus muté, info azimutée

En ces temps incertains, les médias sont avides de bonnes nouvelles. C’est le cas des Échos, qui se sont fait le relais, le 20 août, d’une étude portant sur une mutation du Sars-Cov-2 rendant celui-ci « à la fois plus contagieux et moins dangereux ». Une information reprise telle quelle par de nombreux confrères, dont la matinale de France Culture et le 20 heures de TF1. L’étude, parue dans la prestigieuse revue Cell début juillet (mais en prépublication depuis avril !), existe bien mais ne dit pas du tout ce qu’en a retenu le quotidien économique.

La mutation « D614G » a probablement rendu le virus plus contagieux grâce à un changement dans la protéine de surface responsable de l’infection des cellules humaines, mais en aucun cas « moins dangereux ». Pour le savoir, les journalistes auraient pu s’aviser que cette souche est à l’œuvre depuis février et qu’il s’agit donc… de celle qui a tué 200 000 personnes en Europe au printemps !

Pollution de l’eau en Bretagne

Les habitants d’une cinquantaine de communes du Finistère ont été privés d’eau potable pendant plusieurs jours à cause de la pollution à l’ammoniaque de l’Aulne. Une défaillance sur l’une des cuves de la centrale de biométhanisation de Châteaulin a engendré le déversement de 400 m3 de digestat – les résidus de méthanisation de matières, organiques naturelles – jusque dans le fleuve côtier. La Fédération Bretagne nature environnement dénonce le développement de la méthanisation industrielle dans cette région fortement impactée par l’agriculture intensive, ainsi que le manque de contrôle de ces installations.

Drogues : La France continue dans l’absurde tout-répressif

Et un échelon répressif de plus ! La consommation de tout stupéfiant illicite est, à compter du 1er septembre, sanctionnée d’une amende forfaitaire de 200 euros, avec inscription directe au casier judiciaire, alors qu’une condamnation était nécessaire jusqu’ici. Ce qui est de fait une déjudiciarisation du traitement pénal des usagers de drogues (et rend très précaire l’existence de ceux des usagers dont les métiers exigent un casier vierge). Pire, cette nouvelle sanction constituera une première réponse pénale, ouvrant la voie à des condamnations plus sévères dès la deuxième interpellation, désormais considérée comme une récidive aggravée. Encore une fois, la France, la première dans l’UE en nombre d’usagers de -drogues, s’enferre dans le tout-répressif. À l’encontre du bon sens, de toutes les études et de la voie de la légalisation déjà empruntée par de nombreux pays.

Presse : « La Marseillaise » en sursis

Voilà des années que le quotidien connaît des difficultés financières. Le Covid-19 a enfoncé le dernier clou. Perte des annonces légales, chute des ventes en kiosque et des ressources dans la régie publicitaire. La Marseillaise, fondée en 1943, distribuée dans les Bouches-du-Rhône, le Var, l’Hérault et le Gard, a été placée en liquidation judiciaire le 13 juillet. Dans un premier temps, La Provence (principal concurrent, et dont l’actionnaire majoritaire est Bernard Tapie) s’est avancée pour une reprise, avant que le titre ne se rétracte après le refus net des salariés, qui entendent maintenir la totalité des emplois (soit une cinquantaine) et la ligne éditoriale, clairement à gauche. Aujourd’hui, seul le groupe Maritima, financé par la mairie communiste de Martigues, se porte repreneur. Rendez-vous le 22 septembre au tribunal de commerce de Marseille.

Steve Bannon : La chute du héros américain du RN

L’idéologue de l’alt-right et ex-conseiller de Donald Trump, Steve Bannon, que Marine Le Pen avait reçu en grande pompe au congrès de son parti en 2018, était aussi un escroc. Il a été arrêté le 20 août à New York et inculpé pour détournement de fonds versés via un site de financement participatif censé contribuer à « la construction du mur » promis par Trump à la frontière États-Unis-Mexique. La procureure fédérale de Manhattan l’accuse d’avoir, avec trois autres responsables de ce site, « détourné de l’argent de centaines de milliers de donateurs ». Il aurait notamment utilisé des « centaines de milliers de dollars » pour couvrir « des dépenses personnelles ». Libéré contre une caution de 5 millions de dollars, il devra répondre de deux chefs d’accusation, pour fraude et blanchiment d’argent, et risque la prison. Le 20 mai 2019, alors que Bannon était à Paris, Marine Le Pen reconnaissait sur France Info l’avoir sollicité, parce que c’est « un ancien financier », pour trouver « une banque européenne qui accepterait de [lui] faire un prêt ». « Aux États-Unis, ajoutait-elle, ils ont toute une série de méthodes de levée de fonds pour pouvoir se financer […] par l’intermédiaire des réseaux sociaux, qui, je crois, peuvent nous apprendre un certain nombre de choses. » On voit aujourd’hui ce qu’il en est.

Parfum de poison autour de Navalny

Alexeï Navalny présente bien « des traces d’empoisonnement » après le malaise dont il a été victime le jeudi 20 août. Le diagnostic des médecins de l’hôpital berlinois dans lequel l’opposant russe a finalement été transféré le 22 août tranche avec celui des médecins russes, selon lesquels aucune trace de poison n’avait été retrouvée dans l’organisme du malade. Si les jours de l’avocat de 44 ans ne seraient pas en danger, celui-ci est toujours dans le coma, et des séquelles à long terme, « en particulier dans le domaine du système nerveux, ne peuvent être exclues à ce stade ».

Libye : Un espoir d’apaisement

Les chefs des deux autorités rivales, le Gouvernement d’union nationale (GNA) basé à Tripoli et le Parlement exilé à Tobrouk, ont annoncé le 21 août un cessez-le-feu ainsi que l’organisation prochaine d’élections. Des deux communiqués distincts ressort une convergence : la nécessité de reprendre les exportations de pétrole, bloquées depuis janvier. La démilitarisation de la ville de Syrte, contrôlée par les troupes du maréchal Haftar et stratégique dans le domaine pétrolier, reste néanmoins en suspens. Ce dernier, opposé au GNA, dénonce dans cet accord « un coup médiatique » orchestré par la Turquie, soutien de Tripoli.

Ô revoir

France Ô tire le rideau. Malgré la promesse du candidat Macron de maintenir la chaîne ultramarine créée en 2005, ce canal de France Télévisions a cessé d’émettre le dimanche 23 août, en raison de faibles audiences : 0,6 % en 2017. La cinquantaine de salariés de la chaîne doivent être reclassés au sein de France Télévisions et la visibilité des outre-mer devrait être renforcée sur les autres chaînes du groupe public.

LCI à droite dans ses bottes

Nouvelle case d’informations et de débats sur la chaîne LCI, en quotidienne, de 10 heures à 12 heures. Une case animée par le lyrique droitier Éric Brunet, longtemps présent sur les ondes et les antennes du groupe NextRadioTV (BFM et RMC). La chaîne du groupe TF1 s’inscrit ainsi frontalement, à la même heure, contre le programme de CNews de Pascal Praud. Quel match !

Mission d’inspection sur le suicide en prison

« Nous en sommes cette année à 82 suicides en prison, 82 suicides de trop. » Tels sont les propos d’Éric Dupond-Moretti, ministre de la Justice, le 21 août, faisant référence à un détenu qui a mis fin à ses jours aux Baumettes, au début du mois. Et d’annoncer dans la foulée une mission d’inspection pour renforcer la prévention du suicide en prison. Il était temps. Chaque année, on recense plus d’une centaine de suicides dans les geôles françaises. Le chantier est vaste.


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