Rébecca Chaillon cyberharcelée : l’extrême droite, un fantôme sur le banc des accusés

Sept personnes comparaissaient la semaine dernière devant le tribunal de Paris pour cyberharcèlement à l’encontre de la metteuse en scène Rébecca Chaillon et de sa productrice. Si Gilbert Collard et Éric Zemmour étaient à l’origine de cette vague de haine, ils n’ont pas été inquiétés pour autant.

Chloé Bergeret  • 27 octobre 2025 abonné·es
Rébecca Chaillon cyberharcelée : l’extrême droite, un fantôme sur le banc des accusés
© Joshua Koblin / Unsplash

Tout est parti d’une photographie. En juillet 2023, le photographe de plateau Christophe Raynaud de Lage capture un moment fort d’une pièce présentée au Festival d’Avignon. On y voit une actrice du spectacle Carte noire nommée désir de la metteuse en scène française Rébecca Chaillon, un harnais autour de la taille, sur lequel des poupons en plastique sont embrochés. Là où l’artiste proposait une critique des stéréotypes racistes pesant sur les femmes noires, la fachosphère n’a vu que la couleur de peau de la comédienne et celle des poupées.

Ils ont pris pour cible une femme qu’ils ne connaissent pas, simple support de leur haine.

R. Kempf

Dans un communiqué de presse, la députée Rassemblement nationale (RN) du Vaucluse Catherine Jaouen se dit « choquée » de cette scène. Elle dénonce aussi la « séparation noir/blanc » réalisée parmi le public au début de la pièce. S’en suit une publication Facebook de l’ancien avocat et alors député européen d’extrême droite Gilbert Collard, suivi par près de 480 000 personnes et un tweet sur X d’Éric Zemmour, président du parti Reconquête, aux 550 000 abonnés.

Ils dénoncent, en légende de l’image, un « racisme anti-Blanc », une volonté « d’apartheid » et de « génocide ». Leurs publications, partagées et commentées par milliers, déclenchent la polémique, puis un harcèlement physique et en ligne visant les artistes – à l’origine du procès de sept personnes la semaine dernière. Aucun des prévenus, âgés de 45 à 70 ans, n’avait vu la pièce.

« Ce qui est frappant, explique Me Raphaël Kempf, avocat de Rébecca Chaillon et de la productrice du spectacle Mara Teboul, qui a elle aussi porté plainte pour cyberharcèlement aggravé à caractère antisémite, c’est cette absence de curiosité envers le travail de l’artiste. Ils ont pris pour cible une femme qu’ils ne connaissent pas, simple support de leur haine. »

Argument d'autorité

L’avocat y voit aussi une adhésion massive aux discours

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