Ukraine : le long combat pour une place dans l’histoire et sur les cartes

Un ouvrage historique décrit les évolutions mouvementées de ce territoire longtemps ballotté entre Autriche-Hongrie, Pologne, Prusse et Russie, devenu nation à part entière seulement au XXe siècle.

Olivier Doubre  • 7 décembre 2022 abonné·es
Ukraine : le long combat pour une place dans l’histoire et sur les cartes
À Marioupol, sous occupation russe, un panneau indique la direction d'Odessa et Gourzouf.
© STRINGER / AFP

Lviv, Lvov ou Lemberg ? Kharkov ou Karkhiv ? Kiev ou Kyiv ? La manière d’épeler les noms des villes d’Ukraine rappelle les conflits du passé, entre les différents empires et autres formes de domination sur ce territoire « portes de l’Europe ». Car toutes ces dénominations résument autant la géographie que l’histoire de cette contrée.

Titulaire de la chaire d’histoire de l’Ukraine à l’université de Harvard, Serhii Plokhy retrace – depuis l’Antiquité et les premiers récits d’Hérodote – le destin mal connu de cette terre située au nord du Pont-Euxin, nom antique de la mer Noire (qui signifie la « mer hospitalière » en grec ancien), où des colonies grecques furent implantées dès le VIIe siècle avant notre ère. À partir de l’Empire romain, ses grandes steppes fournissent déjà en grains une bonne partie du bassin méditerranéen, attisant les convoitises…

Pour comprendre les prétentions russes sur l’Ukraine dans l’actuel conflit, c’est au Moyen Âge qu’il faut remonter.

Mais pour comprendre les prétentions russes sur l’Ukraine dans l’actuel conflit, c’est au Moyen Âge qu’il faut remonter : l’URSS et aujourd’hui la Russie de Poutine s’appuient sur une « fiction historique » qui voudrait que l’unité des territoires actuels ukrainien, biélorusse et russe – constituée sous le nom de « la Rus’ de Kiev » entre le IXe et le XIIIe siècle, réactivée par le traité dit de Pereïaslav en 1654 – ait été une réalité russe.

Au lendemain de la mort de Staline, le pouvoir soviétique avait déjà voulu célébrer la « réunification » entre Russie et Ukraine, lors du tricentenaire dudit traité. Une « commémoration » que le régime soviétique appelait la « fraternité » russo-ukrainienne, advenue après l’annexion par l’URSS de l’Ukraine au lendemain de la révolution d’Octobre, tandis que la terrible famine de 1932 ordonnée par Staline visait à « mater » les résistances de Kiev, et alors que certains Ukrainiens rejoignirent les armées du Reich après l’invasion de ­l’Allemagne nazie en 1941, par haine de Moscou.

La propagande poutinienne est donc structurée par toutes ces fictions historiques d’une Ukraine partie intégrante de la

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