Réfugié·es sahraoui·es : vivre et espérer dans les campements

En guerre contre le Maroc pour la souveraineté sur le Sahara occidental, une grande partie du peuple sahraoui survit en exil, réfugié depuis 50 ans dans des campements installés en territoire algérien.

Patrick Piro  • 27 février 2025 abonné·es
Réfugié·es sahraoui·es : vivre et espérer dans les campements
Livraison mensuelle des bonbonne de gaz dans le campement d'Assouerd.
© Patrick Piro

À 70 ans, il ne reste à Béchir Bouzid, pour tout patrimoine, qu’une simple tente, la khaïma traditionnelle des nomades bédouins du désert où il s’abrite avec sa femme et leurs cinq enfants, dans le campement d’Aousserd. Né au Sahara espagnol, il le fuit quand la guerre éclate, en 1975. Le Front Polisario a pris les armes pour revendiquer la souveraineté du peuple sahraoui sur ce territoire, alors que le colon espagnol l’a abandonné aux convoitises du Maroc et de la Mauritanie. Béchir Bouzid et sa famille, comme nombre de Sahraoui·es de sa génération, se réfugient derrière la proche frontière algérienne, près de la ville de Tindouf. Des tentes s’érigent en plein désert.

Un demi-siècle plus tard, l’exil improvisé s’est durablement ancré dans la roche et les sables ocre. Aujourd’hui, près de 180 000 Sahraoui·es vivent dans cinq campements – Smara, Al Aiun, Dakhla, Aousserd, et Boujdour. Une sixième localité, Shahid El-Hafed (Rabouni), rassemble les principales administrations sahraouies : Alger, soutien constant des luttes d’indépendance en Afrique, a octroyé la gestion des campements à la République arabe sahraouie démocratique (RASD), État en exil créé le 27 février 1976 par le Front Polisario.

(Source : Lorz Elli / 2021 -  Sources : Sentinel 2 | ALPS  | WSWA.)

En 1991, ce dernier signe un cessez-le-feu avec le Maroc (la Mauritanie avait lâché prise en 1979), figeant la situation sur le terrain contre l’engagement qu’un référendum d’autodétermination décidera de l’avenir du Sahara occidental. Ils sont des milliers, comme la famille Bouzid, à regagner les « territoires libérés », fraction désertique tenue par l’armée sahraouie, à l’est.

La majeure partie du territoire (80 %), où se trouvent les principales ressources (phosphate, pêche), reste occupée par les forces marocaines, retranchées derrière un immense mur de sable truffé de dispositifs de défense, dont près de 10 millions de mines antichar et antipersonnel. La balafre, longue de 2 700 kilomètres, isole depuis quatre décennies les familles restées en territoire occupé de celles qui vivent en Algérie dans les campements.

Mais la guerre reprend en 2020, à la suite de la violation par Rabat des engagements du cessez-le-feu à Guerguerat, dans l’extrême sud du Sahara occidental. Les drones marocains harcèlent les territoires libérés. Un bombardement rase la maison des Bouzid, détruit leur véhicule et décime leur cheptel de dromadaires, de chèvres et de moutons. C’est à nouveau l’exode vers Tindouf et les campements. « C’est très dur, il faut tout recommencer, témoigne le patriarche. Et nous n’avons pas la moindre ressource pour construire un abri en dur. »

Cette nouvelle guerre est dominée par le recours massif aux drones par l’armée marocaine, y compris contre les civils des territoires libérés. « Ils ont tué plus de 300 personnes jusqu’à 100 kilomètres du mur marocain, et leurs mines ont blessé ou tué quelque 6 000 personnes », déplore Ghazi Nah, directeur du Sahrawi Mine Action Coordination Office (Smaco), en charge de la formation de personnels au déminage. Il y a deux ans, un drone a tué le fils de Khalifa Abderrahmane, alors qu’il accompagnait un berger dans les territoires libérés.

Les Marocains prétendent qu’ils bombardent des terroristes, mais en vérité ils tirent sur tout ce qui bouge dans les territoires libérés.

T. Salek

Taufa Salek a été informée, un jour de 2022, que la voiture de son frère y avait été retrouvée calcinée. Son corps n’a pas pu être rapatrié dans les campements. Il était la seule source de revenus de la famille, qui vit dans le campement de Smara. « Les Marocains prétendent qu’ils bombardent des terroristes, mais en vérité ils

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