Les échos de la semaine

L'oeil de Politis sur l'actualité de la semaine en bref.

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RATP : « Un cadre social trop coûteux hérité de l’histoire »

Pour la Cour des comptes, présidée depuis juin 2020 par l’ancien « socialiste » Pierre Moscovici, la RATP a le très grand tort de « souffrir de surcoûts », dus essentiellement au « système de rémunérations onéreux » de ses agents et de « grilles salariales trop inflationnistes ». Dans un rapport couvrant la période 2011-2018 et dévoilé lundi, elle déplore « une organisation du travail trop rigide » pour des agents qu’il s’agirait de « faire travailler davantage ». Tout cela provient, selon elle, d’un « cadre social largement hérité de l’histoire » (l’après-guerre). La Cour souligne le « retard » de la RATP dans son « adaptation » à une ouverture à la concurrence imposée par l’UE. Elle préconise donc de « réduire l’automaticité » des hausses salariales et d’installer « une procédure de contrôle des primes versées », outre une vraie flexibilité de la durée du travail. Non, vraiment, on est heureux qu’un « socialiste » préside la Cour de la rue Cambon.

Entreprises : Les créanciers d’abord

Le fonds de garantie des salaires, comme son nom l’indique, est un filet de sécurité constitué par les entreprises pour payer, notamment, les salariés laissés sur le carreau par la liquidation de leur entreprise. En 2020, 100 000 salariés ont touché l’argent de ce pot commun appelé régime de garantie des créances des salariés (AGS), financé en partie par une cotisation patronale. Selon L’Obs et Mediapart, le gouvernement prépare une modification de l’ordre des priorités des bénéficiaires de cette aide. Selon une des pistes envisagées, les salariés pourraient être rétrogradés de la 3e place des priorités du fonds à la 6e, au profit des banques et des mandataires judiciaires… Alors même qu’on s’attend à une explosion du nombre de faillites. Une réforme explosive, donc, qui reste en phase de consultation jusqu’au 15 février.

Chlordécone : Non-lieu pour un scandale ?

En 2006, des associations de Martinique et de Guadeloupe ont déposé plainte pour « mise en danger de la vie d’autrui » contre l’empoisonnement de leurs îles au chlordécone. Quatorze ans plus tard, les juges d’instruction du pôle santé du tribunal de grande instance de Paris ont laissé entendre que l’affaire pourrait se terminer par un non-lieu, à cause du délai de prescription des faits, et de la disparition de preuves. Interdit en France métropolitaine, ce pesticide a continué de ravager les bananeraies martiniquaises et guadeloupéennes jusqu’en 1993. L’espoir d’un procès reste très vif chez les habitants des Antilles, qui subissent de plein fouet les effets de cette pollution sur leur santé : plus de 90 % des adultes ont été contaminés, et le taux d’incidence du cancer de la prostate est l’un des plus élevés au monde. Les associations pourraient saisir la Cour européenne des droits de l’homme pour que soit jugé le scandale du chlordécone.

journalistes payés au poids (des sujets)

Selon une étude de la Fondation Jean-Jaurès, les sujets liés à l’actualité européenne ne représentaient que 2,7 % des informations des journaux télévisés en 2018, soit autant que l’ONU. Pour remédier à cette béance, et depuis quelques mois, France Télévisions aurait mis en place un dispositif se soldant par une meilleure rémunération des rédacteurs en chef du groupe public couvrant les sujets européens, ou encore ultramarins ou ayant trait à la diversité. Une mesure qui vise naturellement et essentiellement les JT. Les journalistes seraient donc payés en fonction de leurs sujets. Curieuse manière de hiérarchiser l’information. Et drôle d’équilibre dans la rémunération. Quid alors de l’écologie (si elle ne passe pas par Prague, Rome ou Berlin) et de la culture ?!

