Riposter contre l’extrême droite

Après la dissolution, il y a eu une réponse de notre camp social, sous la forme du Nouveau Front populaire, qui dépasse le simple cadre électoral. Quoi qu’il arrive le 7 juillet, le centre du jeu reposera sur notre capacité à nous saisir de cette dynamique unitaire.

Aurore Koechlin  • 26 juin 2024
Partager :
Riposter contre l’extrême droite
Manifestation contre le RN, à Paris, le 23 juin 2024.
© Guillaume Deleurence

Dans un précédent article, je soulignais qu’il y avait urgence à apporter une réponse collective et à reconstruire un rapport de force face à l’impressionnante répression du mouvement social mobilisé pour la Palestine. En quelques semaines, la situation s’est encore accélérée, à tous les niveaux.

D’un côté, l’extrême droite a remporté 40 % des suffrages exprimés aux européennes et se trouve aux portes du pouvoir à la suite de la dissolution de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron. Elle se renforce, attirant à elle une partie de la bourgeoisie républicaine, comme Éric Ciotti, et dépassant une partie de ses divisions, avec le ralliement de Marion Maréchal au Rassemblement national. On peut ajouter que, par leur complaisance à l’égard de ce bloc, les médias portent une responsabilité historique dans ses succès : qu’il s’agisse du temps d’antenne concret qui lui est accordé ou, inversement, de la diabolisation de la gauche, on se croirait revenu au temps du « plutôt Hitler que le Front populaire ».

L’intérêt de ce front réside (…) dans le fait qu’il dépasse le simple accord électoral (…) pour constituer un front social et politique.

Car effectivement, de l’autre côté, il y a bien eu une réponse de notre camp social, sous une forme qui peut sembler d’abord inattendue, celle du Nouveau Front populaire (NFP). La demande d’unité à la base a en effet été très forte et a fait pression partout, y compris sur les partis. Pourtant, l’intérêt de ce front réside peut-être précisément dans le fait qu’il dépasse le simple accord électoral d’union des gauches, pour constituer un front social et politique, comprenant à la fois des partis et des syndicats, mais aussi des collectifs antiracistes, féministes, LGBTI+, écologistes, etc. C’est cette nature composite qui constitue l’intérêt du NFP, mais bien sûr également ses limites présentes et futures.

Sur le même sujet : Face à l’extrême droite, un bloc syndical et citoyen déterminé

Accélération du temps et polarisation de la sphère politique en deux blocs opposés sont ainsi les deux caractéristiques fondamentales de la situation actuelle. À partir de là, que faire ? La perspective des élections est ce qui préoccupe le plus – car elles sont proches et sont la porte ouverte du pouvoir pour le RN, qui, s’il n’est pas un parti fasciste, franchirait une première étape dans la fascisation de l’État. Il faut donc prendre ce danger au sérieux. Mais la perspective ne peut s’arrêter là. Quoi qu’il arrive le 7 juillet, le centre du jeu reposera sur notre capacité à nous saisir de cette dynamique unitaire.

Nous devons accomplir un travail de conviction contre l’extrême droite le plus large possible.

À la mesure de ce temps qui s’accélère, nous devons redoubler de vitesse. D’un côté, regrouper les forces. Partout où nous sommes, sur nos lieux de vie, d’études et de travail, et dès à présent, il faut construire la riposte contre l’extrême droite : organiser des assemblées générales avec tous ceux et toutes celles qui veulent agir dans la période, préparer la grève, etc. De l’autre, mener la lutte pour l’hégémonie. Bien que nous partions avec beaucoup de retard, nous devons accomplir un travail de conviction contre l’extrême droite le plus large possible, pas à pas, en utilisant tous les formats possibles – discussions, réseaux sociaux, médias, productions culturelles et artistiques.

La lutte ne fait que commencer.

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous
Idées Intersections
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

États-Unis et Moyen-Orient : Gilbert Achcar revisite la notion d’anti-impérialisme
Idées • 30 octobre 2026 abonné·es

États-Unis et Moyen-Orient : Gilbert Achcar revisite la notion d’anti-impérialisme

Le chercheur franco-libanais publie un livre important qui analyse les fondamentaux de la politique de Donald Trump au Moyen-Orient, remontant à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et affronte quelques conservatismes idéologiques de la gauche.
Par Denis Sieffert
Chouayb, Manelle et Mélissa : « Les autorités veulent nous faire peur pour qu’on arrête »
Entretien • 29 octobre 2026 abonné·es

Chouayb, Manelle et Mélissa : « Les autorités veulent nous faire peur pour qu’on arrête »

Il est elles sont mobilisé·es dans le mouvement social en cours. Chouayb, un des délégués du Collectif des jeunes de Belleville, lutte depuis trois ans pour le droit à l’hébergement et à la scolarisation des mineur·es isolé·es. Manelle, lycéenne en Île-de-France, a subi deux gardes à vue depuis qu’elle mène la lutte au sein de son établissement. Créatrice de contenus, Mélissa* affiche son soutien aux lycéen·nes, ce qui lui a valu du cyberharcèlement. Il et elles affirment la nécessité que le mouvement perdure malgré la répression.
Par Pauline Migevant et Céline Martelet
Enzo Traverso, l’histoire et la vie
Portrait • 21 octobre 2026 abonné·es

Enzo Traverso, l’histoire et la vie

L’historien italien achève sa trilogie sur les mémoires des vaincus et des révoltes, en se penchant notamment sur la « décennie rebelle » des années 1970 dans la péninsule. Décryptant pour la première fois l’histoire de ses années de jeunesse.
Par Olivier Doubre
Magali Lafourcade : « Remettre la désescalade au cœur du maintien de l’ordre »
Entretien • 20 octobre 2026 abonné·es

Magali Lafourcade : « Remettre la désescalade au cœur du maintien de l’ordre »

Après les manifestations du 17 octobre, la magistrate et secrétaire générale de la Commission nationale consultative des droits de l’homme analyse la réponse de l’État à la mobilisation, l’usage massif des gardes à vue et l’évolution de la doctrine française du maintien de l’ordre.
Par Maxime Sirvins