Les échos de la semaine

L'oeil de Politis sur l'actualité de la semaine en bref.

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Russie : L’embarrassant Navalny

À quoi pensait Biden quand il a qualifié Poutine de « tueur » ? Visiblement moins à la Syrie et à l’Ukraine qu’à Alexeï Navalny. Celui-ci est devenu l’enjeu d’un bras de fer international. L’opposant a déjà échappé de justesse à une tentative d’empoisonnement, avant d’être emprisonné. Faute d’avoir eu sa peau, Poutine espérait au moins l’ensevelir dans un oubli profond et définitif, et si possible dans un exil lointain. C’est raté. En grève de la faim depuis fin mars, Navalny a dû être transféré dans un hôpital après que plusieurs chefs d’État et de gouvernement, dont, bien sûr, le Président états-unien, eurent menacé Poutine de représailles si l’opposant venait à mourir. Même affaibli, Navalny est devenu l’œil qui obsède Poutine et rappelle au monde entier quelle est la nature de son régime. Mais que pourrait vraiment Biden si Poutine passait outre ?

Renseignement : Archives fermées, secrets gardés

Le projet de loi renseignement et sécurité intérieure « comporte une réforme radicale » de l’accès aux archives, « un droit constitutionnellement garanti depuis 1789 », alertent l’historienne Raphaëlle Branche, l’archiviste Céline Guyon et Pierre Mansat, président de l’Association Josette et Maurice Audin, dans une tribune publiée par Le Journal du dimanche (17 avril). Le président de la République a annoncé vouloir présenter avant l’été au Parlement ce texte qui laissera à la libre appréciation de l’administration les modalités de déclassification des documents et le choix de leur publication. Alors que l’ouverture espérée des archives semblait progressivement se mettre en place, cette mesure entraînerait leur fermeture massive. Les auteurs y voient un danger pour les libertés publiques.

Police : Droit syndical en suspens

« C’est inédit dans l’histoire de la police qu’un syndicaliste se fasse révoquer pour des propos syndicaux. » Le 12 mars, le secrétaire général du syndicat de police Vigi, Alexandre Langlois, s’indignait en apprenant sa révocation. Le Directeur général de la police nationale lui reprochait son « animosité calomnieuse », exprimée dans un tract, envers son prédécesseur et l’ancien ministre de l’Intérieur. Évoquant « un doute sérieux quant à la légalité de la sanction », le juge des référés du tribunal de Versailles a suspendu vendredi la révocation, jusqu’à ce « qu’il soit statué au fond sur sa légalité ». Les sarcasmes sur les nuits folles de Christophe Castaner, « spécialiste du Noto », sont-ils un abus de la liberté d’expression syndicale ? La justice tranchera.

Parquet financier : Le gouvernement s’entête

Le garde des Sceaux étant personnellement impliqué, c’est Jean Castex qui a saisi le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) pour déclencher des poursuites disciplinaires à l’encontre de deux juges du Parquet national financier (PNF) dans l’affaire dite des « fadettes » épluchées par le PNF pour découvrir la taupe qui renseignait Nicolas Sarkozy. Mais voilà que le CSM résiste. Le 16 avril, il constate dans un communiqué que la saisine ne concerne pas « la dénonciation de faits motivant des poursuites disciplinaires contre M. Patrice Amar », vice-procureur du PNF, mais une demande d’investigations « en amont de cette saisine, afin de déterminer si ce magistrat est passible de suites disciplinaires, ce qui n’entre pas dans ses attributions ». Qu’importe : Castex persiste et en adresse une nouvelle pour « manquements aux obligations déontologiques de loyauté, de prudence, de délicatesse et d’impartialité ». Une accusation fondée sur aucune enquête préalable ?

Travail : Avec Carrefour, je pressurise

Carrefour rogne sans vergogne sur les conditions de travail et les salaires. L’enseigne vient d’annoncer que 47 nouveaux magasins – 37 Carrefour Market et 10 hypermarchés – basculeraient dans la location-gérance en 2021. Au total, 3 486 salariés quitteront donc le groupe tout en continuant à le servir, avec à la clé « des pertes de rémunération estimées à un ou deux mois et des pertes importantes d’avantages sociaux », dénonce Philippe Allard, délégué syndical CGT du groupe. Depuis 2018, un magasin sur huit a subi le même sort. Carrefour innove également en cette année de Covid-19, selon le site Streetpress, en remplaçant une partie de ses CDD par des jeunes en contrat de professionnalisation grâce aux assouplissements récemment adoptés par le gouvernement. L’économie réalisée, par rapport à un salarié au Smic, est de presque 60 % selon le média.

