Une étude d’ampleur sur l’islamophobie révèle l’angoisse des musulman·es en France

Mené par l’Ifop et la Grande mosquée de Paris, ce travail montre l’étendue du racisme subi par les musulman·es en France au quotidien, au travail, dans l’Éducation, par les forces de l’ordre ou dans les services publics.

Pauline Migevant  • 16 septembre 2025 abonné·es
Une étude d’ampleur sur l’islamophobie révèle l’angoisse des musulman·es en France
L'intérieur de la mosquée de Jargeau, incendiée en mars 2025.
© Pauline Migevant

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les deux tiers des Français·es musulman·es ont subi des comportements racistes ces cinq dernières années, contre 20 % en moyenne chez l’ensemble des Français·es. Plus de 8 musulman·es sur 10 estiment que la haine envers les musulman·es est un phénomène répandu en France et que la tendance s’est aggravée au cours des 10 dernières années. Ces chiffres sont issus d’une enquête réalisée par l’Ifop et la Grande mosquée de Paris, réunis dans un nouvel Observatoire des discriminations envers les musulmans de France.

Le dispositif d’enquête a mêlé deux méthodologies. « Sur un échantillon représentatif de 15 000 Français, on a isolé 1 000 musulman·es », explique François Kraus, directeur du pôle politique de l’Ifop, qui qualifie l’étude de « méga enquête ». Le volet « perception et réactions » est issu d’interviews téléphoniques. Le volet portant sur les discriminations et les agressions vient d’un questionnaire auto-administré en ligne, réalisé lui aussi sur un échantillon représentatif de 1 000 personnes.

« Comme lorsqu’il est question de violences sexuelles, le caractère traumatisant de l’expérience fait qu’il y a une meilleure dicibilité [caractère de ce qui peut être dit, N.D.L.R.] de ces actes lorsqu’il n’y a pas de tierce personne », explique François Kraus, à l’Ifop. Les auteurs et autrices de cette étude ont préféré le terme de « musulmanophobie » à celui d’islamophobie pour signifier « l'hostilité à l’égard des personnes pratiquant cette religion (des croyants) » plutôt que l’hostilité à l’égard d’une religion.

Ciblé·es même dans les lieux « neutres »

« L’un des enseignements de l’enquête, reprend François Kraus, est l’ampleur des discriminations dans les services publics. Il ne s’agit pas simplement des contrôles de police qui sont massifs mais aussi dans l’administration publique, dans la santé ou l’enseignement. Cela atteste d’un problème de ces institutions censées être neutres et garantes d’égalité républicaine », poursuit-il.

On n’a plus d’avenir en France. Ça devient un pays dangereux pour les musulman·es.

Par exemple, 29 % des musulman·es en France ont déjà été discriminé·es lors d’une visite chez le médecin ou dans un hôpital. Ou encore, 36 % par les agent·es travaillant dans une administration publique, comme une mairie ou une préfecture. Enfin, plus de la moitié des hommes musulmans de moins de 35 ans ont déjà été discriminés par les enseignants dans un établissement scolaire.

« Ces chiffres sont tout à fait cohérents avec tout ce que les enquêtes sociologiques démontrent depuis des années. Le fait que les musulman·es, avec des spécificités en termes de

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