Après l’annonce du vote de confiance, la gauche au pied du mur

Avec sa déclaration surprise, le premier ministre déborde le 10 septembre autant que toute la classe politique. La gauche, enlisée dans le duel éternel entre insoumis et socialistes, tente d’imaginer l’offensive qu’elle pourra mener sur le terrain social comme politique.

Lucas Sarafian  et  Pierre Jequier-Zalc  • 26 août 2025 abonné·es
Après l’annonce du vote de confiance, la gauche au pied du mur
Présentation du "Nouveau Front populaire 2027", le 2 juillet, à Bagneux. De gauche à droite : Benjamin Lucas-Lundy, Lucie Castets, Marine Tondelier, Clémentine Autain, François Ruffin et Olivier Faure.
© Maxime Sirvins

Assis sous le soleil drômois, manches de chemise retroussées, ce député insoumis tentait il y a quelques jours d’extirper ses pensées du temps très estival des universités d’été de son parti, à Châteauneuf-sur-Isère, pour imaginer l’avenir politique du pays. Quand la prochaine présidentielle aura-t-elle lieu ? Quand François Bayrou pourrait-il tomber ? Les municipales seront-elles vraiment les prochaines élections ? « Sous François Hollande, c’était assez simple. Il ne se passait rien, donc nos plans étaient faciles à prévoir. Mais en macronie, c’est différent. » Il aura suffi de trois jours à Hadrien Clouet pour avoir raison.

Après Emmanuel Macron qui avait provoqué la dissolution de l’Assemblée nationale le 9 juin 2024, au soir du premier tour des européennes, François Bayrou a lui aussi balancé sa grenade dégoupillée en proposant au Parlement de voter une motion de confiance selon les bases de l’article 49.1, le 8 septembre prochain, engageant ainsi la responsabilité de son gouvernement. Une annonce qui prend de court tout le monde et lui permet de déborder le mouvement Bloquons tout.

À la suite des annonces budgétaires du locataire de Matignon le 15 juillet dernier, ce mouvement né sur les réseaux sociaux, d’abord assez nébuleux, a coché la date 10 septembre pour « bloquer tout le pays ». Depuis, il a été rallié par les partis de gauche de l’ancien Nouveau Front populaire (NFP) et plusieurs fédérations syndicales qui ont décidé d’appeler à la grève le 10 septembre. « Annoncer ce vote pour la veille du 10, c’est clairement une manière de dégonfler un mouvement social qui grossissait jour après jour », analyse Julien Troccaz, secrétaire fédéral de SUD-Rail qui appelle à « bloquer tout dans le ferroviaire le 10 septembre ».

Les premiers ministres tombent les uns après les autres. Donc le problème s’appelle Emmanuel Macron.

H. Clouet

La manœuvre du chef du gouvernement lui évite aussi de subir l’affront d’une censure des parlementaires avant ou pendant l’examen du budget. En clair, sortir par le haut d’une situation politique inextricable. Un proche de François Bayrou l’affirme : « Le premier ministre ne fait pas grand cas de son avenir politique. Il veut que la France s’en sorte. » Quelques minutes après son annonce, les réactions tombent. Le Rassemblement national (RN) et toute la gauche annoncent voter contre la confiance. En quelques minutes, le précaire contrat de François Bayrou à Matignon trouve une date d’expiration. Le 8 septembre.

Macron, seul en première ligne

Les cerveaux insoumis entrent en ébullition. Depuis des mois, les mélenchonistes attendent la chute de François Bayrou, ce premier ministre aussi « illégitime » que son prédécesseur, Michel Barnier. Alors qu’ils prévoyaient de déposer une motion de censure le 23 septembre, date initiale pour l’ouverture de la session extraordinaire, les voilà obligés de la ranger dans

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

« Un mur, ça se monte, ça se démonte » : la France insoumise rêve de casser la finance
Économie • 6 novembre 2026 abonné·es

« Un mur, ça se monte, ça se démonte » : la France insoumise rêve de casser la finance

Derrière certaines formules provocatrices, Jean-Luc Mélenchon et les siens espèrent surtout sortir la France de sa dépendance aux marchés financiers. Et rêvent de remettre de la politique dans un débat public obsédé, selon eux, par la « métaphysique du marché ».
Par Lucas Sarafian
Les insoumis rêvent d’élargissement mais le reste de la gauche préfère attendre
Analyse • 6 novembre 2026 abonné·es

Les insoumis rêvent d’élargissement mais le reste de la gauche préfère attendre

La France insoumise négocie avec Génération.s, certains députés écolos poussent pour un rapprochement, le chef de file des députés communistes vient de se rallier. Jean-Luc Mélenchon aimante la gauche. Mais l’OPA se fait encore attendre.
Par Lucas Sarafian
Avec son nouveau programme, LFI veut plier le match des idées
Politique • 6 novembre 2026

Avec son nouveau programme, LFI veut plier le match des idées

Avec 1 069 mesures, les insoumis dévoilent une mouture mise à jour de L’Avenir en commun. Entre nouveautés écologiques, droits inédits et marqueurs historiques, le mouvement entend imposer ses idées dans le débat public et ainsi prendre une longueur d’avance dans la course présidentielle.
Par Lucas Sarafian
« Les interdictions de manifestation révèlent un affaiblissement préoccupant de l’État de droit »
Entretien • 3 novembre 2026 abonné·es

« Les interdictions de manifestation révèlent un affaiblissement préoccupant de l’État de droit »

Nathalie Tehio, avocate et présidente de la Ligue des droits de l’Homme, décrypte les mécanismes du virage autoritaire et appelle à une mobilisation collective pour défendre les libertés fondamentales.
Par Pierre Jacquemain