Les échos de la semaine

L'oeil de Politis sur l'actualité de la semaine en bref.

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Ultralibéralisme : Au tour du social d’être privatisé

Le gouvernement vient de mettre discrètement sur orbite un ovni financier et juridique redouté par tout un pan du monde associatif. Le « contrat à impact social », forme de partenariat public-privé des politiques sociales ou environnementales, d’une mécanique complexe, répond à un principe d’une cruelle simplicité : un « investisseur » – en l’occurrence une banque, une fondation ou un fonds d’investissement – avance l’argent dont une association a besoin pour conduire un programme. Si les objectifs chiffrés fixés par la puissance publique au démarrage du projet sont atteints, l’« investisseur » est remboursé par des deniers publics, avec des intérêts qui peuvent s’avérer généreux (jusqu’à 13 %). Armé de ses « indicateurs de performance », le secteur privé parvient ainsi à s’immiscer entre la puissance publique et les acteurs de terrain.

« Du point de vue de l’intérêt général, c’est une escroquerie, dénonce Jean-Claude Boual, du Collectif des associations citoyennes. Cela permet de faire payer aux autorités publiques des opérations financières dans le domaine du social. »

Ce type de contrat, importé du Royaume-Uni et expérimenté en France à cinq reprises depuis 2016, a été (re)lancé le 23 septembre dans une version simplifiée. Le premier appel à projets, ouvert aux candidatures jusqu’au 23 décembre par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), vise à améliorer le réemploi et la lutte contre le gaspillage. L’aide aux sans-abri et l’inclusion par l’emploi devraient figurer au menu des prochains appels à projets, crédités de 10 millions d’euros chacun.

Et la liste est longue des dérives potentielles induites par ce montage : prime aux plus grosses structures, éviction des publics les plus en difficulté pour atteindre les objectifs, exploitation du travail bénévole dans le but de s’assurer une rente financière… Une nouvelle offensive libérale qui s’inscrit dans un contexte de baisse continue des soutiens publics pour le monde associatif.

Lire > Les partenariats public-privé s’attaquent à l’action sociale

États-Unis : Malaise fiscal pour Trump

Trois longs tweets incendiaires, et une ligne de défense résumée à deux mots : « fake news ». Depuis la parution dimanche 27 septembre d’un article explosif du New York Times sur ses impôts, Donald Trump nie en bloc. Premières révélations d’une longue série : le président américain n’aurait payé que 750 dollars – un peu moins de 650 euros – pour l’année 2016. Une clémence fiscale difficilement justifiable pour un milliardaire, mais qui s’expliquerait légalement par d’importantes pertes financières.

Le quotidien décrit ainsi les échecs colossaux que le groupe Trump a essuyés au cours des deux dernières décennies, notamment par l’achat infructueux de golfs ou d’hôtels. S’ajoute à ces révélations celle d’un cumul de dettes importantes, qui écorne un peu plus l’image de businessman virtuose qu’entretient Trump. À quelques semaines de la présidentielle du 3 novembre, sa « success story » – le premier argument de campagne du Président – est sérieusement mise à mal.

Attentat : L’extrême droite s’embourbe

Les charognards sont de sortie. Le sang des deux journalistes de Premières Lignes n’avait pas encore séché sur le trottoir du XIe arrondissement de Paris que l’extrême droite fustigeait déjà « l’immigration », rendue responsable de l’attentat perpétré le 25 septembre devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, le suspect arrêté étant pakistanais. La suspicion d’implication d’un autre homme, algérien, a fini de convaincre toute la fachosphère. Manque de bol, ce deuxième personnage, arrivé il y a une dizaine d’années sur le territoire français, a en fait… tenté de s’interposer et de rattraper l’assaillant, au péril de sa vie. L’argumentaire devient du coup plus difficile à tenir. « OK, celui-là est un héros mais l’autre est bien pakistanais », s’embourbe l’extrême droite. On ne peut que s’incliner devant une telle profondeur d’analyse.

Cannabis : Droite « laxiste »

Il y a quinze jours, le maire (LR) de Reims, Arnaud Robinet, proposait d’ « expérimenter dans sa ville » la légalisation du cannabis, pour « anéantir le trafic et ruiner les trafiquants ». Le promoteur champenois de cette mesure, déjà mise en œuvre dans de nombreux pays, a été rejoint par ses deux collègues, de droite également, de Châteauroux (Gil Avérous) et de Charleville-Mézières (Boris Ravignon). Dans le JDD du 27 septembre, les trois édiles soulignent combien « la prohibition du cannabis “à la française” est un échec [car], en réalité, le laxisme, c’est maintenant que nous l’avons : avec la législation la plus répressive d’Europe, les Français sont pourtant les plus gros consommateurs ». Des prises de position intéressantes puisqu’en France quasi toutes les décisions « progressistes » sur les drogues ont été adoptées par la droite, le PS craignant toujours de passer pour « laxiste »…

