Après la chute de Bayrou, le mur Emmanuel Macron face au désordre de la gauche

Après le départ de François Bayrou, la Macronie échafaude de nombreux scénarios pour ne pas appeler la gauche à gouverner. Tandis que les anciennes forces du Nouveau Front populaire peinent à s’entendre avant même que la situation leur soit présentée.

Lucas Sarafian  • 9 septembre 2025 abonné·es
Après la chute de Bayrou, le mur Emmanuel Macron face au désordre de la gauche
Emmanuel Macron arrivant à la cérémonie d’Adieu aux armes du général d’armée Thierry Burkhard, à l’Hôtel national des Invalides, le 5 septembre 2025.
© Ludovic Marin / AFP

Une erreur, quelle erreur ? Le premier ministre François Bayrou vient pourtant de tomber lors d’un vote de confiance qu’il avait lui-même sollicité ce 8 septembre. Le centriste de 74 ans, allié historique d’Emmanuel Macron, achève un bail de neuf mois. Sans gloire. Il n’a pas réussi à faire accepter son plan austéritaire de 43,8 milliards dans le pays, sa cote de popularité a chuté à vitesse grand V, et le fragile « socle commun » qui le soutenait s’est effrité.

Bayrou assume-t-il ce bilan ? Pas vraiment. « Ce que dit le moment que nous vivons, c’est qu’il y a un chemin, et c’est le seul pour la France : celui de la vérité et du courage que l’on choisit ensemble », lance-t-il à la tribune lors de son discours de politique générale.

Dans un communiqué de six lignes publié trente minutes après le discours, l’Élysée indique qu'Emmanuel Macron « prend acte » du résultat des votes et « nommera un nouveau premier ministre dans les tout prochains jours ». Le choix rapide d’un nouveau locataire à Matignon permettrait de faire redescendre la pression d’une colère qui gronde dans le pays à travers les mobilisations du 10 et du 18 septembre. Il permettrait également d’écarter, au moins pour un temps, l’hypothèse d’une dissolution réclamée à cor et à cri par Marine Le Pen et le Rassemblement national (RN). Manœuvre insidieuse.

Emmanuel Macron devra donc nommer son cinquième premier ministre en trois ans. Une crise, quelle crise ? En Macronie, la remise en question n’est pas vraiment une habitude. « Quand Bayrou tombera, il restera trois solutions : soit la dissolution, soit la nomination de quelqu’un de son camp en espérant qu’il puisse assurer de la stabilité jusqu’en 2027, soit il renvoie la balle vers la gauche », expose un dirigeant du Parti socialiste (PS). Mais en réalité, pas grand monde ne se fait d’illusion concernant ce dernier scénario.

Comment imaginer les macronistes vouloir soudainement ce qu’ils ont toujours rejeté ? Pourquoi Emmanuel Macron se déciderait-il à nommer cette gauche qui l’accuse d'être le « président des riches », qui hait sa réforme des retraites et toute la politique de l’offre qu’il prône depuis 2017 ?

« Une personnalité neutre »

Peu après le discours de politique générale de François Bayrou, Gabriel Attal, ancien premier ministre et secrétaire général de Renaissance, imagine un scénario : la nomination d’une sorte de négociateur, un médiateur à la « personnalité neutre » capable de mener des négociations pendant plusieurs semaines entre tous les groupes politiques sans exception afin de s’entendre sur un pacte politique minimum autour de trois ou quatre sujets. Avant la nomination officielle d’un premier ministre.

Qui pourrait occuper cette fonction ? Olivia Grégoire, ministre macroniste ayant exercé différents postes au sein du gouvernement entre 2020 et 2024, égraine trois noms : le président du Cese Thierry Beaudet, l’ancien secrétaire général à l’Élysée sous François Hollande et ex-directeur de cabinet de Jean Castex à Matignon Nicolas Revel, actuel directeur des hôpitaux de Paris (APHP) ou encore l’ancienne première ministre et ministre de l’Éducation nationale désormais démissionnaire Élisabeth Borne. « On ne peut pas patauger pendant trois mois », poursuit-elle.

On ne peut pas patauger pendant trois mois.

O. Grégoire

À l’Assemblée, on s’interroge très franchement sur la volonté d’Emmanuel Macron à nommer quelqu’un qui n’est pas issu de son propre camp. Il pourrait alors se précipiter sur Sébastien Lecornu. Après tout, son nom circule à chaque remaniement gouvernemental. Avant que François Bayrou soit finalement choisi en décembre dernier, Emmanuel Macron privilégiait ce ministre qui le suit depuis 2017, en tant que secrétaire d’État auprès des ministres de la Transition écologique Nicolas Hulot puis François de Rugy, ministre chargé des Collectivités territoriales, des Outremers puis, enfin, des Armées.

Selon L’Opinion, il préparerait déjà son cabinet. D’autres noms circulent depuis des jours. Parmi eux, Catherine Vautrin, Gérald Darmanin ou Éric Lombard. Leur point commun : tous appartiennent au dernier gouvernement. Le dernier, ami du patron des roses Olivier Faure, serait un maigre signe d’ouverture à gauche. Et pourquoi pas Yaël Braun-Pivet ? Le président a d’ailleurs échangé le matin du 8 avec la présidente de l’Assemblée.

Lorsque Michel Barnier était premier ministre, Marc Fesneau, le président du groupe Modem à l’Assemblée, avait plaidé auprès du chef du gouvernement pour un contrat entre parlementaires, une forme d’accord entre groupes pour mettre à l’ordre du jour les textes législatifs qui pourraient avoir un consensus au Parlement.

« Cette question est plus que jamais d’actualité, dit-il aujourd’hui. Mais il y a les artisans du chaos, ceux qui pensent que ça ira mieux quand on aura mis la pagaille dans l’ensemble du pays, que bloquer les entreprises et l’activité va permettre au pays de sortir de la crise. Nous ne serons jamais de ce côté-là. » « Il faut que tout le monde se mette autour de la table. Il faut que le quoi préfigure du qui », affirme-t-on dans l’entourage de Gabriel Attal.

Un appel à une éternelle « coalition de compromis », une « entente des modérés », un « pacte des raisonnables » ? Depuis qu’Emmanuel Macron est en situation de majorité relative à l’Assemblée, les expressions de ce type ont fleuri mais aucun macroniste n’est arrivé à élargir ce fameux bloc central.

Le PS s'y voit déjà

Constatant la panne macroniste, les socialistes jouent leur carte à fond depuis quelques jours. Olivier Faure et les siens rêvent de Matignon et d'un gouvernement de gauche dirigé par un premier ministre qui refuserait d'utiliser le 49.3.

« Nous savons qu’il n’y a pas, dans l’hémicycle, de majorité. Encore qu’il en existe une dans le pays, la majorité des vies

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