« Ça se relit », épisode 10 : Marilyse Léon et Edmond Maire

Cet été, Politis demande à de nombreuses femmes de gauche un discours à découvrir… ou redécouvrir. Pour ce dixième épisode, la secrétaire générale de la CFDT Marylise Léon lit l’un de ses prédécesseurs, Edmond Maire.

Marylise Léon  • 20 août 2025
Partager :
« Ça se relit », épisode 10 : Marilyse Léon et Edmond Maire
Marylise Léon et Edmond Maire
© Politis / Domaine public

« Le chômage peut être vaincu ». Toute la détermination et tout le volontarisme du secrétaire général de la CFDT, Edmond Maire, sont résumés dans cette phrase. Le 20 août 1986, il signe une tribune dans le journal Le Monde pour s’attaquer au fatalisme qui gagne la société : puisque les forces politiques, quel que soit leur positionnement sur l’échiquier idéologique, sont incapables de juguler la montée en puissance du nombre de chômeurs, acceptons cette perspective. « Non ! Franchement non ! », leur rétorque Edmond. Près de 40 ans plus tard, ses mots et les enseignements qu’il tire de cette période sont toujours aussi pertinents.

Quand certains baissent les bras sans le dire, brandissant des chiffres macroéconomiques pour se rassurer de leur impuissance — le fameux chômage incompressible (2,5 millions de chômeurs pour Philippe Séguin en 1986, 5 millions pour Emmanuel Macron en 2025) — le syndicalisme, « porteur de sens pour les salariés et donc pour la société tout entière », ne peut se résoudre à laisser toute une population sur le bord de la route.

Sur le même sujet : Exclusif : C’est désormais une certitude, le chômage tue

Et il ajoute : « si la leçon pouvait servir d’antidote aux illusions préélectorales ». Ce vœu est plus que jamais d’actualité alors que les petits chevaux s’élancent déjà dans la course à la présidentielle 2027. Partons de ce que vivent les travailleurs et les travailleuses pour lutter efficacement contre le chômage. L’ancien technicien chimiste ne dit pas autre chose. La CFDT d’aujourd’hui, fidèle à celle des années 1980, met le travail au cœur des transformations sociales nécessaires pour changer de modèle.

Avec le document « le Travail que nous voulons », elle affirme que le travail ce n’est pas un simple emploi occupé. Les conditions de travail, l’organisation du travail, les moyens d’expression des salariés, le sens des missions exercées…

Toutes ces notions ont un impact sur l’emploi. Peut-être encore plus aujourd’hui qu’hier. Le travail s’est beaucoup transformé. Pas le patronat. Avec son style direct, le secrétaire général de la CFDT fustige la « restauration gatazzienne du patron autosuffisant ». Une posture toujours adoptée par l’organisation patronale majoritaire qui a changé de nom depuis 1986 mais pas de dogme. Pour elle, seul le patron est légitime pour parler organisation du travail et stratégie d’entreprise.

Sur le même sujet : Assurance-chômage : « C’est la réforme de trop ! »

La CFDT s’est toujours érigée contre cette idée. En 2025 comme en 1986. Depuis 40 ans, le patronat ne jure que par la baisse des coûts de production, le « développement sans frein du travail précaire » et le « rétablissement de la confiance des détenteurs de capitaux et des chefs d’entreprise ». Cette politique n’a pas donné les résultats promis. Pire, elle a créé un maelström d’aides publiques que le législateur lui-même peine à justifier.

Le soutien aux entreprises n’est pas illégitime s’il est évalué et contrôlé. Mais il doit reposer sur une réalité de situation et pas sur un mantra répété par les zélateurs de la dérégulation. Pour éliminer le chômage à court et moyen terme, parlons travail. Edmond Maire l’affirmait déjà : « le handicap premier de nos entreprises et de nos administrations réside dans une gestion archaïque, centralisée, qui gâche les potentialités des salariés et sclérose leurs qualifications ».

La deuxième approche d’Edmond repose sur un constat. Oui il existe un chômage « frictionnel ». Depuis la rédaction de cette tribune qui m’a marquée par sa modernité, des militants du « réel » soutenus par la CFDT (ATD Quart-monde, Emmaüs France, le Secours catholique, le Pacte civique, la Fédération des acteurs de la solidarité) ont mis en place et développé les « territoires zéro chômeurs de longue durée ». Le travail, c’est la dignité et le respect. Tout citoyen y a droit. C’est cette conviction et cette détermination qui guident l’action de la CFDT depuis des décennies.


La tribune d’Edmond Maire, publiée dans Le Monde le 20 août 1986.
Cliquez ici pour télécharger le document au format PDF.

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Colère lycéenne : Gabriel Attal mise sur l’autorité, Jean-Luc Mélenchon sur la rupture
Politique • 12 octobre 2026 abonné·es

Colère lycéenne : Gabriel Attal mise sur l’autorité, Jean-Luc Mélenchon sur la rupture

Le candidat Renaissance et de La France insoumise à la présidentielle ont respectivement tenu meeting à Lyon samedi 10 octobre et près de Clermont-Ferrand dimanche 11, sur fond de mobilisation lycéenne. Alors que l’ancien Premier ministre défend une ligne fondée sur l’autorité et les devoirs, le leader insoumis dénonce le bilan éducatif des gouvernements macronistes. Tout au long du week-end, les deux candidats se sont affrontés à distance, à la tribune comme sur les réseaux.
Par William Jean et Névil Gagnepain
Raphaël Glucksmann veut-il tuer le PS ?
Politique • 9 octobre 2026 abonné·es

Raphaël Glucksmann veut-il tuer le PS ?

Ce 12 octobre, le coprésident de Place publique a remporté la primaire sociale-démocrate octobre, en glanant 66,17 % des 120 000 votants en ligne. Une question brûlante a animé les derniers jours de campagne : sa victoire serait-elle synonyme de la fin du parti à la rose ?
Par Névil Gagnepain
Les gauches raccrochent les wagons de la colère lycéenne
Analyse • 7 octobre 2026 abonné·es

Les gauches raccrochent les wagons de la colère lycéenne

Face à un mouvement lycéen d’une ampleur inédite, les partis de gauche se sont unanimement ralliés à la cause lors des manifestations du 6 octobre. Certains, LFI en tête, ont été plus prompts que d’autres à se rendre sur les blocus lycéens.
Par Névil Gagnepain
Affaire Bardella : la « dédiabolisation » du RN à l’épreuve, mais pour quel électorat ?
Analyse • 1 octobre 2026 abonné·es

Affaire Bardella : la « dédiabolisation » du RN à l’épreuve, mais pour quel électorat ?

Après les révélations de Mediapart sur des messages antisémites attribués à Jordan Bardella, l’affaire pourrait fragiliser les électeurs les plus récemment ralliés au RN, davantage sensibles à l’image de respectabilité que le parti cherche à construire. Une hypothèse qui reste, à ce stade, impossible à mesurer électoralement.
Par William Jean