Les échos de la semaine

L'oeil de Politis sur l'actualité de la semaine en bref.

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Presse : Des journalistes menacé·es en Bretagne

Intimidations, menaces, coups de pression, procès-baillons, sabotage… C’est (liste non-exhaustive) ce que subissent en Bretagne des journalistes enquêtant sur la puissante industrie agroalimentaire. Fin mars, Morgan Large, journaliste à la radio franco-bretonne Radio Kreiz Breizh, a remarqué la disparition de deux boulons servant à fixer la roue arrière de sa voiture. Pour elle, qui parle au micro de la radio costarmoricaine depuis vingt ans, il n’y a pas de doute : cet acte est lié à ses enquêtes sur le secteur agro-industriel local. Car ce n’est pas la première fois qu’elle subit de telles intimidations. En 2019, Morgan Large signe un reportage sur un projet de poulailler géant soutenu par la région à Langoëlan (Morbihan) publié par Reporterre, puis elle est interviewée dans le documentaire Bretagne, une terre sacrifiée, diffusé en novembre 2020 sur France 5. « Depuis, j’accumule les ennuis : les portes de la rédaction de Radio Kreiz Breizh ont été forcées, sans être ouvertes ; les enclos de mes vaches et de mes chevaux ont été ouverts et mes animaux mis en divagation ; mon chien a été intoxiqué », a-t-elle confié au média en ligne Reporterre. Cela fait écho à ce que vit Inès Léraud. À la suite de son enquête remarquée sur les algues vertes en Bretagne, un bureau d’études environnementales qu’elle citait lui a intenté un procès. Même chose après son enquête parue dans Bastamag sur le grossiste Chéritel, qui l’a poursuivi pour diffamation. Mais la résistance s’organise : quinze journalistes ont créé le collectif Kelaouiñ – « informer » en breton – pour défendre la liberté d’informer sur l’industrie agroalimentaire en Bretagne.

Vidéosurveillance : 1984 est dépassé

La ville de Suresnes s’apprête à passer un cran vidéosécuritaire inquiétant pour lutter contre les incivilités, apprend-on dans Le Parisien (3 avril). Le maire (LR) Guillaume Boudy a décidé de doter sa centaine de caméras d’un logiciel d’intelligence artificielle pour détecter des comportements dits « suspects ». Il a signé un partenariat avec la société suresnoise XXII Group, qui commercialise ce dispositif inédit en France. Les caméras « intelligentes » repèrent les « mouvements de rupture », comme une personne qui court ou saute dans la rue alors que les autres marchent, des rassemblements… Elles détectent les « comportements anormaux » (dixit M. Boudy) et alertent immédiatement les agents en salle de contrôle.

Polémique : Léonore Moncond’huy, nouvelle cible écolo

Il y avait eu l’arbre de Noël à Bordeaux, puis les menus végétariens dans les cantines de Lyon, et plus récemment le financement d’une mosquée à Strasbourg. À son tour, Léonore Moncond’huy, la maire de Poitiers, n’aura pas été épargnée par les offensives médiatiques qui ciblent inlassablement les nouvelles municipalités écolo. Cette fois, c’est une petite phrase – « l’aérien ne doit plus faire partie des rêves des enfants » – qui a créé la polémique et déchaîné les foudres du ministre des Transports, Jean-Baptiste Djebbari, dénonçant des « élucubrations autoritaires et moribondes ». Le fond du sujet ? La fin progressive d’une subvention à deux aérodromes de la ville, de l’ordre de… 8 800 euros. Ironie de l’histoire, cette délibération a été votée à l’unanimité du conseil municipal, y compris donc par l’opposition !

Rideaux fermés pour l’Observatoire de la laïcité

La décision a été officialisée devant le Sénat par Marlène Schiappa, opposée à un amendement visant à inscrire l’existence de l’Observatoire dans la loi « séparatisme ». Cette décision, « on la voyait venir depuis longtemps », a commenté Jean-Louis Bianco, ancien ministre de François Mitterrand, président depuis 2013 de cet organisme fondé par Jacques Chirac. Le gouvernement prévoit de remplacer cet organisme indépendant, auteur de nombreux rapports, états des lieux et recommandations, par un Haut Conseil à la laïcité doublé d’une administration de la laïcité. Une décision évidemment politique.

