Les échos de la semaine

L'oeil de Politis sur l'actualité de la semaine en bref.

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Assurance-chômage : Le Conseil d’État suspend la réforme

Le ministère du Travail espérait gratter 2,3 milliards d’euros par an sur les allocations des plus précaires, il a surtout récolté jusqu’ici des camouflets politiques et juridiques. Annulée une première fois en novembre par le Conseil d’État, réécrite fin mars, puis corrigée à deux reprises, la réforme du calcul des indemnités chômages a été suspendue par la juge des référés du Conseil d’État (la procédure d’urgence), le 22 juin, huit jours avant son entrée en application. « Les incertitudes sur la situation économique » rendent l’impact de cette réforme incertain, a justifié la haute juridiction. Elle souligne au passage que le volet patronal de cette politique du rabot censé dissuader le recours aux contrats courts, le fameux « bonus-malus », est, lui, retardé d’un an dans l’espoir d’une reprise économique. Ce jugement est une énorme victoire pour les syndicats. Il offre surtout un répit au 1,15 million de chômeurs potentiellement concernés, en attendant le jugement au fond dans les prochains mois. Avec cette réforme, 400 000 chômeurs parmi les plus précaires pourraient perdre 40 % du montant de leurs indemnités, selon les calculs de l’Unedic.

Soigne ton extrême droite !

Le candidat d’extrême droite est un être aimant l’ordre et la loi. Dans la nuit du 18 au 19 juin, Jean-Claude Geay, qui porte les couleurs vert-de-gris du RN aux départementales dans le canton de Grasse (Alpes-Maritimes), aperçoit le binôme communiste, ses concurrents, en train de coller des affiches. C’en est trop pour le petit nervi, qui estime que minuit est passé mais que l’illégalité ne passera pas ! N’écoutant que son courage, il se jette sur la femme, Marie-Chantal Guzman, et lui inflige les coups appris dans le guide pratique de l’argumentation définitive pour les esprits pas terminés. Dans l’action, Jean-Claude Geay, menuisier de son état, aurait même chanté : « Si j’avais un marteau ! » Marie-Chantal Guzman a fait constater ses blessures et porté plainte.

Pérou : La peur du rouge

La performance de Pedro Castillo à la présidentielle, début juin, a réveillé de vieux démons. Cet instituteur et syndicaliste, candidat du parti de gauche radical PerÚ Libre, est crédité de la victoire avec 50,12 % des voix. Mais Keiko Fujimori conteste, alléguant des fraudes, sans preuves formelles, à la mode Trump. Fille de l’autocrate Alberto Fujimori, ex-président qui purge une peine de vingt-cinq ans de prison pour corruption, elle pourrait bientôt le rejoindre, au même titre, si elle ne décroche pas une salvatrice immunité présidentielle. Cette agitation du chiffon rouge a suscité la prise de position de plusieurs dizaines de militaires à la retraite, dont 64 hauts gradés, pour demander à l’armée d’intervenir afin d’empêcher la proclamation de la victoire de Castillo, pourtant validée par les observateurs de l’Organisation des États américains (OEA).

Bosnie-Herzégovine : Sauver les eaux

En décembre 2018, au terme de 503 jours d’occupation, de blocus, de manifestations et d’acharnement judiciaire contre elles, Maida Bilal et ses camarades (que des femmes) obtenaient la victoire : les projets de deux barrages qui menaçaient la rivière Kruscica sont abandonnés. Plus de deux ans après, alors même que des projets de centrales hydro-électriques continuent de mettre en péril les derniers cours d’eaux libres du territoire, c’est cette lutte qu’a voulu récompenser la Fondation Goldman en Europe. Considéré comme le « Nobel » de l’environnement, le prix Goldman est décerné chaque année, depuis 1989, à six activistes, dans chaque région du monde : Afrique, Asie, Amérique du Nord, Amérique du Sud et centrale, Europe, îles et États insulaires.

