Les échos de la semaine

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Énergie : Et à la fin, c’est encore l’État qui paye

C’est une renationalisation passée (presque) inaperçue. L’entreprise SFDM, qui gère quatre sites de stockage de pétrole et un oléoduc de 640 kilomètres reliant Donges (Loire-Atlantique) à Metz (Moselle), a été achetée par la France le 5 janvier, moyennant un chèque de 31 millions d’euros à son propriétaire, le groupe Bolloré.

Sauf que la convention d’exploitation de ce pipeline que l’État avait déléguée à la SFDM arrive à échéance en février. Ce rachat aurait donc pu être évité. Dans sa réponse citée par Mediapart, qui déterre l’affaire, le ministère de la Transition écologique invoque un risque de « rupture d’approvisionnement », si la gestion du pipeline avait dû changer de mains. En fin de compte, le groupe Bolloré s’en sort doublement gagnant. Selon le journaliste Laurent Mauduit, il a engrangé en vingt-sept ans d’exploitation du pipeline au moins 167 millions d’euros de dividendes.

États-Unis : Maus retiré d’un programme scolaire

« Vulgaire et inapproprié ». Tel est le jugement du conseil d’école du comté de McMinn, dans le Tennessee, aux États-Unis, sur Maus, le roman graphique d’Art Spiegelman, consacré à la Shoah. Un ouvrage extraordinaire, publié sous forme de série dans la revue Raw de 1980 à 1991, récompensé par le prix Pulitzer en 1992, traduit en une vingtaine de langues, relatant l’Holocauste à partir des souvenirs du père de l’auteur, lui-même rescapé des camps, et dans lequel les juifs sont représentés par des souris et les nazis par des chats. Le conseil scolaire de ce comté a retiré de son programme destiné aux enfants de 13 ans cette bande dessinée (en attendant une autre œuvre sur la Shoah, mais pour quand ?) pointant une poignée « d’utilisations inutiles de mots grossiers », sa description de violences et des suicides, et l’image d’une femme nue. Il n’en faut pas plus pour corriger ou minorer l’histoire à ce conseil scolaire au cœur d’un État très conservateur.

Un peu sidéré, voire consterné, Art Spiegelman a reconnu dans la foulée avoir été plongé dans une « confusion totale », avant « d’essayer d’être tolérant avec ces gens qui pourraient ne pas être des nazis », mais « qui se sont concentrés sur quelques mots grossiers ». C’est quoi, un mot grossier quand il s’agit de l’Holocauste ? Ce retrait de Maus n’est pas anodin ni très original. Il intervient dans un contexte de remise en question de l’enseignement dans plusieurs États américains conservateurs, qui s’attaquent aux œuvres articulées autour du racisme, jusqu’à l’identité du genre. Autant d’œuvres qui inciteraient les enfants blancs à se voir comme des oppresseurs des minorités.

Médias : Hanouna et sa petite entreprise d’extrême droite

« Touche pas à mon poste ! », « Balance ton post ! », « Face à Baba »… Les émissions animées par Cyril Hanouna se multiplient et cartonnent à l’antenne. Du divertissement ? Oui, mais pas seulement. Une étude menée par une dizaine de chercheurs sur ces émissions, entre septembre et décembre 2021, révèle qu’elles favorisent très largement la médiatisation de l’extrême droite. En effet, 52,9 % du temps d’antenne est accordé à l’extrême droite, et en particulier à Éric Zemmour, qui occupe à lui seul 44,7 % du temps. Quant à la gauche, elle est oubliée (12 %) et parfois dénigrée. Mais elle reste quand même plus de deux fois plus présente que la droite (5 %).

En bref, les plateaux de l’animateur phare du groupe Canal détenu par Vincent Bolloré imposent un second tour clair opposant Éric Zemmour à Emmanuel Macron. La préférence étant donnée au candidat du parti Reconquête.

Mensonges verts : Les fourberies de BNP Paribas

L’indécence a un nom : BNP Paribas. Dans un spot publicitaire ou dans l’espace public sur des affiches géantes, la banque française a eu le culot de titiller la conscience écolo, voire la culpabilité, des citoyens avec le slogan : « Si votre banque finance le forage dans l’Arctique, alors vous aussi. » Si le message de fond est vrai, ce qui l’enrobe est hypocrite puisqu’il provient d’un acteur de la finance loin d’être exemplaire. Selon un rapport publié par Reclaim Finance en septembre 2021, 30 banques ont soutenu les projets d’exploitation de l’Arctique à hauteur de 80 % (soit 254,2 milliards de dollars)… dont BNP Paribas ! Celle-ci se classait même à la septième place, avec quasiment 12 milliards de dollars.