Kurdes : Tout contre Erdogan

Deux cents personnes ont défilé à Lyon dimanche 4 avril pour dénoncer l’attaque, la veille, d’une association kurde. Une vingtaine d’hommes armés de barres de fer avaient blessé quatre personnes. Tous soupçonnent les « Loups gris », organisation ultranationaliste turque proche du président Erdogan, pourtant dissoute en novembre. Étonnamment, il n’y a eu aucune condamnation officielle. Ce dimanche, les manifestants ont donc dénoncé la passivité des autorités françaises alors que perquisitions et convocations par la police française, au nom du pouvoir turc, se multiplient contre les réfugiés kurdes en France. Pourtant, au même moment, le gouvernement dénonce le financement d’une mosquée pour sa proximité avec le pouvoir turc : deux poids, deux mesures.

Nouveau plan social au PS

Avec 4,9 millions d’euros de déficit en 2019, les finances du Parti socialiste sont au plus mal. En conséquence, il envisage un nouveau plan de licenciements, avec à la clé une dizaine de départs, soit le quart de ses permanents. En 2017, après sa débâcle aux élections présidentielle et législatives, 54 personnes avaient déjà été remerciées. Les économies annoncées doivent servir à financer la présidentielle de 2022. Pas sûr que cela permette de rétablir les comptes.

Ukraine : Poutine chauffe Biden

Alerte rouge à Kiev : c’est l’escalade dans le Donbass, région est du pays, occupée depuis 2014 par des séparatistes pro-russes. Après six mois d’un relatif respect, le cessez-le-feu a été plusieurs fois violé ces trois derniers mois, faisant 21 morts ukrainiens contre 49 dans l’année 2020. Et d’importants mouvements de troupes russes ont été signalés à la frontière. Un basculement imminent ? Pour les kremlinologues, c’est plutôt un coup de pression de Poutine pour tester Biden, qui prend ses marques en politique internationale. Ses accointances avec l’Ukraine sont connues, il a récemment traité Poutine de « tueur » et assuré le président ukrainien Zelensky de son « indéfectible » soutien. Un classique : Moscou montrerait ses muscles face à l’Occident pour forcer la résolution du conflit du Donbass selon sa propre interprétation de l’accord de Minsk de 2015, bien plus favorable aux séparatistes qu’à Kiev.

Birmanie : La répression au risque d’une guerre civile

Le bilan mortel du coup d’État des militaires birmans ne cesse de s’alourdir. Il serait aujourd’hui de plus de 550 civils désarmés – hommes, femmes et enfants, visés souvent en pleine tête. Pis, les ONG de défense des droits humains estiment à près de 3 000 les disparus ou détenus au secret, sans accès à des avocats ni visite de leurs familles. Malgré l’extrême danger, les Birmans continuent de se mobiliser contre la dictature, par des mouvements de grève ou des rassemblements, limités par prudence à cinq minutes avec, en ce week-end pascal, des dépôts d’œufs décorés de slogans. Détenue au secret depuis plus de deux mois, l’ancienne Première ministre Aung San Suu Kyi voit se multiplier les chefs d’inculpation à son encontre, les militaires allant jusqu’à la poursuivre en vertu de lois coloniales jamais abolies. Moult opposants ont fui le pays ou rejoint les régions contrôlées par les mouvements tribaux (notamment karen), opposés de longue date au pouvoir central mais qui s’abstenaient jusqu’ici d’interférer dans la vie politique nationale birmane. Une évolution qui pourrait mener à une résistance armée, voire à une vraie guerre civile, dépassant les divisions ethniques.

Agrément renouvelé pour Anticor

In fine, et à quelques minutes du délai butoir signifiant sa fin, l’association anticorruption a obtenu, vendredi 2 avril, de la part du gouvernement le renouvellement de son agrément pour poursuivre ses actions en justice et dénoncer les affaires de corruption présumée, notamment lorsque le parquet n’intervient pas. Un agrément qui court sur trois ans, selon la loi.

Cédric Herrou relaxé !

Après cinq ans d’acharnement judiciaire, la Cour de Cassation a définitivement relaxé Cédric Herrou. Le paysan de la vallée de la Roya était poursuivi pour avoir transporté et aidé 200 exilé·es à la frontière franco-italienne. « Ce qui a dérangé le ministère public, ce n’est pas le fait qu’on aide les gens mais qu’on dénonce les irrégularités d’État […]. l’histoire montre bien qu’il y a un problème démocratique », a lâché celui qui est devenu un symbole du délit de solidarité.

Anasse Kazib, candidat au NPA

Dans un message posté sur Twitter ce week-end, le syndicaliste Anasse Kazib, délégué du personnel SUD Rail à la SNCF, a fait acte de « précandidature » pour la présidentielle auprès du NPA, dont il est militant. Le médiatique cheminot avait été en première ligne des mobilisations contre la réforme de la SNCF au printemps 2018. Du côté du NPA, la décision concernant une future candidature devrait être tranchée dans les prochains mois.


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