Justice : BHL traîne Blast devant les tribunaux

BHL n’aime pas quand un média suggère des liens entre lui et des pays peu recommandables. Alors quand Blast publie des documents qataris, que les journalistes Bernard Nicolas et Thierry Gadault estiment fiables, démontrant qu’entre 2009 et 2011 l’émir du Qatar aurait demandé à ses services de soudoyer des personnalités et ONG, dont BHL pour 9,1 millions d’euros… le philosophe philanthrope s’énerve. Devant la 17e chambre du tribunal de Paris, mercredi 16 juin, il a demandé 100 000 euros de dommages et intérêts au tout jeune média, qui risque ainsi sa peau. L’article et les documents révélés, pas du tout relayés dans la presse, évoquent pourtant 6 millions d’euros proposés à Carla Bruni-Sarkozy, 9,1 millions à Laurent Platini, fils de Michel et 3 millions à l’ONG Human Rights Watch, tout en précisant que rien ne peut permettre d’affirmer que les montants ont été versés. Seul BHL a porté plainte.

Italie : Acharnement policier sur Persichetti

Réfugié politique en France, il a été le seul à être extradé, de façon brutale, le 25 août 2002. Après des années de prison pour participation à l’une des dernières branches des Brigades rouges dans les années 1980, désormais libre, Paolo Persichetti est aujourd’hui chercheur en histoire et a, à ce titre, publié plusieurs livres et articles importants sur les mobilisations massives qui ont secoué l’Italie après 1968. Évidemment, son analyse ne plaît pas du tout à la doxa officielle sur cette époque.

Après les récentes interpellations en France d’une bonne dizaine de réfugiés politiques de ces années sur demandes de l’Italie, les services équivalents des Renseignements généraux ont perquisitionné la semaine dernière plus de huit heures durant le domicile romain de Persichetti, officiellement pour rechercher des documents « confidentiels ». En fait, la police a surtout saisi toutes ses archives patiemment dépouillées depuis des années. Qui provenaient de divers fonds d’archives d’État, pour lequel il avait demandé et reçu toutes les autorisations officielles. On voudrait empêcher un chercheur de travailler sur un pan d’histoire contemporaine que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

Violences policières : À la fête pour Steve, la police mutile

La police française a le chic pour les commémorations… Après une longue bataille des avocats de Steve Maia Caniço, le parquet de Nantes a fini par reconnaître l’évidence. Contrairement à la première enquête de police et aux déclarations d’Édouard Philippe, alors Premier ministre. Ne sachant pas nager, le jeune homme s’est bien noyé en tombant dans la Loire, aveuglé par les gaz lacrymogènes dans la panique des coups de matraque, à cause de l’intervention violente de la maréchaussée pour mettre fin à une soirée techno lors de la Fête de la musique à Nantes, en 2019. Le corps de Steve avait été retrouvé un mois plus tard, en aval du fleuve, après une forte mobilisation et des milliers d’inscriptions « Où est Steve ? » Deux ans plus tard, quelques centaines de personnes participaient à une free-party près de Redon avec la musique qu’affectionnait Steve, organisée en son hommage. Après une nuit d’échauffourées avec les gendarmes, la fête a finalement débuté au petit jour. Les jeunes présents ont alors subi une pluie de grenades lacrymogènes et de « désencerclement ». Jusqu’à ce que l’un d’entre eux ait une main arrachée, sans que l’on sache bien les circonstances de ce drame. Les images montrent seulement des jeunes… en train de danser.

Iran : L’effet Trump

L’ultraconservateur Ebrahim Raïssi a été élu sans surprise, le 18 juin, président de la République islamique d’Iran. Le candidat et possible dauphin du Guide suprême Ali Khamenei a obtenu 61,95 % des suffrages. Il faut dire que le Conseil des gardiens de la Constitution avait pris soin d’écarter les candidats réformateurs, affaiblis par le retrait américain de l’accord sur le nucléaire et par le rétablissement des sanctions économiques. Un effet Trump en quelque sorte. Résultat : une abstention massive de 51,2 % malgré l’ouverture des bureaux de vote parfois bien au-delà de minuit, et quelque 3,7 millions de bulletins blancs ou nuls. Si l’élection de Raïssi est un signe négatif pour la société, elle ne devrait rien changer sur le plan géopolitique.

Les Turques disent non au retrait de la convention d’Istanbul

Samedi, des milliers de femmes se sont réunies dans les rues de Maltepe, à Istanbul, pour une nouvelle journée de mobilisation. Depuis l’annonce du décret présidentiel du 20 mars dernier, imposant le retrait de la Turquie de la convention d’Istanbul, les militantes n’ont jamais cessé de réclamer l’annulation de cette décision ainsi qu’une réelle application des mesures préventives et protectrices promises par le traité. Ratifiée par la Turquie en 2012, la convention d’Istanbul impose notamment aux gouvernements d’adopter des législations contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes – en pénalisant par exemple le viol conjugal ou les mutilations génitales féminines.

