Derrière des membres d’AFO, l’ombre du FN-RN

Si le parti d’extrême droite a toujours voulu prendre ses distances avec ce dossier de terrorisme, certains des prévenus ont pourtant joué un rôle dans des élections du FN et du RN. D’autres assurent avoir voté pour eux ou adhéré à leurs idées.

Hugo Boursier  • 18 juin 2025 abonné·es
Derrière des membres d’AFO, l’ombre du FN-RN
© Illustration Politis

Imaginez 16 prévenus d’extrême gauche interpellés pour associations de malfaiteurs terroristes. Parmi ces adhérents de « l’idéologie radicale d’ultragauche », trois ont eu un engagement direct avec la formation la plus importante de ce bord politique. L’un comme candidat aux élections municipales, sénatoriales, départementales et régionales à partir de 2014, un autre comme assesseur aux régionales de 2015. Le troisième se serait présenté aux cantonales de 1994.

Pour le reste des mis en examen, le dossier judiciaire révèle des affinités claires avec les idées d’un parti, en plus de bulletins de vote en sa faveur glissés dans l’urne. Combien d’éditions spéciales sur les chaînes d’info en continu ? De commentaires politiques tous plus indignés les uns que les autres devant une telle menace pour la République ? Cette fiction est bien la réalité. À un détail près : ce n’est pas de la gauche radicale dont on parle, mais de l’extrême droite. Et le parti concerné : le Rassemblement national (RN). Mais dans les médias comme dans le paysage parlementaire, c’est silence radio. Circulez, il n’y a rien à voir.

Le dossier aurait pourtant de quoi noircir des pages. Treize hommes et trois femmes réunis autour d’un groupuscule clandestin, Action des forces opérationnelles (AFO), une organisation structurée, fascinée par les armes et la chose militaire. Ce qui les unit : « une même idéologie alimentée par l’assimilation du terrorisme jihadiste à l’islam en général, la crainte du grand remplacement, et une vision déclinante de la société française à laquelle répondaient le survivalisme déviant et l’accélérationnisme », selon les mots du parquet national antiterroriste.

Ce que certains projettent de faire : « tuer 200 imams radicalisés », jeter des grenades dans « la voiture des Arabes » en réaction à un attentat ou empoisonner des aliments halal dans des supermarchés avec du cyanure ou du raticide. Les 16 individus sont jugés pour « infraction d’association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation de crimes d’atteintes aux personnes ».

Et le Rassemblement national, dans tout cela ? À l’époque, quand l’affaire sort en juin 2018 après les premières arrestations, les projecteurs sont braqués sur le chef d’AFO : Guy S. Ce dernier, dont le surnom est Richelieu, est à l’origine de la formation du groupe. Avec son comparse, Dominique C., le retraité de la police nationale quitte les Volontaires pour la France (VPF), une organisation nationaliste et islamophobe lancée après l’attentat de Charlie Hebdo. Ils créent AFO, pour se préparer à des actions concrètes, et commencent à recruter notamment chez les dissidents de VPF. Nous sommes en octobre 2017. Deux ans auparavant, le même Guy S. se

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