Référendum : la fausse bonne idée

Emmanuel Macron s’exprime ce 13 mai sur TF1 pour s’adresser aux Français. Le chef de l’État devrait annoncer un référendum, outil qu’il agite régulièrement depuis 2017. Une manière de reprendre la main sur l’agenda politique, dans une logique présidentialiste caractéristique du macronisme. Le tout, en évitant les sujets qui préoccupent le plus les Français.

Pauline Migevant  et  Pierre Jequier-Zalc  • 12 mai 2025 abonné·es
Référendum : la fausse bonne idée
Manifestation contre la réforme des retraites, boulevard Voltaire, à Paris, le 28 mars 2023.
© Guillaume Deleurence / Illustration : atelier Dugudus

Qu’annoncera-t-il ? Nous voilà presque revenus cinq ans en arrière, en pleine pandémie, quand chaque prise de parole présidentielle, soigneusement orchestrée, nous tenait en haleine et où les spéculations sur ce qu’allait annoncer Emmanuel Macron allaient bon train. Ce mardi soir, le président de la République s’adressera aux Français dans une longue émission sur TF1. Selon de nombreuses sources à l’Élysée, il devrait annoncer la tenue prochaine d’un référendum, dans le prolongement de ses vœux 2025, où il avait déclaré que les Français seraient amenés « à trancher » cette année.

Depuis 2017, l’outil, régi par l’article 11 de la Constitution, est régulièrement agité, sans jamais que le locataire de l’Élysée ne s’y soit risqué. Il y a un an, par exemple, l’idée avait été évoquée après la crise en Kanaky et une répression extrêmement violente. Ces derniers jours, François Bayrou a émis l’idée d’un référendum sur le budget, critiquée de toute part, notamment car celui-ci est une prérogative du Parlement. De son côté, Bruno Retailleau, ministre de l’intérieur, pousse régulièrement la possibilité d’un référendum sur l’immigration, idée chère à l’extrême droite.

Emmanuel Macron ou César ?

Pourquoi maintenant, alors ? « Il faut noter qu’à chaque fois ce sont des référendums de circonstance. Ce sont des coups politiques pour se relégitimer », explique Yves Sintomer, professeur de sciences politiques à Paris 8, spécialiste de la démocratie participative. Depuis la dissolution, la crise politique est profonde et Emmanuel Macron, cantonné à ses prérogatives présidentielles, est cornerisé du jeu politique national.

Emmanuel Macron a un rapport de plus en plus césariste à la participation.

G. Gourgues

Un référendum le replacerait au centre du jeu, dans une forme de présidentialisme caractéristique de sa pratique du pouvoir. « Emmanuel Macron a un rapport de plus en plus césariste à la participation, avec cette idée d’avoir une relation directe de lui au peuple, sans aucun intermédiaire », remarque Guillaume Gourgues, maître de conférences en science politique à l’université Lyon 2 et spécialiste de la démocratie participative et de la participation publique.

Une relation directe… et unilatérale. Preuve en est, si tout semble indiquer qu’Emmanuel Macron va appeler les Français aux urnes en organisant un référendum, la ou les questions qui seront posées restent inconnues. Des pistes existent, mais sans certitude, et c’est, encore une fois, le président, seul, qui décidera. Une démarche « managériale » pour Guillaume Gourgues : « La participation citoyenne est de plus en plus conçue comme un outil d’aide à la décision. Les questions intéressent plus les gouvernants que les gens eux-mêmes. »

« De l’enfumage, pur et simple »

Les sujets qui comptent ne sont, eux, pas à l’agenda. En tête de ceux-ci,

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