Le glyphosate blanc comme neige ?

Les quatre États européens (France, Hongrie, Pays-Bas, Suède) chargés de la réévaluation des risques du glyphosate pour les humains et l’environnement ont conclu qu’il n’est ni cancérogène, ni reprotoxique, ni mutagène ! En 2015, le Centre international de recherche sur le cancer – branche de l’OMS – l’avait classé comme cancérogène probable pour l’être humain. Des divergences de méthodes qui vont encore intoxiquer les débats, à cinq mois de la fin de la licence du glyphosate dans l’UE.

Colère à Paris Match

En cause : la publication d’un entretien avec Ziad Takieddine, où il revient sur ses propos contre Nicolas Sarkozy, qui accusaient l’ancien président d’avoir touché l’argent de Kadhafi pour financer sa campagne. La justice s’est saisie de l’affaire, car l’homme d’affaires pourrait avoir été contraint de se livrer à ce revirement. Les journalistes de Paris Match exigent des explications de la part du directeur de la rédaction, Hervé Gattegno.

Alerte covid sur l’Afrique

L’Afrique, jusque-là relativement épargnée par l’épidémie de covid-19, fait face à une recrudescence de cas ces dernières semaines. Les nouveaux cas ont augmenté de 30 % dans huit pays. En cause : des mesures préventives pas assez respectées et l’arrivée de l’hiver en Afrique australe, selon l’OMS. Cette hausse survient alors que seulement 2 % de la population africaine a reçu une dose de vaccin.

Alice Coffin victime de lesbophobie

Lors d’un événement féministe à Rouen, Alice Coffin a été agressée par des militants d’extrême droite, soupçonnés d’être d’anciens membres de Génération identitaire. Pendant qu’elle parlait, ils ont déroulé une banderole sur laquelle il était écrit « Vous n’aimez pas les hommes, madame Coffin ? ». D’autres phrases à connotation lesbophobe ont été prononcées à l’encontre de l’élue parisienne.

Les boutiques de CBD en sursis

La Cour de cassation a rendu une décision très attendue, le 15 juin, en invalidant la fermeture d’une boutique de CBD à Dijon. En France, le CBD, une molécule extraite du cannabis aux effets non psychotropes, est en plein essor et bénéficie d’un flou juridique. Mais cette décision ne fera pas jurisprudence : la cour doit rendre un arrêt à portée générale sur sa commercialisation le 23 juin.

Réunion : Victoire en trompe-l’œil

Avec 31,1 % des voix, Didier Robert, président sortant de la région à La Réunion, ne sauve encore que les apparences. Condamné à quinze mois de prison avec sursis et trois ans d’inéligibilité (il a fait appel), il a maintenu sa candidature mais recueille 9 points de moins qu’en 2015. Et sans réserve de voix ou presque pour un second tour face à une solide alliance à gauche, entre Huguette Bello (20,7 %), Ericka Bareigts (18,5 %)et Patrick Lebreton (7,8 %), voire au-delà

Ronaldo tacle Coca-Cola

Cristiano Ronaldo préfère l’eau. Lors d’une conférence de presse, le célèbre joueur de football portugais a écarté deux bouteilles de Coca-Cola placées devant lui, leur préférant de l’eau. La séquence est vite devenue virale sur les réseaux sociaux. Un geste a priori anodin qui aura fait perdre à la marque… 4 milliards de dollars de valeur boursière.

Pachinian gagne son appel aux urnes

La cuisante défaite arménienne, dans la guerre du Haut-Karabakh, à l’automne dernier, avait fortement fragilisé le Premier ministre, Nikol Pachinian. Redoutant même un coup d’État, il est retourné devant les électeurs : pari gagné, il sort large vainqueur des législatives anticipées, et au premier tour, avec 54 % des voix. Alors qu’il affrontait trois anciens présidents accusés de diverses malversations, il a surtout été confirmé dans son combat anti-corruption, leitmotiv de son élection en 2018.


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