Les menaces de la mer contre les côtes françaises se multiplient

L’indemnisation des sinistrés de l’immeuble Signal, victimes du réchauffement en Gironde, restera une exception.

Claude-Marie Vadrot  • 18 novembre 2020
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Les menaces de la mer contre les côtes françaises se multiplient
© Photo : Immeuble « Signal » en 2018 (Nicolas TUCAT / AFP)

Au moment où une nouvelle tempête et les vagues s’abattaient sur les falaises de la Normandie, les copropriétaires de l’immeuble Signal, érigé sur la côte du département de la Gironde, à Soulac-sur-Mer, ont enfin appris comment ils allaient être indemnisés pour avoir été contraints de le quitter définitivement – un protocole d’indemnisation a été signé le 2 novembre. Le Signal est un immeuble que ses 75 familles copropriétaires ont dû abandonner il y a six ans parce qu’il menaçait (et menace toujours) de s’effondrer dans la mer qui s’approche, lentement mais sûrement, de la haute dune-falaise sur laquelle il a été construit. Celle-ci est grignotée par les vagues ordinaires et les tempêtes. Cette résidence a été construite en 1967 à 250 mètres du trait de côte et de la plus haute marée. Mais, en dépit d’une nouvelle digue, de rochers de protection, de travaux divers et d’apports de sable, les vagues sont désormais parvenues à une vingtaine de mètres de l’édifice.

Comme l’immeuble menace de s’effondrer dans la mer, la préfecture a pris, en 2014, « un arrêté de péril » et tous ses habitants ont dû abandonner leur vue imprenable sur l’Atlantique. Unique victoire pour les anciens habitants du Signal : ils recevront de l’État une indemnité équivalente à 70% de sa valeur d’origine en cédant chacun leur propriété à la commune de Soulac pour un euro symbolique. Mais les autorités préfectorales et l’État ont précisé que ce dénouement était exceptionnel, qu’il ne ferait pas jurisprudence et qu’il n’est survenu, après un refus du Conseil d’État en 2018, que parce que les députés ont voté une subvention de 7 millions d’euros pour clore ce dossier.

Les maires et leurs administrés s’inquiètent

Les maires dont les territoires sont menacés par la mer découvrent peu à peu, et avec plus en plus d’inquiétude à chaque tempête ou simplement quand les coefficients de marée sont exceptionnels, qu’il n’existe aucun remède légal à ce danger couru par leurs communes. Car il n’existe aucune loi ayant anticipé le grignotage des côtes françaises, que l’érosion entraîne des effondrements de routes littorales, des affaissements de maisons ou l’envahissement d’anciennes zones humides, autrefois ou récemment asséchées. Un quart du littoral français doit faire face à l’une de ces menaces puisque 700.000 hectares du territoire se trouvent en dessous du niveau de la mer. On se souvient, par exemple, de la tempête Xynthia en février 2010, causant la mort de 47 personnes. Malgré l’ampleur des dégâts et le nombre des morts et des blessés, des maires et des rescapés ont résisté à l’évacuation et simplement réclamé – et parfois obtenu – que de nouvelles digues soient édifiées. Alors qu’elles décuplent la violence des eaux.

Pourtant, il est scientifiquement établi que, dans un quart des cas au moins, le trait de côte recule de 50 à 100 centimètres par an et que les digues finissent par céder. Comme en Camargue, où les plages reculent et où l’eau des étangs devient de plus en plus salée. La plupart des personnes qui voient la mer s’approcher chaque année un peu plus de leur maison ne parviennent pas à imaginer la catastrophe à venir. Tout comme de nombreux élus qui regardent les petites routes littorales se rétrécir devant les alignements de villas, en imaginant des lignes de défense illusoires. Ou en préconisant de reconstruire plus loin une partie de leur commune.

Mais ces projets nécessitent, quand ils ne sont pas niés, des travaux pour lesquels ils ne sont soutenus par aucune loi ni subvention. Quand aux habitants auxquels il est suggéré de partir ou de reconstruire plus loin, ils n’ont pas la moindre certitude que leur commune ou l’État les aideront à se mettre à l’abri, et ont du mal à renoncer à leur vue imprenable sur la mer. D’autant que, sur nos côtes (en France continentale et dans les territoires d’outre-mer), les conséquences à venir du réchauffement climatique ne sont pas encore une réalité vraiment menaçante. On y nourrit donc un espoir de miracle… qui n’aura pas lieu.

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