Portugal : L’extrême droite déçue, mais bien là

Il n’y avait aucun suspens pour la présidentielle de dimanche dernier : le conservateur modéré Marcelo Rebelo de Sousa a été réélu dès le premier tour. Dans le régime politique du Portugal où les pouvoirs du Président sont limités, c’est un autre enjeu qui a capté l’attention : le résultat du jeune candidat d’extrême droite André Ventura. Fondateur du parti anti-système Chega (« Ça suffit »), dont il est l’unique député, il s’était vanté de forcer un second tour en sa présence. Il n’est arrivé que troisième avec 11,9 % des voix, derrière la socialiste Ana Gomes. Une déception relative, car c’est un bond spectaculaire pour Chega, qui n’avait recueilli que 1,3 % des suffrages lors des législatives de 2019.

Dans ce pays fortement marqué par trente-six ans de règne du dictateur Salazar (1932-1968), l’extrême droite n’avait jusqu’alors jamais réapparu ouvertement sur la scène politique. Ventura, qui prospère à droite sur l’échec en 2011 de la politique d’austérité des partis conservateurs, exploite aussi les difficultés des Portugais·es face à la crise sanitaire. Il a reçu l’appui de Marine Le Pen, en visite à Lisbonne l’an dernier, ainsi que les encouragements de l’italien Matteo Salvini.

Vers une IGPN au service des citoyens ?

Que faire de l’Inspection générale de la police nationale ? L’avenir de l’IGPN sera l’un des sujets clés du « Beauvau de la sécurité », la concertation ouverte le lundi 25 janvier par Gérald Darmanin. Pour peser sur les débats, le syndicat de police Vigi lance l’association « IGPN Citoyen ». Objectif : que l’institution devienne plus ouverte aux citoyens, voire indépendante.

L’écocide : bientôt reconnu ?

L’écocide était un mot quasi inconnu, et reste une pomme de discorde politique. Pourtant, le Parlement européen, sous l’impulsion de Salima Yenbou et Marie Toussaint, a adopté un amendement majeur en faveur de la préservation de l’environnement, et demande à ce que l’écocide soit inclus dans les statuts de la Cour pénale internationale comme crime contre l’humanité.

Deux beaux prix de cinéma

Après plusieurs autres récompenses, notre ami Aurel a reçu le 26 janvier un prix prestigieux dans le cinéma français : le prix Louis-Delluc du premier film, pour Josep (voir Politis du 23 septembre). Tandis que le prix Louis-Delluc récompense Sébastien Lifshitz pour Adolescentes (voir Politis du 9 septembre), sorti en salles quelques semaines avant la diffusion sur Arte de Petite Fille, également signé par lui. Deux bonnes nouvelles dans une situation où le cinéma, comme les autres arts, souffre terriblement.

Le Polisario exclut de déposer les armes

Prêt à reprendre les pourparlers, le Front Polisario, expression de la République arabe sahraouie démocratique, a cependant bombardé, le 23 janvier, la zone de Guerguerrat – point de passage des exportations marocaines vers la Mauritanie. Il affirme ainsi la nécessité de négociations justes, après trente ans d’attente et de promesses non tenues par la communauté internationale. Joe Biden semble vouloir « geler » la décision prise par Trump, quelques jours avant son départ, de reconnaître la « marocanité » du Sahara occidental pour le rétablissement des relations entre Rabat et Israël. À suivre…

Émeutes anti-couvre-feu aux Pays-Bas

Depuis dimanche, des heurts violents ont éclaté avec la police dans une dizaine de villes, en protestation contre le couvre-feu instauré pour contrer la propagation du variant britannique du coronavirus : pour la première fois depuis le début de la crise, les Néerlandais·es doivent justifier de leurs déplacements. Le ras-le-bol monte aussi en Espagne et au Danemark, où l’on a manifesté contre le durcissement des mesures sanitaires.

Bolsonaro sous pression de la rue

Retard de la vaccination, fin de l’aide aux plus pauvres… Alors que le Brésil compte plus de 200 000 morts du Covid, la gestion catastrophique de la crise par le président d’extrême droite a mis des milliers de manifestants dans la rue, et parfois de droite pour la première fois. Un basculement ? La forte chute de Bolsonaro dans les sondages pourrait décider les parlementaires centristes à rallier les demandes de sa destitution.


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