Une grève a émaillé le week-end de Pâques, contre les mauvaises conditions de travail et pour des hausses de salaire, après une année particulièrement éprouvante pour les salariés du groupe. Côté finances, Carrefour affiche une hausse de chiffre d’affaires record (+7,8 % dans le monde et 3,6 % en France) grâce à la pandémie, avec un bénéfice qui demeure confortable : 641 millions d’euros en 2020 (– 43 % sur un an).

Covid-19 : L’encombrant hommage aux mort·es

Les hommages aux victimes du Covid se multiplient dans le monde. En France, où l’on a tellement de mal avec la compassion, c’est la polémique. Il a fallu le coup de tonnerre des 100 000 mort·es pour que le pouvoir s’agite. L’effroi devant le nombre ? Et pourquoi ce « Nous n’oublierons aucun visage, aucun nom » de Macron, à l’évidence bidon ? Plus que de la gloriole, les familles attendent un peu de rattrapage pour ces deuils escamotés. Mais aussi des comptes pour tous les cas qui étaient évitables. La gêne du gouvernement est aussi là, à un an de l’échéance de 2022. Aussi préfère-t-il envisager l’encombrant « hommage » à « quand la crise sera finie ». Un mépris de plus.

Victoire amère pour la CGT

Les élections dans les TPE ont viré au fiasco, avec une participation d’à peine 5,5 % (contre 7,5 % en 2016), en raison du contexte sanitaire et de la faible lisibilité de leurs enjeux (désignation des conseillers prud’homaux, négociations de branche, notamment). In fine, la CGT conserve sa première place à 26 %, devant la CFDT (16 %), l’Unsa (16 %), FO (14 %), la CFTC (6 %), Solidaires (4,2 %) et la CFE-CGC (4 %).

Théâtres occupés : où sont les feux des projecteurs ?

Des agoras, manifestations, ateliers et performances s’enchaînent et animent encore 98 théâtres occupés en France depuis début mars. Pourtant, les heures d’emballement médiatique semblent finies, laissant les occupant·es pâtir du manque d’intérêt général pour leurs revendications et leurs activités, reléguant le mouvement au rang d’actions symboliques.

La Licra blanchit Manuel Valls

Dans un tweet, la Licra justifie l’élection de Manuel Valls à son comité d’honneur, où il succède à Simone Veil, en raison de « son engagement contre le racisme et l’antisémitisme […], son courage à défendre la laïcité et la fraternité ». Affirmer au micro de BFMTV que « les Roms ont vocation à rester dans leur pays et à s’y intégrer, là-bas », c’était donc de l’antiracisme et de la fraternité ?

Dray embarrasse le PS

Les principaux dirigeants du PS ont vivement réagi dimanche sur les réseaux sociaux à une séquence vidéo du 12 mars, subitement devenue virale. Le fondateur de SOS Racisme, Julien Dray, chroniqueur régulier sur CNews et secrétaire national du PS, y justifiait d’avoir diabolisé le FN de Jean-Marie Le Pen mais se défendait de toute « diabolisation » à l’endroit de Marine Le Pen et du RN, qui ne seraient « pas de la même nature ».

Prise illégale d’intérêt social

Michèle Sabban, ex-vice-présidente PS de la région Île-de-France, a été condamnée, le 16 mars, à un an de prison avec sursis et 100 000 euros d’amende pour avoir illégitimement bénéficié d’un logement social dont elle avait elle-même conclu le bail en 2004. En 2014, ces révélations entraînaient sa démission mais pas la perte de son appartement, puisque, selon le tribunal, Mme Sabban « n’a toujours pas résilié » le bail.

Idriss Déby, mort d’un dictateur

Tué dans un combat contre des rebelles, le président du Tchad voulait prolonger 31 ans de règne après un vote bidon le 11 avril. Il tenait la population sous son joug, captant pour son clan les revenus du pétrole du pays, classé 187e sur 189 pour la pauvreté selon l’ONU. C’était un allié sûr de Paris, qui a soutenu son coup d’État en 1990 et utilisait le Tchad comme base arrière de l’opération Barkhane.


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