Saint-Malo, ville pionnière de la lutte contre les Airbnb

Dès 2021, la cité corsaire a pris des mesures innovantes pour limiter les locations touristiques de courtes durées. Les dispositions parviennent à contenir le phénomène, mais font surgir un autre problème : celui des résidences secondaires.

Marie Roy  • 29 janvier 2025 abonné·es
Saint-Malo, ville pionnière de la lutte contre les Airbnb
© Martin Bertrand / Hans Lucas / AFP

En cette journée de fin décembre, une fine pluie, trempant jusqu’aux os, tombe sur l’intra-muros, le quartier historique de Saint-Malo. La météo semble avoir vidé les rues de ses habitants, ce qui laisse le loisir de contempler les façades des demeures de la vieille ville et d’apercevoir, ponctuellement mais régulièrement, les boîtes à clés typiques des locations Airbnb ou Abritel.

D’ailleurs, les quelques passants qui déambulent sous la bruine d’hiver sont, pour beaucoup, des touristes. « Nous sommes venus à Saint-Malo avant le break de Noël. On voulait passer quelques jours ensemble avant le tunnel des repas en famille », indiquent, bras dessus bras dessous, Charles et sa compagne. Pour se loger, ce couple de quinquagénaires parisiens a opté pour « une location en Airbnb. C’est vrai que, maintenant, on ne se pose même plus la question et on passe systématiquement par cette plateforme. Surtout pour les endroits touristiques où on se dit que l’hôtel sera plus cher et moins pratique ».

On était vraiment en voie de Saint-Michelisation.

Théodore

Quelques pas plus loin, Théodore*, un résident de l’intra-muros, peste : « Par ici, ça grouille d’Airbnb. » Tirant sur sa cigarette presque éteinte par la pluie, il poursuit d’un ton acide : « Et encore, c’est moins mauvais que ça ne pourrait l’être. Des choses ont été mises en place, mais on était vraiment en voie de Saint-Michelisation. »

De fortes conséquences sur le marché du logement

De fait, à Saint-Malo, l’augmentation débridée des locations touristiques n’est pas nouvelle : entre 2018 et 2019, l’offre de réservation a augmenté de 24 % en se concentrant principalement sur le littoral et le centre-ville. Au point que les Malouins, à l’époque, ont commencé à faire entendre leur mécontentement : « On a pris la mesure du problème lors de la campagne pour l’élection municipale de 2020, quand nous sommes allés à la rencontre des citoyens dans les différents quartiers », relate Gilles Lurton, maire de Saint-Malo (divers droite).

Il poursuit : « Il y a un très fort impact au niveau du marché du logement, puisque toutes ces habitations louées en courte durée échappent complètement à la location annuelle ou à l’acquisition pour des personnes qui vivent, travaillent ou sont retraitées à Saint-Malo. »

La mairie décide alors de frapper fort en prenant, en 2021, un arrêté municipal pour contenir l’inflation du nombre de locations touristiques de courte durée. Les mesures consistent en la mise en place de quotas de meublés de tourisme à ne pas dépasser par quartier (12,5 % dans

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Société
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