Justice : Zemmour récidiviste

Déjà condamné en 2011 et 2019 pour provocation à la haine, Éric Zemmour a de nouveau été déclaré coupable de ce délit le 25 septembre. Le tribunal de Paris, qui jugeait ses propos tenus en ouverture d’une « convention de la droite » le 28 septembre 2019, y a ajouté le délit d’injure et l’a condamné à 10 000 euros d’amende et des frais de publication du jugement sur les sites de LCI et CNews, ainsi que dans les quotidiens Le Monde, Le Figaro et Libération.

Notons que ce récidiviste n’a pas été condamné pour ses « propos anti-islam » (dixit Le Parisien) ou « une violente diatribe sur l’islam » (20 Minutes), ce qui sous-entendrait qu’il a été condamné pour « blasphème », comme l’affirme un chroniqueur de Valeurs actuelles.

Le tribunal a en effet considéré « qu’en distinguant parmi les Français l’ensemble des musulmans opposés aux “Français de souche” et en les désignant, ainsi que les immigrés musulmans vivant en France, non seulement comme des criminels auteurs des attentats de 2015, mais comme d’anciens colonisés devenus colonisateurs », les propos poursuivis « constituent une exhortation, tantôt implicite tantôt explicite, à la discrimination et à la haine à l’égard de la communauté musulmane et de sa religion ».

Élections : Le Sénat un peu plus vert

Pour qui connaît le scrutin des élections sénatoriales, l’annonce n’a rien d’une surprise. Dimanche 27 septembre au soir, son électorat restreint (issu essentiellement des conseils municipaux) a réaffirmé l’hégémonie de la droite sur la chambre haute du Parlement. Mais il a aussi offert aux écologistes la possibilité de reformer un groupe. Pour EELV, cette mince victoire est la suite d’une série commencée en 2019 : européennes, municipales… Départementales et régionales en 2021 ? Ils l’espèrent. Mais s’ils ont atteint le nombre critique pour former un groupe au Sénat (10 élus), les Verts s’affichent en cohérence avec leur ambition de rassembler un « arc écologiste ». Le premier sénateur nationaliste corse, Paulu Santu Parigi, et Sophie Taillé-Polian, de Génération·s, devraient être de la partie.

Notre-Dame-des-Landes à Sciences Po

Le fiasco pour l’État du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes était un cas d’école : il est désormais enseigné à Sciences Po Paris. Ancienne préfète de la Loire-Atlantique en charge de l’évacuation de la ZAD, Nicole Klein racontera elle-même la débâcle. Pour les futur·es haut·es fonctionnaires qui suivent son cours, ce sera l’occasion unique d’apprendre d’un « cas concret et vécu », promet-elle. La leçon sera-t-elle retenue ?

Vainqueur par l’abstention

Les Républicains ont gagné un député dans la 11e circonscription des Yvelines, le 27 septembre : Philippe Benassaya, élu avec 57,6 % mais 84 % d’abstention, face à Sandrine Grandgambe (Génération·s-EELV). En 2017, Nadia Hai (LREM) y avait battu Benoît Hamon mais, nommée ministre déléguée à la Ville, elle avait démissionné de son mandat pour empêcher de siéger son suppléant, mis en examen pour… trafic de stupéfiants.

La BNP condamnée

La filière crédit de la BNP Paribas a été condamnée par la cour d’appel de Paris pour « pratique commerciale trompeuse » et « recel ». Derrière ces termes, ce sont les prêts dits « toxiques » – à taux variable et libellés sur le franc suisse – qui sont mis en cause par la cour. Pour dédommager les 2 532 particuliers lésés, la BNP devra verser 127 millions d’euros ; une somme pourtant moindre qu’en première instance.

Les postiers encore sous pression

Pour prolonger la baisse de ses effectifs (-30 000 depuis 2015) face à la pandémie qui a fait diminuer le volume de courrier, la Poste veut déployer une nouvelle réorganisation intensifiant les cadences de travail. Un projet rejeté en comité technique national par l’ensemble des syndicats, qui préparent une mobilisation et dénoncent « l’extrême tension » régnant dans la branche courrier.

L’outre-mer contre le mépris

À l’appel du Conseil représentatif des Français d’outre-mer, une centaine de manifestant·es se sont réuni·es place de la Nation à Paris, le 26 septembre. Les revendications étaient multiples : le chômage endémique, les inégalités sociales, mais aussi l’absence de visibilité politique et médiatique de l’outre-mer. Des gilets jaunes se sont joints à la mobilisation.


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