Little Palestine, journal d’un siège, d’Abdallah El Khatib (Cannes, Acid)

Avec Little Palestine, Abdallah El Khatib a réalisé son premier long métrage en filmant à Yarmouk ses compatriotes palestiniens pris au piège du siège imposé par Bachar Al-Assad. Une œuvre d’une grande puissance se dresse désormais face à un crime contre l’humanité.

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Yarmouk : ce nom résonne parmi les crimes contre l’humanité commis par Bachar Al-Assad – et ceux-ci sont nombreux. Yarmouk est une ville située à quelques kilomètres de Damas, où se concentrent depuis 1957 de nombreux réfugiés palestiniens. À l’été 2013, le dictateur syrien impose un blocus intégral au camp palestinien, qu’il estime arbitrairement trop favorable aux jihadistes. C’est alors qu’un jeune Palestinien, Abdallah El Khatib, qui n’a jamais utilisé une caméra, décide d’enregistrer ce à quoi il assiste. Ce qui donne ce film sidérant, Little Palestine, journal d’un siège, présenté dans la programmation de l’Acid à Cannes.

Le siège provoque une terrible famine. Les premiers touchés : les personnes âgées qui, si elles vivent seules, meurent de faim à cause de l’isolement ; et les bébés, les mères n’ayant plus de lait.

Le riz a disparu. On mange ce qu’on trouve, c’est-à-dire de l’herbe. Un vieil homme explique comment il parvient à en acheter. Mais la plupart du temps, on la coupe soi-même. Ce sont les enfants qui s’en chargent. Le cinéaste discute longuement avec Tasnim, agenouillée avec son couteau, séparant les herbes des fleurs parce que celles-ci sont toxiques. Soudain, des bombes tombent tout près d’eux. « Je n’ai pas peur », glisse-t-elle à Abdallah El Khatib, qui lui demande : « Est-ce que la vie pourrait être pire qu’ici ? » « Non », répond-elle.

Dans le camp de Yarmouk, les enfants rêvent de manger du poulet, ou de revoir leur frère mort. Les gens déambulent sans fin et sans but ; on prépare de l’eau chaude aux épices pour évoquer un goût de soupe ; des hommes chantent accompagnés par un piano dans une rue. Le cinéaste filme sa mère, femme rayonnante qui s’est improvisée infirmière et porte secours à toute personne abandonnée ou lui demandant de l’aide. On aperçoit la brutalité du chacun pour soi mais on assiste à des gestes de solidarité. À bout de force, épuisée, la population tente une sortie, réussit à forcer une barricade, mais doit se replier sous les balles des snipers qui tirent sans faire de distinction entre hommes, femmes ou enfants.

Ces images en évoquent d’autres : les immeubles à l’état de ruines, les êtres martyrisés tenus dans un ghetto.

En mars 2015, Daech a pris le contrôle du camp, expulsant nombre des Palestiniens qui s’y trouvaient. Abdallah El Khatib fut de ceux-là. En Allemagne, où il s’est réfugié, il a pu récupérer via des amis les disques durs contenant ses enregistrements. Il en a fait un film à la fois sobre (sans musique ni enrobage ajoutant au pathos) et avec un sens du cadre inouï, témoignant de la vitalité et du désespoir des habitants de Yarmouk assiégé. Bref, un très grand film.

Little Palestine, journal d'un siège, Abdallah El Khatib, 1h39.


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