Sur le protectionnisme, les gauches entrent en transition

Inflexion idéologique chez les sociaux-démocrates, victoire culturelle pour la gauche radicale… Face à la guerre commerciale de Donald Trump, toutes les chapelles de la gauche convergent vers un discours protectionniste, avec des différences.

Lucas Sarafian  • 23 avril 2025 abonné·es
Sur le protectionnisme, les gauches entrent en transition
Pour justifier une politique protectionniste, la gauche radicale insiste depuis longtemps sur la protection des emplois des ouvriers.
© Thomas COEX / AFP

Du particulier au général. À gauche, toutes et tous n’ont qu’un seul mot à la bouche : « protectionnisme ». Face à la guerre commerciale menée par Donald Trump, les progressistes et les écologistes se rangent fermement derrière cette doctrine qui vise à protéger l’économie française de la concurrence mondiale à travers l’instauration de barrières douanières, le soutien des industries nationales, la mise en place d’embargos ou de quotas d’importation. Le discours protectionniste est désormais perçu comme un moyen de contrer le rêve impérialiste du président américain.

Il y a quelques années, le concept était pourtant tabou, sali par l’usage qu’en a fait l’extrême droite qui l’a associé à ses obsessions nationalistes, xénophobes et patriotiques. Seules quelques rares figures de gauche osaient brandir cette doctrine en slogan de campagne. En 2012, Jean-Luc Mélenchon mène sa première campagne présidentielle en défendant un protectionnisme « solidaire ». Un an plus tôt, François Ruffin assume dans un livre, Leur Grande Trouille, journal intime de mes « pulsions protectionnistes » (Les Liens qui libèrent, 2011), vouloir déconstruire le lien entre nationalisme et protectionnisme.

De manière générale, la gauche antilibérale a toujours eu un penchant pour cette doctrine. Aujourd’hui, les insoumis défendent une taxation selon le chiffre d’affaires réel des Gafam, une régulation des investissements étrangers, une préférence pour les producteurs locaux dans les marchés publics ou une conditionnalité des aides publiques au maintien de l’emploi et à la bifurcation écologique.

Chez les Écologistes, pourtant ardents défenseurs de la construction européenne, le vocabulaire est comparable depuis quelques années. En 2019, Yannick Jadot défendait déjà un « protectionnisme vert ». En 2024, Marie Toussaint plaidait pour la fin des accords de libre-échange, l’introduction de clauses miroirs dans tous les accords commerciaux, l’extension de la taxe carbone aux frontières…

Un « protectionnisme »

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