Le mirage du recyclage

Malgré l’affichage et l’argent dépensé dans le recyclage, notre consommation de ressources naturelles ne ralentit pas. Un paradoxe que pointe un ouvrage – Du bon usage de nos ressources, de Flore Berlingen – appelant à changer radicalement de modèles de production et de consommation.

Mathilde Doiezie  • 21 mai 2025 abonné·es
Le mirage du recyclage
© Étienne Girardet / Unsplash

Depuis l’extension des consignes de tri, les poubelles d’ordures ménagères tendent à être un peu moins lourdes, tandis que les poubelles de tri avalent goulûment nos emballages. Enfin une bonne nouvelle ? Pas vraiment hélas, explique Flore Berlingen dans son nouvel ouvrage, Du bon usage de nos ressources : pourquoi le recyclage doit changer de modèle, paru en avril. Ancienne directrice de l’ONG Zero Waste France, cofondatrice depuis de l’Observatoire du principe pollueur-payeur, l’autrice récidive et pousse ici plus loin la réflexion qu’elle avait déjà menée dans Recyclage, le grand enfumage (Rue de l’échiquier, 2020).

« Je voulais partager des données nouvelles qui ont conduit à mettre à jour ma réflexion et, surtout, aborder la thématique sous un nouvel angle, celui des ressources », précise-t-elle auprès de Politis. Dans son essai, Flore Berlingen pointe un paradoxe de taille : malgré toute l’énergie déployée (et l’argent dépensé) autour du recyclage depuis des décennies, la consommation totale de ressources sur la planète ne s’est pas enrayée. Pire, elle a augmenté !

Pour mieux se rendre compte de l’hérésie dans laquelle nous sommes pris, l’autrice propose donc de délaisser un peu l’indicateur du taux de recyclage, qui renseigne uniquement « sur la fin de vie des produits et matériaux, mais assez peu sur leur devenir en tant que matières premières ». À la place, elle propose de regarder davantage le taux d’utilisation de matières recyclées (ou « taux de circularité »), centré sur les ressources.

Celui-ci met en avant la part de matières premières recyclées produites par rapport à la quantité de matières premières utilisées. Il permet donc d’évaluer la substitution effective de matières vierges par des matières recyclées. À l’échelle d’un produit ou d’une filière, on l’appelle « taux d’incorporation de matières recyclées ».

"L'alibi du jetable"

C’est ce taux-là qui indique la finalité de l’activité du recyclage. À l’échelle européenne, il progresse certes un peu, bien que très lentement. Mais à l’échelle mondiale, le pessimisme est de mise : le taux de circularité a carrément reculé, en passant de 9,1 % en 2018 à 7,2 % en 2023, selon la Circle Economy Foundation. Comme l’écrit Flore Berligen, cela signifie que « la progression des volumes recyclés n’a pas été suffisamment importante ces dernières décennies pour contrebalancer les effets de [la] croissance ultrarapide de la consommation globale ».

Nous sommes dans une logique (...) à tenter d’absorber le plus de déchets possible, plutôt que dans une remise en question de la quantité produite et consommée.

F. Berlingen

Le recyclage se révèle donc inefficace pour remplacer notre consommation de matières premières et nous faire véritablement entrer dans l’ère de l’économie circulaire. Le parallèle avec les énergies renouvelables est flagrant. Comme le pointait Jean-Baptiste Fressoz dans Sans transition : une nouvelle histoire de l’énergie (Seuil, 2024), celles-ci sont venues s’ajouter à la somme des énergies issues du bois, du pétrole ou du nucléaire, plutôt qu’elles ne s’y sont substituées, parce qu’elles n’ont pas été associées à une stratégie de

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