Les échos de la semaine

L'oeil de Politis sur l'actualité de la semaine en bref.

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Politiques publiques : Ces rapports gênants que cache le gouvernement

On aurait des raisons de se féliciter que le gouvernement ait enfin décidé de saisir la justice contre le groupe Orpea, s’il n’y avait un gros bémol. Après la publication du livre du journaliste Victor Castanet, Les Fossoyeurs (Fayard), le gouvernement avait confié à l’inspection générale des affaires sociales (Igas) et l’inspection générale des finances (IGF) une double enquête administrative portant sur l’ensemble du groupe d’hébergement de personnes âgées. Leur rapport remis au gouvernement le 26 mars relève, selon le ministère de la Santé, des « dysfonctionnements graves » ainsi que des « manquements sur le plan humain et organisationnel ».

La ministre déléguée chargée de l’autonomie, Brigitte Bourguignon, a aussitôt annoncé que l’État va déposer plainte contre le groupe et réclamer le remboursement des dotations publiques présumées détournées de leurs fins. Son cabinet a toutefois précisé que ce rapport ne sera pas rendu public, car couvert par le « secret des affaires ». Une disposition inique protégée par une loi de 2018, que nous avions dénoncée comme une atteinte à la liberté d’informer.

L’atteinte est tout aussi flagrante quand le ministère de l’Agriculture cache un rapport, par lui commandé, qui documente sa totale inefficacité dans la réduction de l’usage des pesticides. France nature environnement (FNE) a dû batailler un an pour obtenir ledit rapport, qu’elle a publié le 23 mars sur son site. On y apprend que malgré un pognon de dingue affecté à cette politique – 643 millions d’euros ! – le recours aux produits phytopharmaceutiques a augmenté de 13 % ces dix dernières années alors que l’objectif était -50 % en 2025. Plus grave, l’enterrement de ce rapport a retardé la mise en œuvre de « recommandations qui pouvaient être appliquées dès 2021, en particulier celles visant la réorientation des subventions de la politique agricole européenne (9 milliards d’euros pour l’agriculture française chaque année), politique qui se négociait alors », note la FNE. Voilà comment Macron prétend nous protéger.

Eau, bien commun : Un printemps contre les « mégabassines »

La préfecture des Deux-Sèvres a multiplié les arrêtés pour interdire les rassemblements et la circulation d’engins agricoles pour le week-end des 26 et 27 mars. Le but était d’empêcher le collectif Bassines non merci, les Soulèvements de la terre et la Confédération paysanne de mener une action contre le projet des « mégabassines », en travaux depuis l’automne dernier dans le sud du marais poitevin.

De nombreux groupes s’opposent à ce projet de stockage hydraulique massif, destiné à l’irrigation intensive de monocultures, qui représentent seulement 6 % du territoire agricole raccordé. Dénonçant l’accaparement de l’eau par l’agro-industrie, ils redoutent des conséquences pour les autres cultures, et luttent pour l’arrêt des travaux.

Le 26 mars, en dépit des mesures préfectorales, les associations ont réuni quelque 4 200 manifestant·es, 6 000 selon les organisateurs, soutenues par la LPO, Attac, mais aussi le NPA, LFI et EELV. Dans l’après-midi, alors que des manifestants avaient déterré des tuyaux de canalisation à coups de pelles et de pioches, les forces de l’ordre leur ont opposé lacrymogènes, canons à eau et grenades de désencerclement, sans faire de blessés.

Homophobie : Zemmour (encore)poursuivi

Six associations LGBTI ont porté plainte contre Éric Zemmour pour « contestation de crime contre l’humanité », après que ce dernier, dans son dernier livre, a qualifié de « légende » la déportation d’homosexuels français en raison de leur orientation sexuelle. C’est la première fois que « des poursuites sont engagées pour négationnisme contre les propos niant la réalité de la déportation des homosexuels pendant la Seconde Guerre mondiale », précise Étienne Deshoulières, l’avocat des parties plaignantes. En France, l’arrestation d’au moins 500 homosexuels et la déportation d’au moins 200 d’entre eux en raison de leur orientation sexuelle ont été établies par les historiens et reconnues à plusieurs reprises par les autorités.

