Racisme : le silence complice de Retailleau

Alors que les crimes et délits racistes de l’extrême droite sont parmi les premières menaces qui pèsent sur la France, le ministre de l’Intérieur préfère regarder ailleurs, quitte à mettre en péril la République.

Pierre Jacquemain  • 3 juin 2025
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Racisme : le silence complice de Retailleau
Bruno Retailleau, après une réunion avec le premier ministre français sur le vote à la proportionnelle, à l'Hôtel Matignon, à Paris le 2 juin 2025.
© Thibaud MORITZ / AFP

Dans la nuit du 30 mai, des membres du groupuscule du Bloc montpelliérain ont fait irruption dans un bar associatif de la ville d’Alès, dans le Gard, agressant plusieurs personnes et semant la terreur. Un acte d’une rare violence et qui, comme les événements récents en attestent – depuis le crime raciste qui a coûté la vie à Djamel Bendjaballah le 31 août 2024 au meurtre à caractère raciste du 1er juin à Puget-sur-Argens, dans le Var, en passant par le meurtre islamophobe d’Aboubakar Cissé le 25 avril dernier –, n’est pas isolé.

Bruno Retailleau semble avoir une vision sélective des menaces en cours.

Ces actes s’inscrivent dans une recrudescence alarmante des agressions et des crimes haineux, frappant des personnes racisées, des militants antifascistes, des journalistes, des élus ou de simples citoyens engagés contre l’extrême droite. Une violence souvent banalisée, qui est pourtant le symptôme d’une radicalisation qui s’installe durablement dans le paysage politique français à mesure que l’extrême droite s’institutionnalise. Elle n’est donc pas le fait de groupuscules isolés, mais d’un mouvement structuré qui bénéficie d’une forme de tolérance, voire de bienveillance institutionnelle et médiatique.

Sur le même sujet : « Nous réclamons justice pour Djamel Bendjaballah »

À ce titre, le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, semble avoir une vision sélective des menaces en cours. Son trop long silence face à l’agression d’Alès – il était pourtant interpellé par de nombreux responsables politiques – est révélateur de ses indignations à géométrie variable. Alors qu’il appelle à une « extrême vigilance » face à la menace terroriste et insiste sur la protection de certains lieux de culte, il semble délibérément écarter la menace de l’extrême droite. Cette partialité dans la condamnation des actes de violence met à mal la confiance des citoyens dans nos institutions et alimente un sentiment d’impunité de l’extrême droite.

Une instrumentalisation des faits

Il est toujours plus prompt à dénoncer « l’islam » ou les jeunes des quartiers populaires qu’à condamner les milices d’extrême droite qui défilent en toute impunité. Beaucoup plus prompt, encore, à dénoncer l’antisémitisme en pointant du doigt les musulmans ou la gauche radicale, qualifiant l’antisémitisme d’extrême droite de « résiduel ». Une affirmation pourtant contredite par de nombreux rapports sur le sujet, à commencer par ceux, récents, de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), qui a documenté la hausse significative des actes antisémites et racistes perpétrés par des groupes d’extrême droite.

Sur le même sujet : Déni et islamophobie

Cette instrumentalisation des faits est d’autant plus choquante qu’elle s’accompagne d’une politique de répression systématique des mouvements sociaux, qu’il s’agisse des syndicats ou des associations de défense des droits humains. Les militants antifascistes sont régulièrement ciblés, fichés, interpellés,
tandis que les agresseurs d’extrême droite semblent bénéficier d’une plus grande clémence. Une situation qui s’inscrit dans un contexte international où l’extrême droite connaît une ascension préoccupante : de l’Italie à la Hongrie en passant plus récemment par la Pologne, de l’Argentine aux États-Unis – pays qui connaissent une hausse vertigineuse des violences racistes –, les régimes autoritaires et les discours de haine se propagent à grande vitesse.

Nier le fait que l’extrême droite est la première menace qui pèse en France, c’est abandonner la République.

En France, ces actes racistes, antisémites, islamophobes, xénophobes ou antireligieux – y compris dans les écoles – ont tous augmenté. Dans le même temps, le taux de plainte est resté très faible. La preuve que nos institutions ne sont pas à la hauteur des drames qui s’intensifient. Qu’elles ne protègent pas. Ni ne rendent justice. Que le ministre de l’Intérieur, par son silence complice, est le patron d’un parti qui n’a plus de républicain que le nom. Parce que nier le fait que l’extrême droite est la première menace qui pèse en France, c’est abandonner la République.

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