Du boum boum politique ?

À côté de l’industrie capitaliste de la nuit, l’auteur et enseignant Arnaud Idelon, dans un essai revigorant, souligne le potentiel critique et politique de la fête, brassage de géométries sociales alternatives.

Olivier Doubre  • 22 janvier 2025 abonné·es
Du boum boum politique ?
Participants réunis pour la parade techno « Rave The Planet » le 17 août 2024 à Berlin.
© Sebastian Gollnow / DPA / AFP

Affalé sur un canapé, un fêtard, le teint blême mais tout sourire, se penche vers son voisin et soulève ses lunettes de soleil, découvrant de lourds cernes sous ses yeux : « Quelle heure est-il ? » Celui-ci, « les mâchoires serrées, mais la fête toujours au corps », lui répond alors, hilare : « Il est 16 heures du matin ! » C’est l’after. « Certain·es dansent encore, l’épiderme secoué toujours des BPM, d’autres lézardent dans la lumière de l’après-midi. »

Pratique sans doute étrange pour les non-initié·es, l’after party est comme « un espace-temps tout à la fois de rupture et de continuité ; continuum de la fête quittée pour une autre, et une autre, avant d’échouer ensemble dans un parc ou un appartement et rupture cognitive d’une nuit et sa grammaire ramenée au grand jour ». Également, « la force obsessionnelle de conserver la fête en soi, de retarder son départ », quand « à la veille d’un jour qui ne vient pas, les corps restent et, avec obstination, continuent ». Où « prolonger l’after n’est que l’autre nom d’empêcher le jour d’arriver. Et même si minuit est passé depuis seize bonnes heures, il n’est pas encore demain ».

Cette scène, nombre de fêtard·es contemporain·nes l’ont certainement vécue et souriront à sa description. Car ce riche petit essai est ouvertement fondé sur une « expérience située », « intime » d’une fête (et de ses prolongements) « traversée par son époque et ses pivots ». Celle de son auteur, Arnaud Idelon, journaliste, programmateur d’événements nocturnes (et du festival de poésie et performance Sturmfrei) et enseignant à l’École des Arts de l’université Paris-I. Expérience dont il admet volontiers qu’elle a été pour lui « un espace de transformation, qu’elle a déclenché une mutation de [son] rapport au corps, aux autres et au monde ».

Une fête de la saturation des sens, des états modifiés de conscience.

A. Idelon

Son livre, « complice, allié, dans une dynamique intersectionnelle », se veut donc une exploration, « sans prétendre à l’universel », d’une fête « urbaine, sombre et galopante, secouée de sons techno, dans des clubs, des entrepôts, des terrains vagues, parfois des prés ou des forêts, traversée par des corps étranges, des genres et des sexualités troubles, des identités floues, une fête de la saturation des sens, des états modifiés de conscience » … Mais une fête qui, en tout cas, « ne se réduit pas au 'boum boum' que certain·es aîné·es plaquent sur la fête techno, espace perçu comme abrutissant, aliénant et nihiliste d’une génération que l’on dit en perte de repères, à défaut de la comprendre ».

"Potentiel transformateur"

Sans prétendre néanmoins à l’exhaustivité, ni décrire et observer tout

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