Corse : Colonna, l’enterrement en martyr

Le « continent » a du mal à saisir l’émoi qui a envahi toute la Corse lors de l’arrivée de la dépouille à Ajaccio d’Yvan Colonna. Le corbillard a dû se frayer un chemin, à la sortie de l’aéroport , à travers une foule impressionnante de plus de 3000 personnes, avec des centaines de « bandere » à tête de Maure, le drapeau corse. La dépouille du condamné pour l’assassinat du préfet Érignac a été portée vendredi 25 mars dans les rues de Cargèse, recouverte du drapeau corse qui avait été utilisé pour accompagner le cercueil d’Edmond Simeoni, « le père du nationalisme corse ». Le lendemain, une vidéo circulait sur les réseaux sociaux montrant des CRS dans leur cantonnement de Bastia entonnant « La Marseillaise », à l’heure de l’enterrement du militant nationaliste, où l’on entendait un « on l’a eu ! » Cet épisode a entraîné des échauffourées devant des casernes de CRS. La Corse s’apprête sans doute à vivre des violences prochainement. Une explosion dans une résidence secondaire a d’ailleurs au lieu dans la nuit de samedi à dimanche.

LREM s’affranchit des règles électorales

La République en marche (LREM) flirte avec la ligne rouge du code électoral. Le parti d’Emmanuel Macron a acheté de la publicité commerciale sur Facebook en période électorale, ce qui est totalement interdit. En apparence, le message décliné sur plusieurs visuels n’est pas électoral puisqu’il invite les électeurs qui seraient absents les 10 ou 24 avril à faire leur demande de procuration sur le site web dédié du gouvernement, et n’appelle pas explicitement à voter Macron. Toutefois, le nom du parti présidentiel s’affiche bel et bien sur l’écran des destinataires comme l’acheteur de ces messages ciblés en outre pour mobiliser des segments d’électorat les plus favorables au candidat-président : les jeunes électeurs et les plus âgés, les Franciliens… Le tout pour un budget cumulé de dizaines de milliers d’euros.

Le parachutage raté de Pénicaud

L’ancien Premier ministre du Togo Gilbert Houngbo a été élu à la tête de l’Organisation internationale du travail le 25 mars. Premier Africain désormais à la tête de la prestigieuse agence onusienne chargée de « faire avancer la justice sociale » dans le monde, il était opposé à Muriel Pénicaud, ancienne ministre du Travail d’Emmanuel Macron. Pour rappel, elle avait porté les ordonnances de 2017 pour réformer le code du travail. Une candidature très critiquée par les syndicats et un soufflet pour le gouvernement.

Un procédé menaçant

À la veille du meeting place du Trocadéro, à Paris, l’équipe d’Éric Zemmour a transmis une « décharge de responsabilité » aux journalistes accrédités, lesquels étaient invités à renoncer « à faire valoir une revendication de quelque nature qu’elle soit, auprès des organisateurs […] en cas de blessures, accidents, vols ou dommages matériels ». Une disposition jamais vue dans aucune campagne présidentielle antérieure.

Nouveaux feux à Tchornobyl

L’armée russe contrôle la centrale depuis un mois. Dans quel but stratégique ? Quid de la sûreté ? C’est l’opacité. Les équipes de conduite ukrainiennes auraient été forcées de travailler 24 heures sans interruption. Et les feux se multiplient dans la forêt voisine, alors que l’intervention des pompiers est entravée. L’Ukraine presse l’ONU de démilitariser la zone. Pourtant, pas de risque radiologique majeur, ose l’Agence internationale de l’énergie atomique, bien qu’elle soit privée d’informations sur l’état du site de la catastrophe nucléaire…

Caricatures de la discorde

Vendredi 25, l’ambassadeur de Russie à Paris a été convoqué au quai d’Orsay à la suite de la publication de caricatures sur le compte Twitter de l’ambassade. Des dessins, effacés depuis, jugés « inacceptables » par la diplomatie française. De piètre qualité, ils relevaient effectivement d’une grossière propagande : l’un montrait les Européens léchant les fesses de l’Oncle Sam ; l’autre, l’Europe malade à qui États-Unis et Union européenne injectaient des substances : « néonazisme », « russophobie » ou « covid-19 ».


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