Mobilisation : Le rejet Total de Polytechnique

Face à la détermination des étudiant·es de Polytechnique, Total a renoncé à implanter son pôle de recherche et développement à proximité de l’école d’ingénieurs à Saclay. Patrick Pouyanné, PDG de Total et ancien élève, a tout mis en œuvre, depuis trois ans, pour consolider les liens entre son entreprise et l’école. D’abord avec le financement d’une chaire d’enseignement, puis avec ce projet de campus de 10 000 mètres carrés, devant accueillir 400 personnes pour travailler à la « décarbonation des énergies ». La Sphinx, une association d’étudiant·es et d’ancien·nes élèves, Greenpeace France et Anticor ont alors déposé une plainte au pénal et trois recours administratifs. En mai 2021, une plainte a également été déposée contre Patrick Pouyanné pour « prise illégale d’intérêts », dénonçant sa double casquette de PDG du groupe pétrolier et de membre du conseil d’administration de Polytechnique. « En dépit de l’urgence climatique, l’industrie des fossiles tente d’accroître son influence néfaste sur les établissements de l’enseignement supérieur et les cerveaux des futurs cadres de la nation, souligne Edina Ifticène, chargée de campagne pétrole à Greenpeace France. Mais cette victoire montre que l’emprise des majors pétrolières et gazières sur la société n’est pas une fatalité ! »

Jura : 600 personnes occupent et défrichent une terre

Pour dénoncer l’accaparement des terres, la Confédération paysanne a misé sur la désobéissance civile. Soutenue par des organisations écologistes comme les Amis de la Terre, Extinction Rebellion et des activistes des Soulèvements de la Terre, le syndicat paysan a squatté et défriché une parcelle de vignes à l’abandon dans le Jura. Cette région n’a pas été choisie au hasard : les terres AOC pour le vin et le fromage sont tellement convoitées que les prix s’envolent, alimentant la spéculation foncière et empêchant l’installation de jeunes paysans. La Confédération paysanne estime que 16 000 d’entre eux quittent le métier chaque année en France.

Presse : Le Ravi, dans l’indépendance

La prouesse est louable dans un moment financièrement critique pour le journal. Le mensuel d’enquêtes et de satires, nourri de dessins extraordinaires, titillant férocement les pouvoirs en région Paca, a réussi le coup de force d’être privée du soutien de l’ensemble des collectivités locales en cette année dernière. Faut croire que ces collectivités locales n’aiment guère l’esprit d’indépendance, ni la liberté de ton. Dans ce sens, Le Ravi lance une pétition locale « pour réclamer que nos impôts cessent de financer les “Bolloré”, pour exiger la transparence sur les fonds investis par les collectivités locales dans les médias et des nouveaux critères afin d’éviter que tous les budgets bénéficient à ceux qui en ont le moins besoin, dans notre région, par exemple, les milliardaires qui se disputent La Provence en vente après le décès de Bernard Tapie ».

Violences conjugales : une avancée dans la protection des victimes

À partir du 1er février, les victimes de violences conjugales devront obligatoirement être averties lors de la sortie de prison de leur conjoint, conformément à un décret du ministère de la Justice. Les autorités judiciaires sont également incitées à s’interroger sur les mesures de surveillance du conjoint et de protection de la victime – octroi d’un téléphone grave danger, bracelet anti-rapprochement, etc. Le 26 novembre 2021, une femme avait été tuée à Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) par son ex-conjoint, libéré de prison plus tôt qu’elle ne le pensait, après une remise de peine.

L’État à la rescousse de Sanofi

Pour pallier l’échec d’un vaccin français contre le covid, Jean Castex, a annoncé un plan massif de réinvestissement de Sanofi. C’est donc le modèle privé qui reste à ses yeux l’unique recours, malgré le fiasco de la stratégie de financiarisation de Sanofi, qui encaisse l’aide publique mais délaisse la recherche et développement, délocalise, interrompt la production de médicaments peu rentables et surfacture les plus rares.

Réélu… par défaut

Les Italiens voient souvent leur Président comme une sorte de grand-père. Certes, ses fonctions sont surtout honorifiques. Âgé de 80 ans, le Président Sergio Mattarella souhaitait se retirer mais se voit contraint de rempiler pour sept ans, faute d’accord entre les partis, soucieux de ne surtout pas bouleverser les fragiles équilibres politiques en place.

L’UIMM veut une nouvelle tournée

Dans ses propositions pour la présidentielle, l’Union des industries et métiers de la métallurgie, principale fédération patronale, demande un nouveau « choc fiscal » de 40 milliards d’euros, financé en partie par le déremboursement de pans entiers de la protection sociale relevant, selon elle, de l’« assurantiel ». 17 milliards d’euros de cotisations employeurs doivent ainsi être économisés, à quoi devraient, selon l’UIMM, s’ajouter 30 à 35 milliards de baisses d’impôts de production.

Les zones humides en péril

Les zones humides « disparaissent trois fois plus vite que les forêts », alerte le directeur de la Tour du Valat, institut de recherche situé au cœur de la Camargue. Lors de la journée mondiale des zones humides, le 2 février, Jean Jalbert met en garde contre la disparition de ces zones, qui « ne couvrent même pas 6 % des terres immergées » et produisent « un quart de toute la [...] vie à la base de la chaîne alimentaire ».


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