Céline, war in progress

Loin d’être le chef-d’œuvre annoncé par Gallimard, Guerre, roman inédit de Louis-Ferdinand Céline, en dit plus sur la fabrique romanesque de l’écrivain. À prendre pour ce qu’il est : un premier jet.

Ah tiens, on remet Céline en route. Pas n’importe comment. Avec un plein paquet de rocambole. Avec un manuscrit inédit. Disparu, récupéré en 1944 quand Louis-Ferdinand Céline quitte Paris précipitamment pour gagner le Danemark, retrouver son pactole planqué. On le sait, il sera arrêté en chemin en Allemagne, avec d’autres collaborateurs, reclus à Sigmaringen, qui vaudra par la suite la rédaction de la trilogie allemande, D’un château l’autre, Nord et Rigodon. Avant d’être publié, Guerre possède sa propre histoire. Le manuscrit a disparu pendant soixante-dix-sept ans. Dans les mains d’une tierce personne, avant d’être remis à un journaliste de Libération, Jean-Pierre Thibaudat, critique théâtral. Longtemps resté secret pour des questions d’ayant droit, tant que la veuve de Céline, Lucette Almanzor était vivante. C’est après sa mort (à 107 ans tout de même !) que ces milliers de feuillets ont été remis aux éditions Gallimard. En trois volets. Guerre, récemment paru, Londres et La Volonté du roi Krogold, légende médiévale, qui paraîtront à l’automne. La maison d’édition maîtrise l’art du feuilleton commercial.

Pour l’heure, on se contentera donc de Guerre. Un récit bref, un brouillon écrit probablement en 1934, au fil de la plume, dont il manque tout le début, comme le signale Pascal Fouché, dans son introduction. Relatant l’expérience d’un narrateur, Ferdinand, sur le front de la Grande Guerre, blessé au bras et à la tête. Évacué par des Britanniques, transféré dans le Nord, du côté d’Ypres, puis vers Hazebrouck, dans un hôpital habité d’une galerie de personnages. Un médecin franchement sadique qui ne pense qu’à charcuter son patient, un gonze, Cascade, véritablement souteneur, malmenant sa « raclure de putain », Angèle, et surtout Mademoiselle L’Espinasse, infirmière passionnée passionnante, et branleuse à souhait de ses chers patients. Qui vaut des lignes et des pages lubriques, crues, grossières, grivoises et salaces comme rarement chez Céline. Tout se passe comme si l’auteur se lâchait. Non pas plongé dans le réel mais dans une hallucination du réel. Mais pas que.

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